
Les leaders de la Convergence se sont vus écarter de la nouvelle équipe gouvernementale de facto du Premier ministre Gérard Latortue. Ils ont d’ailleurs manifesté ouvertement leur déception en ne se faisant pas représenter officiellement à la cérémonie d’investiture du cabinet ministériel le 17 mars.
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Pour renverser le président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide et s’emparer du pouvoir politique, les membres de l’alliance macouto-bourgeoise étaient prêts à tout. Depuis leurs revers aux élections législatives et locales de l’an 2000 qui avaient consacré la large victoire du Parti Fanmi Lavalas, ils n’avaient cessé de susciter l’intervention directe de la «communauté internationale». Leur impopularité criante ne leur permettrait d’occuper le pouvoir autrement.
Cependant, contrairement à ce à quoi ils s’attendaient, les événements ayant culminé le 29 février dernier au kidnapping et à l’exil forcé du président Aristide, sont loin d’avoir satisfait leurs ambitions. En effet, Washington les a relégués au second plan, les invitant, comme le précisait son ambassadeur James B. Foley, à travailler sur le terrain pendant cette période de «transition» en attendant des élections. Il s’ensuit donc pour eux de beaucoup de frustrations, car ce n’est certainement pour aller sur le terrain qu’ils avaient tant «travaillé».
Pourtant, ils devaient en principe s’attendre à un tel traitement puisque l’ancien ambassadeur Brian Dean Curran intervenant le 9 juillet 2003 dans le cadre d’une rencontre organisée à l’initiative de la Chambre de commerce haïtiano-américaine (HAMCHAM) à l’hôtel Caribe annonçait déjà la couleur lorsqu’il recommandait, avec arrogance, de renouveler la classe politique par des cadres formés préalablement dans les universités nord-américaines et européennes (voir Haïti-Progrès vol 21 #18, du 16 au 22 juillet 2003, «L’opposition aux pieds de l’ambassadeur Brian Curran!»)
Une situation qui a été mise en évidence lorsque les leaders de la Convergence se sont vus écarter de la nouvelle équipe gouvernementale de facto du Premier ministre Gérard Latortue. Ils ont d’ailleurs manifesté ouvertement leur déception en ne se faisant pas représenter officiellement à la cérémonie d’investiture du cabinet ministériel le 17 mars. «La Convergence démocratique informe tout un chacun que le Premier ministre de concert avec le Conseil des sages a décidé d’exclure les personnalités qu’elle avait proposées pour faire partie du gouvernement d’union nationale. La Convergence démocratique prend acte que le Premier ministre Latortue a mis de côté les gens proposés ainsi que ceux soutenus par les autres partis politiques qui ont combattu pour sortir le pays de la dictature» se lamentait en effet Micha Gaillard du Konakom et de la Convergence Démocratique.
De son côté, le coordonnateur de l’Organisation du peuple en lutte (OPL), Gérard Pierre-Charles a voulu se montrer prudent tout en montrant les dents: «Aller chercher des personnalités qui n’ont jamais fait de la politique ou qui n’ont aucune coloration politique, peut constituer une démarche trompeuse car la neutralité en elle-même est difficile», a-t-il reconnu! Et son émissaire à Montréal, Jacquelin Télémaque qui se présente comme journaliste «indépendant» commence à se montrer critique envers l’occupation du pays et envers les «pions» utilisés par la CIA pour parvenir au renversement du pouvoir Aristide tant voulu par ses alliés de la Convergence. «Quant à Guy Philippe, avoue finalement Jacquelin Télémaque, c’est un pion que les Américains utilisent. Il est probablement membre d’un service de renseignements parce qu’il a été formé par eux»... (Magazine Voir, Montréal, 18-24 mars 2004). Mais pour finir, Jacquelin Télémaque essaie quand même de se consoler avec le départ d’Aristide, en proclamant: «Pour le moment, je crois que nous sommes partis du bon pied, mais généralement, ce n’est pas le départ qui fait problème, c’est en cours de route que les choses se gâtent...» (id.) Il n’a donc qu’à se dépêcher de faire comme son collègue de la Convergence, Evans Paul qui n’arrête pas de doner l’accolade au «pion» Guy Philippe. Il va certainement y avoir des postes d’ambassadeurs à prendre!
En fait à quoi pouvait s’attendre tout ce monde, lorsqu’on sait que le Conseil des sages qui a désigné Gérard Latortue comme Premier ministre et qui a participé aux choix de ses ministres et secrétaires d’Etat est composé majoritairement de personnalités de la «société civile» et du Groupe des «184» d’André Apaid. Nul besoin donc de rappeler que ces secteurs, proches de l’industrie de la sous-traitance, sont les intermédiaires obligés de l’impérialisme. Et la déclaration du ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin ne fait que jeter de la poudre aux yeux. Celui-ci a prétendu le 18 mars que «la composition du gouvernement formé par M. Gérard Latortue, Premier ministre de la République d’Haïti, qui intègre essentiellement des experts et des représentants de la société civile, répond au souci de dépasser les clivages partisanes et de créer les conditions nécessaires à la réconciliation et à l’union nationale». Pour l’instant, cependant, on est loin du compte.
En définitive, la «classe» politique traditionnelle ne constitue qu’un marche-pied pour les puissances impérialistes et les frustrés de la Convergence n’ont plus qu’à retourner voir l’ambassadeur de Washington pour lui demander combien de temps ils devront patienter sur le «terrain»?