
Le président Aristide à Bangui escorté par un policier Centrafricain...
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Les autorités d’occupation ont beau essayer de nier, mais le manque total de liberté de mouvement dont pâtissent littéralement le chef d’État haïtien et son épouse Mildred Aristide-Trouillot, dans leur exil en République centraficaine, indique clairement qu’ils ont bien été victimes d’un kidnapping. Autrement, pourquoi doivent-ils être soumis à ce régime qui est pire qu’une résidence surveillée. En effet l’accès au Palais de la Renaissance où ils sont gardés, depuis leur arrivée, par des militaires français et centrafricains, a été refusé le 7 mars à une délégation composée entre autres de son avocat Brian Concannon, du journaliste d’Haïti-Progrès Kim Ives, de la cinéaste Kathleen Keen, etc.
Un peu plus tard, alors que ces derniers étaient parvenus à rejoindre au téléphone Mme Mildred Aristide-Trouillot, la ligne était soudainement coupée. Pourtant même des prisonniers ont le droit de téléphoner. Il s’agit donc d’une situation insultante qui démontre incidemment à quelle enseigne est loge le régime centrafricain qui ne serait que nominalement indépendant. Et encore, puisque même dans les colonies, le gouverneur jouit d’une certaine autorité. On peut en l’occurrence rappeler à l’attention de ce qui souhaitaient l’occupation de leur pays ce qu’il en est d’une telle situation.
On devine que c’est sous la pression de la délégation et des grands réseaux de presse, tells que CNN, Reuters, AP, etc.que le président Aristide était finalement autorisé à offrir une conférence de presse le 8 mars. La veille, au cours d’une brève rencontre, le manque de liberté du couple présidentiel était manifeste. En effet cameras et photos étaient interdites de même qu’il fut interdit assez grossièrement à la Première dame de répondre aux questions; ce qui souleva l’ire de la presse.
Mais ce 8 mars, avec la présence de plus d’une quarantaine de journalistes tant locaux qu’internationaux, les autorités centrafricaines et leurs patrons auront préféré se montrer plus accommodants.
C’était aussi la première apparition publique du président Aristide depuis son kidnapping, et il allait en profiter pour livrer un vibrant message. Il commençait par saluer ses visiteurs avec quelques mots en shango, la langue la plus répandue en Centrafrique, disant d’abord: “Serele”, ce qui signifie “Paix”.
Puis, entrant dans le vif du sujet, c’est un chef d’État toujours combatif que l’on redécouvrait, comme nous le verrons dans les passages suivants de son intervention que nous présentons ci-dessous. En effet, implicitement il paraissait étonné de voir certains membres de son gouvernement s’accommoder de la situation actuelle… Ainsi il désignait comme une “prolongation” de son “enlèvement politique” la formation du nouveau gouvernement en cours en Haïti.
Ce 8 mars, c’est au ministère des Affaires étrangères centrafricain qu’il rencontrait la presse, qu’il accueillait en ces termes: “Un salut spécial à toutes les femmes du monde entier, à ma femme qui est présente, aux femmes de la République sudafricaine (…)
Le mot clé de cette conférence de presse c’est bien “serele noumye serele”: la paix.
Avant les élections de l’année 2000 qui m’ont conduit pour la deuxième fois au palais national en Haïti, j’avais parlé de “serele”. Tout au long de ma présence au Palais national, j’ai essayé de parler de “serele”: de paix.
Aujourd’hui, loin du Palais national, je continue à parler de “serele”, de la paix.
C’est au nom de cette paix, c’est pour que règne cette paix, qu’aujourd’hui je parle en ces termes. La paix et la vérité marchent ensemble. La paix et la justice marchent ensemble. Le 28 février de l’année 2004, au lieu de protéger la paix, le kidnapping pour l’enlèvement politique dont je suis victime a brisé cette paix.”
Combatif, comme nous le disions plus haut, le président Aristide appelait à une “résistance pacifique” pour le respect de la Constitution, pour qu’on cesse de violer celle-ci tout en faisant des simulacres. En effet, d’où vient ce Conseil des sages dont il n’est point question dans la Constitution? Il faut la vérité, comme le dit le président Aristide qui reprenait:
“Pour que règne cette paix, il faut dire la vérité. C’est pourquoi nous parlons de cet enlèvement politique (…) Cet enlèvement politique malheureusement a ouvert la voie à une occupation militaire, et, nous autres, au nom de cette paix, nous faisons appel à une résistance pacifique, je pèse mes mots, à une résistance pacifique (…)
L’ordre constitutionnel a été brisé, la paix assassinée, le peuple qui veut la paix résiste pacifiquement.
Loin de mon pays, mais en communion profonde avec tous les Haïtiens d’Haïti et les Haïtiens de la diaspora, je continue de faire appel à cette résistance pacifique.
(…)
Il y a eu rupture de l’ordre constitutionnel. Par la résistance pacifique nous pensons que le peuple haïtien retrouvera cette paix.
Nous sommes content de voir tant aux Etats-Unis qu’à travers d’autres pays étrangers cette mobilisation pour que cette paix soit vivifiée, nous sommes contents de voir qu’il existe des sénateurs américains, des députés américains, qui eux aussi se mobilisent pour cette paix, cette paix qui est liée à l’ordre constitutionnel malheureusement brisé par l’enlèvement politique. Nous sommes content de voir que la famille caribéenne, la CARICOM, appuie l’autre démarche devant conduire à cette paix (…)
(…) J’ai eu le plaisir de m’entretenir au téléphone avec le secrétaire général Kofi Annan quelque temps avant l’enlèvement politique. Je lui exprime toute notre gratitude car la CARICOM a demandé aux Nations unies de mener une enquête approfondie pour faire la lumière, la vérité sur ce qui s’est passé dans la nuit de 28 au 29 février dernier (…)
Malheureusement, pendant que les Nations unies font du bon travail pour protéger cette paix, je ne peux pas oublier le mauvais travail réalisé par les militaires américains et d’autres militaires étrangers qui m’ont enlevé le 28 février dernier…
(…) ces bandits (Guy Philippe et consorts) ont été reconnus comme tels, comme des assassins, c’est M. Noriega qui l’a dit, ce sont des assassins. Aujourd’hui je ne peux pas comprendre que ces mêmes assassins, ces mêmes criminels soient utilisés par des mains invisibles ou visibles, pour continuer à semer le deuil (…) Guy Philippe a été arrêté pour trafic de drogue à Panama, expédié en République dominicaine à partir de ce territoire. Il a préparé l’assassinat de plusieurs Haïtiens et continue à contribuer, je dirais, au maintien de la violence quand nous avons besoin de maintien de la paix (...) On ne peut maintenir la paix avec l’impunité accordée à la face de la communauté internationale à ces marchands de drogue, à ces criminels.
(…)
Je suis le président élu démocratiquement et je le demeure et c’est au nom de ceux-là et de celles-là qui m’avaient élu que je plaide pour la restauration de la démocratie qui marche de pair avec la Constitution. Nous avions commencé de bâtir un État de droit. Nous voulons continuer à bâtir cet État de droit qui est aux antipodes de ce qui ce passent à l’instant en Haïti. Chez nous, nous avons 1.5 médecins pour chaque 11 000 Haïtiens. Les occupants ont chassé 247 étudiants de la faculté de médecine que nous avions créée pour s’installer dans les salles de classe et dans la résidence réservée pour les professeurs. (…)
Il n’est point question de s’en tenir à un présume “fait accompli” comme voudraient le faire croire certains qui rejoignent déjà les rangs de la bourgeoisie. Car le people haïtien n’a point, lui, abandonné la lutte. En témoignent les manifestations effectuées la semaine dernière qui ont rassemblé le 5 mars environ 20 mille personnes malgré la menace des troupes macoutes de Guy Philippe et de Louis Jodel Chamblain et de leur secrétaire Paul Arcelin. Bien entendu, la provocation va continuellement être utilisée pour justifier la répression. Ainsi voyait-on le 7 mars, lors d’une manifestation des groupes putschistes sept personnes, dont un journaliste espagnol, abattues par des tirs que la grande presse attribuait immédiatement sans aucune prévue encore une fois aux “chimères” Lavalas. Grossière et grotesque affabulation que de grands medias comme Radio Canada répète comme un perroquet.
Nous avons aussi eu l’occasion de converser brièvement avec le président Aristide qui nous a conté de vive voix et confirmé les circonstances de son kidnapping. Nous transcrivons pour finir ces propos qui édifieront davantage nos lecteurs:
Haïti Progrès- En Haïti, ils sont en train maintenant d’établir un autre gouvernement, un gouvernement avec la participation de quelques officiels de votre gouvernement. Est-ce que vous pourriez caractériser ce nouveau gouvernement qu’ils sont en train d’établir?
J.B.Aristide- Ce qui se fait maintenant prolonge l’enlèvement politique. Mais parallèlement à ça, il y a ceux et celles qui respectent la Constitution et veulent construire l’État de droit et qui vont continuer à tout faire pour préserver les acquis démocratiques.
Se tournant ensuite vers le correspondent de AP, le président Aristide lui disait:
“J’étais prisonnier le 28 février dernier. Dans l’avion nous avions passé 20 heures sans savoir où nous allions, sans avoir eu le droit de regarder par le hublot, sans savoir où nous avions été déposés pendant 4 heures de temps….. Donc, là, c’est une violation flagrante des droits de la personne car la première dame, elle sait très bien, elle devait avoir le droit de parler à ses parents comme citoyenne américaine, né de père et de mère haïtien et haïtienne aux Etats-Unis.
Il aurait été de même en Haïti où vous avez un citoyen américain, c’est M. André Apaid, utilisé par ceux qui ont fait un coup de force; lui, il a violé la devoir de neutralité de la loi américaine. Par contre, il a utilisé comme on utilise les criminels, les assassins qui ont été jugés par contumace pour justifier ce qu’il ne pourrait pas justifier autrement… Donc, eux, ils ont le droit de continuer de tuer. Nous n’avons pas eu le droit de savoir où nous étions, où nous allions.”
Q- Pourquoi vous êtes monté dans l’avion?
J.B. Aristide- De force. Seulement, c’était de force. Mais en Haïti ils ont utilisé des mensonges aussi. Quand on m’avait promis, c’est l’ambassadeur Foley qui m’avait promis que j’allais pouvoir faire une adresse aux Haïtiens, pour m’adresser à la presse haïtienne, pour parler de paix, demander la paix comme je l’ai fait toujours fait, on m’a mis dans une voiture, et je me souviens m’être trouvé dans l’avion, l’aéroport était contrôlé par les Américains.
Une histoire donc à suivre, et sur laquelle nous reviendrons avec d’autres détails. La lutte n’est pas finie, elle se poursuit, et on ne pourra pas enlever au peuple son vote.
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