03 Mars, 2004

March 03, 2004

03 Mas, 2004
Vol. 21 No. 51

Le président n’a pas démissionné; il a été forcé à partir, de sorte que le coup d’État soit complété

Le chef d’État haïtien a été emmené contre son gré par des militaires nord-américains. La nouvelle est tombée dès le lendemain du départ du président Aristide pour une destination qu’on aura gardée relativement secrète jusqu’au dernier moment: «Il n’a pas démissionné, il a été kidnappé», ainsi que le disait au cours d’une entrevue la représentante au Congrès de Washington Maxine Waters. Cette dernière venait de recevoir un appel du président Aristide de la République centrafricaine où son avion avait terminé son périple après une escale à Antigua suite au départ de Port-au-Prince le dimanche 29 février à environ 6 heures 30 du matin. Et arrivé à cette destination, où le président haïtien a été logé dan un édifice dénommé «Château de la renaissance» à Bangui, la capitale, il s’est trouvé encore en compagnie en quelque sorte de geôliers, comme l’a rapporté Maxine Waters: «Il est entouré de militaires. C’est comme s’il était en prison… »

Randall Robinson, responsable de l’organisme TransAfrica a eu ce mnême jour une conversation téléphonique avec le chef de l’État haïtien qui confirmait ce que venait de dire la reéprésentante Waters. Et interviewé par l’agence AP par l’intermédiaire du Révérend Jesse Jackson, le président Aristide a déclaré personnellement: «J’ai été forcé à partir… Des agents me disaient que si je ne partais pas ils se mettraient à tirer et à tuer dans l’instant… Ils (les soldats) étaient des Américains blancs… Ils sont venus pendant la nuit… Ils étaient trop nombreux, tellement que je ne pouvais pas les compter…»

En effet, des soldats américains sont venus en hélicoptère, ils ont dit aux gardes du corps américains du président de s’en aller, et ils se sont mis à le menacer. Il se trouvait en compagnie de sa femme, le beau-frère de celle-ci. Auparavant, dans la soirée, les ambassadeurs des Etats-Unis, de France et du Canada étaient venus faire semblant de négocier alors que tout était déjà prévu pour le kidnapping. «Les militaires américains qui sont arrivés par la suite étaient conduits par un certain M. Moreno, comme l’a rapporté Maxine Waters, qui a indiqué que ce dernier est un fonctionnaire de l’ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince et, «ils lui ont dit (au président Aristide) qu’il devait partir MAINTENANT; Guy Philippe et les Marines américains allaient venir à Port-au-Prince et qu’il serait tué, beaucoup d’Haïtiens seraient tués, qu’ils ne s’arrêteraient pas tant qu’ils n’auraient pas obtenu ce qu’ils voulaient… Le président n’a pas démissionné; il a été forcé à partir, de sorte que le coup d’État soit complété…»

Que le secrétaire général adjoint de l’OEA Luigi Einaudi vienne dire le contraire à la télévision en exhibant un papier portant présumément la signature de démission du chef de l’État, cela dénote plutôt la véracité du kidnapping. Alors même qu’il aurait signé sous la menace et forcé, cette démission n’en serait pas une et ne disculperait point les autorités de Washington de l’accusation de kidnapping. Une situation qui perdurait d’ailleurs encore le mardi 2 mars où le président Aristide n’était toujours pas libre de ses mouvements et que d’une fenêtre il pouvait observer des soldats français et centraficains affectés à sa garde. Et ses geôliers continuent à prendre un plaisir sadique pour ne pas lui révéler sa prochaine destination, qui serait l’Afrique du Sud, d’où l’on attendait toujours une réponse concernant son asile dans ce pays.