
Une répression qui frappe et menace tous ceux présumés avoir été un proche ou un sympathisant du chef de l’État ou ne serait-ce qu’un fonctionaire...
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Silence, on tue, pour reprendre une formule qui pourrait être appropriée en ces circonstances. Pas tout à fait cependant, puisque le vacarme étourdissant des grands médias internationaux occulte, noie les cris des victimes. Ces moyens de presse plus occupés à faire le procès du président Aristide qu’à s’occuper des victimes de la répression qui s’est abattue sur le peuple, celui des bidonvilles, celui des campagnes dont il n’a jamais été question jusqu’à présent, une répression qui frappe et menace tous ceux présumés avoir été un proche ou un sympathisant du chef de l’État ou ne serait-ce qu’un fonctionaire…
On n’en parle pas, puisque les dirigeants des dites organisations et autres des droits humains sont bien trop occupées à savourer le triomphe que leur procure le nouvel exil du président Jean-Bertrand Aristide et à planifier l’éventuel rôle qu’ils auront à remplir sur l’échiquier politique. Ils jouent déjà des coudes et n’ont pas le temps pour les droits humanitaires depuis qu’ils ont eu, dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 février la tête de celui qui, à leur avis, leur barrait la porte du pouvoir. Où se trouve le braillard Jean-Claude Bajeux et son Centre œcuménique des droits humains? Où est Pierre Espérance de la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR, son sigle anglais)? Où sont tous les autres, ces organisations féminines et féministes de la diaspora et locales qui s’époumonnaient il y a à peine un mois encore contre le gouvernement Lavalas? Pourtant on tue. Et personne ne pouvait et ne peut l’ignorer. Aux Gonaïves déjà, l’Armée cannibale de Butter Métayer, de Jean Tatoune, de Winter Étienne et de leurs comparses faisaient depuis les derniers mois la chasse aux représentants du gouvernement. Leurs victimes étaient pourtant portées au compte du gouvernement Lavalas! Avec l’arrivée des renforts, les mercenaires venus de la République dominicaine avec à leur tête l’ex-commissaire Guy Philippe et Louis Jodel Chamblain, l’ex-numéro 2 de l’organisation parmilitaire Fraph qui terrorisait la population pendant le coup d’État de 1991 à 1994, la situation n’a fait qu’empirer. Au Cap-Haïtien, le 22 février quand ils sont arrivés dans cette ville, dès la première journée ne comptait-on pas au moins une dizaine de tués? Des gens assassinés froidement avec les mains attachées derrière le dos. Mais la presse en général se contentait de compter les morts, sans citer les auteurs de ces crimes…
Et la situation ne fait que s’aggraver à ce titre, puisqu’avec le départ du président et l’arrivée dans la capitale des terroristes dénommés «rebelles» pour les besoins de la cause, on ne pouvait que s’attendre au pire. Déjà les zones de Carrefour, de Thomassin, de Fort-Jacques, etc. ont reçu la visite des groupes de bandits anti-gouvernementaux, qui avaient préparé leurs listes des bases Lavalas. Ils sont à l’œuvre. À Carrefour, on retrouvait quatre corps au moins le lundi 1er mars, achevés d’une balle dans la tête. Pour expliquer les rafales qu’on entendait dans certains endroits, un journaliste étranger, par exemple, se contentait de dire qu’il s’agissait des dernières poches de résistance de partisans acharnés («hard core») du président Aristide. Comment pouvait-il savoir alors qu’il n’était point sur place?
Les «rebelles» qui avaient promis de déposer les armes advenant le départ du chef de l’État se sont ravisés depuis et, ce ne sont pas des complices avides de pillage qui leur manqueront. L’un de ces «rebelles» n’hésitait pas à afficher en présence d’un correspondant de l’agence AP ses exploits, se vantant d’avoir exécuté quelques personnes et «prédisant même que les militants du parti Lavalas d’Aristide seraient exécutés…» «J’ai tué quelques pillards hier. On doit les tuer» disait en exhibant son fusil d’assaut M-4 un dénommé Faustin de l’armée «rebelle» à l’entrée de l’hôtel où son chef Guy Philippe était en réunion avec les autres membres de «l’opposition».
En outre, ont réapparu ces groupes formés de rejetons de la bourgeoisie qui, déguisés en «ninja», semaient la terreur lors du coup d’État de 1991. Avec les autres bandes il semble qu’on va leur laisser le temps d’en finir avec les bastions Lavalas avant que pour la forme, ou à la suite d’un conflit entre les multiples secteurs «victorieux» on commence à se chercher des puces. Ce ne sont certainement pas les troupes d’occupation qui viendront les empêcher de faire la sale besogne pour elles, pour se débarrasser des «chimères», comme ils qualifient de façon méprisante la masse des démunis qui plaçait ses espoirs d’une vie meilleure sur la personne du président Aristide.
La «Communauté internationale», si préoccupée des violations des droits humains durant le gouvernement Aristide, ne peut ignorer la feuille de route, le curriculum des principaux chefs de guerre à l’œuvre actuellement dans la capitale, principalement. Qu’il nous suffise de doner quelques indications sur trois d’entre eux. D’abord le chef des «rebelles», Guy Philippe. Il est à l’origine de bien des meurtres lors de ses précédentes incursions, à partir de la République dominicaine. Sa première attaque qui faisait plusieurs victimes parmi les policiers, suite à sa désertion de la Police nationale, date de l’époque du gouvernement de l’ex-président René Préval. Son nom a souvent été associé au trafic des stupéfiants lorsqu’il était en poste comme commissaire. Évidemment il nie tout, mais les faveurs dont il jouit auprès de la C.I.A. pourrait indiquer que le «laboratoire» le tient en laisse?
Quant à Louis Jodel Chamblain, son dossier est «transparent». Ancien militaire, il devenait le second personnage des escadrons de la mort du Fraph, dont le numéro 1 Emmanuel «Toto» Constant est censé se trouver encore réfugié à New York en attendant… Amnesty International a d’ailleurs réclamé l’arrestation par les membres de la force internationale d’intervention de Chamblain et de son comparse Jean-Pierre Baptiste, un évadé de prison qui avait été condamné pour son rôle dans le massacre de 15 personnes en 1994, lors du premier coup d’État contre le président Aristide. Chamblain a lui aussi été condamné par contumace. Mais il se défend d’être un terroriste et à sa défense il a cet «argument»: «Où sont les ossements de mes présumées victimes, où sont-ils?» Il doit être le seul à le savoir pourtant!
Jean Pierre dit Jean Tatoune se passe de présentation, et il devrait être encore en prison d’où il s’évadait l’année dernière, car il a été dûment condamné à perpétuité pour sa participation au massacre de Raboteau en 1994. Il s’agit en conclusion d’un trio de criminels. Et le secrétaire d’État nord-américain Colin Powell, le maître d’œuvre officiellement de toute cette opération, ne l’ignore point, puisqu’il exprimait ses «doutes» quant au rôle de «certains de ces individus qu’il ne voudrait pas voir réintégrer la société civile». Évidemment ce ne sont là que des mots pour se couvrir, à la manière de Powell, advenant que ses protégés deviendraient trop encombrants…
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