25 Fevrier,  2004

February 25, 2004

25 Fevrye,  2004

Vol. 21 No. 50
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/De gauche à droite, l’un des responsables du Front pour l’avancement et le progrès d’Haïti (FRAPH), Louis Jodel Chamblain, provenant de la République dominicaine et l’ex-commissaire de police Guy Philippe...

Le 16 février dernier, un corps de terroristes, à la tête desquels se trouvaient l’ex-commissaire de police Guy Philippe et l’un des responsables du Front pour l’avancement et le progrès d’Haïti (FRAPH), Louis Jodel Chamblain, provenant de la République dominicaine, voisine qui sert de base arrière aux anciens militaires et para-militaires oeuvrant à la déstabilisation du gouvernement Lavalas, ont assailli la municipalité de Hinche, chef lieu du département du Centre. Avant d’atteindre la frontière, haïtiano-dominicaine, les terroristes ont fusillé deux soldats dominicains à Dajabon qui voulaient s’enquérir de leur identité et ont emporté les armes des victimes. Arrivés sur le sol haïtien, les assaillants ont tué le directeur départemental de la police, de Hinche Maxine Jonas et son garde du corps avant d’attaquer le commissariat. Ils ont libéré les prisonniers et mis ensuite le feu au bâtiment.

Suite à cette incursion, plusieurs autres localités du Centre dont Maïssade, Belladères, Thomonde, Pandiassou et Savanette ont été désertées par les policiers devant la menace des assaillants qui sont beaucoup mieux équipés que les agents. Circulant dans des véhicules tout terrain, les «rebelles» ont effectué des attaques sporadiques dans les municipalités précitées, terrorisant à volonté les habitants. Le 19 février, pris de panique les policiers cantonnés à Fort-Liberté et Ouanaminthe ont abandonné leurs postes. Le 22 février le bras armé de l’«opposition » dirigé maintenant par Guy Philippe et Louis Jodel Chamblain a attaqué le Cap-haïtien et ont fait des dégâts considérables (voir article ci-dessus).

Concernant la présence sur le terrain de Louis Jodel Chamblain, Amnesty international a publié un communiqué de presse dans lequel, il est rappelé qu’en septembre 1995, «Chamblain était parmi sept chefs militaires et paramilitaires condamnés par contumace à la prison à vie et aux travaux forcés pour sa participation dans l’assassinat en septembre 1993 d’Antoine Izméry».

Pour sa part, le responsable du Bureau des avocats internationaux (BAI), Mario Jospeh, considère cette présence comme un affront à la justice haïtienne. Il s’en exprimé en ces termes : «L’arrivée de Jodel Chamblain et d’autres personnes du même acabit que celui-ci faisant partie du FRAPH auxquelles était également associé Jean Tatoune, est un affront à la justice. Pour cause, ce sont des gens qui ont des démêlées avec la justice et contre lesquels des jugements ont été prononcés. Prenons par exemple le cas de Jodel Chamblain. Il a été condamné à perpétuité d’une part pour le massacre de Raboteau, d’autre part pour sa participation dans le meurtre d’Antoine Izméry ; il a été aussi inculpé par l’ordonnance d’un juge d’instruction dans le cadre du dossier de l’incendie de Cité Soleil. Cette personne aurait dû être derrière les barreaux mais aujourd’hui elle accompagne ladite opposition. Cela devrait interpeller la conscience de ceux qui prétendent œuvrer pour la défense des droits humains et de la démocratie».

D’autre part, les responsables des TKL (Ti Kominote Legliz) de St Jean Bosco, le jeudi 19 février, ont indiqué que la Plate-forme politique de l’«opposition» s’est alliée avec des terroristes pour déstabiliser le pays et reconstituer l’ancienne Force Armée d’Haïti (FAD’H) et l’ancien groupe para militaire FRAPH pour exterminer la population, et ont appelé les secteurs populaires à se mobiliser sans relâche pour contrecarrer les actions des opposants en vue d’éviter un nouveau coup d’Etat.

Les citoyens qui ont encore en mémoire les crimes commis par le FRAPH durant la période du coup d’Etat sont scandalisés par l’attitude des leaders de l’«opposition». Ils ont déclaré que le pays ne peut se permettre de basculer à nouveau dans l’horreur entretenue le corps para militaire qui s’était avéré sanguinaire.

Justement, il est opportun de rappeler qu’outre la répression ordinaire orchestrée pendant la période du putsch qui a causé plus de cinq mille morts, s’étaient jointes d’autres formes de terreur dont des mutilations, scalps, viols collectifs y compris des enfants. Le 2 avril 1994, un correspondant du New York Times relatant les actes de violences perpétrés à l’époque eut à déclarer que Haïti connaissait «la plus sanglante vague de terreur politique depuis le renversement du pouvoir du président Aristide par l’armée». Le journal Miami Herald, pour sa part, avait publié un article contenant des détails sur l’état des dizaines de morts retrouvés à Cité Soleil, dont certains ont été retrouvés sans doigts ou avec le visage tailladé à coups de machette, tandis que d’autres commençaient à être dévorés par des ports affamés.

Ainsi, le FRAPH qui se réclamait ouvertement de Papa Doc (Duvalier père), s’était livré à toutes sortes d’atrocités, d’intimidations menaçant de bloquer le pays par n’importe quel moyen si l’on refusait de s’ouvrir au duvaliérisme.

Par ailleurs, il est pertinent de rappeler l’origine et les objectifs du FRAPH. Pour ce faire, voici de larges extraits d’une enquête de Allan Nairn titrée : «CIA, CDS, FRAPH et crimes sans châtiment», parue dans le volume 12#29 du 12 au 18 octobre 1994 de Haïti-Progrès : (…) «Emmanuel Constant, le leader de l’escadron de la mort en Haïti, le FRAPH, est un protégé du Service de renseignements des Etats-Unis. Des interviews avec Constant et des officiels américains qui ont travaillé étroitement avec lui confirment que Constant a travaillé, récemment, pour la CIA et que le Service de renseignements américains l’a aidé à lancer l’organisation devenue le FRAPH. Les preuves documentées, obtenues d’autres sources et confirmées en partie par Constant indiquent aussi qu’un groupe d’attachés – certains sont impliqués dans quelques-uns des crimes les plus connus en Haïti – ont été payés pendant plusieurs années par des fonds du gouvernement américain finançant un projet qui maintient des dossiers délicats sur les mouvements des démunis en Haïti.

Dans mon article paru dans La Nation du 3 octobre («L’aigle débarque») j’ai rapporté les propos d’un officiel du Service de renseignements américains louant Constant comme un jeune intellectuel pro-occidental pas plus à droite qu’un jeune républicain » et disant que le Service de renseignements américains avait « encouragé » Constant à former le groupe qui a émergé en tant que FRAPH. Rejoint à son domicile dans la nuit du 26 septembre Constant a confirmé les propos du fonctionnaire. Il a dit que son premier partenaire américain avait été le colonel Patrick Collins, l’attaché à l’agence de renseignements en Haïti pour le ministère de la Défense des Etats-Unis, et qu’il a décrit comme « un très bon ami à moi » (Constant à dit avoir traité par la suite avec un autre fonctionnaire qu’il a présenté comme « le meilleur agent de liaison » (des Etats-Unis), mais il a refusé de dire son nom). Constant a déclaré avoir été approché pour la première fois par le colonel Collins alors que lui, Constant, dispensait un cours d’entraînement au quartier général du Service d’Intelligence Nationale (SIN) dirigé par la CIA ; et mettait sur pied une banque de données à l’usage des très connus chefs de section en Haïti, au Bureau d’information et de la Coordination (BIC) situé au Grand Quartier général du régime putschiste.

Rapportant des propos très proches de ceux exprimés par le fonctionnaire américain, Constant a déclaré que Collins avait commencé par l’inciter à organiser un front « qui pourrait contrebalancer le mouvement d’Aristide » et recueillerait des « renseignements » dirigés contre ce mouvement. Il a dit que leurs échanges avaient commencé tôt après la chute d’Aristide en septembre 1991. Il en est résulté la formation par Constant de ce qui allait plus tard se transformer en FRAPH, un groupe connu au début sous le nom de Ligue Haïtienne de la Résistance…

(…) Au cours de déclarations faites sous serment, les noms de deux autres, Marc Arthur et Gros Fanfan (impliqués par l’ONU dans l’assassinat en septembre 1993 d’Antoine Izméry, proéminent homme d’affaires pro-Aristide) ont été cités pour avoir reçu de l’argent liquide du CDS. Constant confirme que les leaders du FRAPH et des attachés travaillent au sein du CDS (et spécifiquement que Marc Arthur y a travaillé) et dit qu’il parle souvent au téléphone au directeur de la polyclinique, le Dr Réginald Boulos…

(…) Le FRAPH a émergé comme une force nationale au cours des derniers mois de 1993, quand il a été à l’origine d’une série d’assassinats, bastonnades publiques et raids accompagnés d’incendies volontaires dans les quartiers pauvres. C’est au cours d’une semblable attaque que Mme Alerte Belance a eu la main droite arraché par un coup de machette.

Plus tard, quand cela l’a arrangé, le président Clinton a utilisé les photos de ces attaques macabres pour (avec justesse) présenter les détenteurs du pouvoir en Haïti comme « des voyous armés (qui) ont dirigé un régime de terreur. Mais, au moment où cette terreur était à son paroxysme Clinton s’était servi des massacres perpétrés par le FRAPH pour faire durement pression sur Aristide afin de le porter à « élargir » son cabinet, déjà large, à des fins de « partage du pouvoir ».

Il est clair que la conjoncture actuelle est similaire à celle qui se passait dans le pays au cours du premier mandat du président Jean Bertrand Aristide. Le retour en force du FRAPH sur le terrain entre dans le cadre de la politique de l’impérialisme visant à faire pression sur le chef de l’Etat pour le porter à se retirer du pouvoir.