Les éléments qui se proclament de l’«opposition» au gouvernement constitutionnel et oeuvrent dans la capitale planchent sur la provocation pour envenimer la situation politique et acculer davantage les autorités gouvernementales, tandis que parallèlement dans certains villes de province, leur bras armé, composé de repris de justice, d’anciens militaires et des membres du corps paramilitaire sanguinaire FRAPH (Front pour l’avancement et le progrès d’Haïti) qui sévissait au pays pendant la période du coup d’Etat contre le président Aristide lors de son premier mandat, attaquent les commissariats semant la terreur à leur passage.
En effet, au cours de la journée du 20 février consacrée au carnaval de la jeunesse, la coordination des syndicats haïtiens (CSH) proche des «184» a orchestré une manifestation de rue à laquelle s’étaient joints quelques étudiants et les membres des syndicats d’enseignants pour réclamer l’élargissement de onze «syndicalistes» en prison depuis le 24 janvier. Ces derniers avaient été arêtes sous l’accusation de complot contre la sûreté de l’Etat.
En dépit de l’avertissement de la police indiquant qu’elle ne pourrait pas assurer la sécurité du mouvement, environ un millier de personnes ont investi les rues parcourant les zones de l’avenue Christophe, Carrefour feuilles, Rue Chavannes, Turgeau et Canapé-vert. Arrivé à ce niveau, les choses allaient dégénérer quand une pluie de pierres et de bouteilles est tombée sur les manifestants, contraignant ces derniers à se disperser. Pendant la cohue, des tirs d’armes à feu ont été entendus. Les medias ont présenté un bilan de l’incident qui fait état de douze blessés par balles dont deux journalistes, Claude Bellevue de Radio Ibo et un cameraman étranger.
Le secrétaire d’Etat à la communication, Mario Dupuy, a condamné cette nouvelle violence perpétrée au cours d’un mouvement anti-gouvernemental en dépit du caractère illégal de celui-ci, invitant le commissaire du gouvernement à prendre des mesures contre les auteurs de ces actes.
Outre la stratégie consistant à provoquer des incidents durant les manifestations, l’ « opposition » entretient une lutte armée contre le pouvoir à travers les régions de province. Après l’invasion des terroristes des municipalités du Plateau Central et d’une partie de l’Artibonite, le département du Nord est tombé sous leur coupe le dimanche 22 février.
Quarante huit heures plutôt, soit le vendredi 20 février, le porte parole du Front de résistance de l’Artibonite, Winter Etienne, avait annoncé que ses acolytes attaqueraient au cours du week-end le Cap-Haïtien: « Nous avons 200 hommes divisés en quatre groupes autour du Cap-Haïtien », déclarait alors Winter Etienne à l’Agence France presse (AFP).
Effectivement, dans la matinée du 22 février plusieurs dizaines d’hommes en treillis militaire lourdement armés sont entrés dans l’Aéroport de la métropole du Nord situé dans la localité de Petite-Anse. Ils ont attaqué le commissariat central et libéré les prisonniers. Tout cela sur fond d’intenses tirs. Les locaux du poste et de la direction départementale de police ont été pillés et incendiés par les bandits. Dans la foulée, les assaillants ont mis à sac deux stations de radio locales, Radio Africa appartenant à l’ex-député Nawoon Marcellus et Radio Télé Kombit (RTK). D’après la presse étrangère, il y aurait trois personnes tuées pendant le déroulement de l’attaque.
A Port-au-Prince, le chef de l’Etat qui lançait officiellement les festivités carnavalesques, a assuré avoir envoyé des renforts au Cap-Haïtien et a appelé la population à danser malgré tout. D’après le président, il faut participer à l’ambiance carnavalesque sans relâcher pour autant la vigilance.
Par ailleurs, Winter Etienne a affirmé à l’AFP que les rebelles prendraient Port-au-Prince qui est leur principal objectif et que des hommes se trouveraient déjà sur place attendant des ordres pour agir. Il faisait cette déclaration le 20 février. Dans la nuit du lendemain, deux commissariats situés au Nord de la capitale dans les localités de Bon repos et Petite place Cazeau étaient attaqués par des inconnus. Un autre poste situé à l’Est de Port-au-Prince à Terre rouge a également essuyé des tirs d’armes de gros calibres dans la matinée du lundi 23 février.
En tout cas, le gouvernement doit prendre des dispositions concrètes pour éviter que la population ne soit livrée aux mains des sanguinaires.