11 Fevrier,  2004

February 11, 2004

11 Fevrye,  2004

Vol. 21 No. 48
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Concertation pour une intervention?
Radio Caraïbes et Radio Vision 2000 ont annoncé pour leur part victorieusement dans la matinée de ce mardi 10 février que leurs complices aux Gonaïves avaient mutilé le cadavre du commissaire Emmanuel Mompremier. Heureusement ces stations auront raté manifestement leur coup, car ce policier était présent en chair et en os dans l’après-midi du même jour au programme «Les Mardis de la presse»

Les récents développements sur la scène politique montrent jusqu’à quel point les différents secteurs haïtiens et leurs tuteurs sont de mèche pour acculer le gouvernement constitutionnel.

On vient de voir la semaine dernière comment les alliés de «l`opposition» aux Gonaïves ont pu semer la terreur et prendre la ville sous leur contrôle (voir la «une» en page couverture). Il s’agit sans aucun doute d’une action concertée. D’autres actions criminelles semblables, imputables à la branche armée de «l’opposition », sont également enregistrés dans d’autres villes du département de l’Artibonite. L’un des porte-parole de «l’opposition» armée aux Gonaïves, Winter Etienne, a même déclaré, sur les ondes d’une station de radio à Port-au-Prince, être prêt à réaliser des actions militaires pour le contrôle du département du Nord. Entre-temps les médias de la bourgeoisie et leurs relais à l’étranger assurent la propagation immédiate d’une version sui generis des faits pour créer une psychose de peur dans tout le pays. Le correspondant du journal français Le Monde, Jean-Michel Caroît, de la République dominicaine alimente différents réseaux francophones, tel Radio Canada. À les entendre, tout le pays serait à feu et à sang, et ils évitent de divulguer que la «quarantaine de morts» qu’ils annoncent à tue-tête est directement causée par l’action des groupes terroristes de «l`opposition» aux Gonaïves et ailleurs dans l’Artibonite et le Nord. TVA, une autre station privée à Montréal, au Canada, est cette fois mise à contribution. Et ce n’est sans doute pas un hasard si ce sont des journalistes restavèk de la bourgeoisie comme Clarence Renois de Radio Métropole et Vario Séran de Alterpresse qui sont sollicités par ces médias.

Par ailleurs on peut remarquer que de façon synchronisée, dirions-nous, le Département d’État déconseille à ses ressortissants de ne pas se rendre en Haïti, de même que le Canada. Washington va même plus loin et rend responsible le gouvernement haïtien de ces violences! Mais on a l’habitude, car dès qu’un régime ne lui plaît pas, la victime est doublement accablée, et sa presse le suit.

Il y a aussi le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui s’empresse d’annoncer que son Organisation allait s’engager davantage dans le dossier haïtien pour appuyer entre autres l’OEA. Dans quel but? Car comme on l’a vu la semaine dernière, les pays de la Caricom, qui représentaient jusqu’à tout récemment un frein aux desseins de l’organisation hémisphérique, ont pu être circonvenus. Les propositions qu’ils ont présentées au président haïtien en donnent plus que l’impression.

Entre-temps, des manifestations organisées à l’initiative de ladite Plate-forme Démocratique à Port-au-Prince se poursuivent pour réclamer la démission du président Jean Bertrand Aristide. Ce sont évidemment des mouvements de provocation de plus en plus agressifs à l’endroit des policiers.

Tout était donc planifié. Il y a quinze jours de cela Evans Paul dit K-Plim (Convergence/Plate-forme) n’annnonçait-il pas par anticipation que les villes de Gros-Morne et Saint-Michel-de-L’Attalaye étaient tombées «pacifiquement» ( !) aux mains de «l`opposition». Radio Caraïbes et Radio Vision 2000 ont annoncé pour leur part victorieusement dans la matinée de ce mardi 10 février que leurs complices aux Gonaïves avaient mutilé le cadavre du commissaire Emmanuel Mompremier. Heureusement ces stations auront raté manifestement leur coup, car ce policier était présent en chair et en os dans l’après-midi du même jour au programme «Les Mardis de la presse» de la Télévision nationale.

Mais l’essentiel, c’est de projeter à l’étranger l’image d’une Haïti déchirée où la vie s’est arrêtée. Des titres-choc tels «Les Gonaïves aux mains de rebelles armés (…) », se chargent de la préparation psychologique pour solliciter une nouvelle intervention militaire dans le pays. Le leader du Konakom, membre de la Plate-forme Démocratique, Victor Benoît, a plaidé en faveur du déploiement de militaires étrangers pour, a-t-il prétendu, «protéger la population qui est en grand danger face aux sbires du pouvoir Lavalas» (Vision 2000, 27-01-04). Le directeur exécutif de l’Initiative de la Société civile (ISC), membre du Groupe des «184», Rosny Desroches, a aussi abondé dans le même sens, laissant entendre qu’une pareille «démarche pourrait aider à combattre l’insécurité» (id.).

D’autres prises de positions vont également dans le sens de cette éventualité qui permettrait à «l’opposition» de mettre la main sur le pouvoir que ses membres ne peuvent point remporter par les urnes. Ainsi, dans le rapport produit par le Comité de réflexion et de proposition sur les relations franco-haïtiennes, dirigé par l’écrivain Régis Debray, celui-ci a suggéré «l’envoi d’une force de police multinationale en Haïti en vue de répondre à l’appel d’un futur gouvernement de transition». Selon lui, cette force de police pourrait être conduite par la France ou la Caricom avec l’appui de l’OEA. D’autre part, suite à une rencontre entre le ministre des Affaires étrangères de la France, Dominique de Villepin et son homologue du Brésil, Celso Amorin, on apprenait que ces deux pays seraient prêts à «coopérer de manière à contribuer à la stabilisation de certains pays comme la Guinée Bissau et Haïti». M. Amorin a déclaré que leur conversation «a débuté par une référence à l’opération brésilienne de transport de troupes au cours de la mission de paix européenne en Ituri, au Congo». Concernant précisément Haïti, le chancelier brésilien a indiqué : «Nous observons les développements. Nous savons que le gouvernement français est très intéressé aussi, ainsi que les pays des Caraïbes. Nous voulons maintenir le dialogue avec tous les pays intéressés et faire quelque chose si c’est possible.»

A bien analyser de pareilles déclarations on peut aisément apercevoir ce plan qui est tramé au plus haut niveau, et dans lequel la France semble être impliquée jusqu’au cou. Cette menace ne saurait en outre nous étonner puisqu’on se rappelle d’un article paru en mars 2002 dans le journal France-Antilles sous la plume de François-Xavier Guillerm, que nous avions reproduit (Haïti-Progrès, vol. 21 nº 39 du 10 au 16-12-03), dans lequel l’auteur nous présentait un exercice de simulation d’une intervention militaire de la France et d’autres pays de la région dans un pays francophone de la Caraïbe en proie à toutes les difficultés et dont la description correspondait curieusement à Haïti. Par conséquent, la France semble être le pays le plus intéressé, pour prendre le leadership d’une intervention à la place de Washington qui a actuellement les mains pleines avec l»’Afghanistan et l’Irak, sans compter que le président George W. Bush, en cette annnée d’élections, ne veut pas se retrouver dans un autre pétrin.

De fait, dans le cadre de cette même logique de préparation psychologique de l’opinion publique, le département d’Etat des Etats-Unis a émis une note le 30 janvier dans laquelle il autorise « le rapatriement sur une base volontaire des fonctionnaires non-essentiels » de son ambassade à Port-au-Prince. Il exhorte également les citoyens nord-américains vivant en Haïti à «évaluer la situation de sécurité et quitter le pays», tout en déconseillant à ceux de l’extérieur à s’y rendre. Les mêmes dispositions sont également prises par le ministère canadien des Affaires étrangères.

Dans un tel contexte, où les anti-nationaux favorisent une fois de plus l’occupation du pays, le viol de sa souveraineté justement en cette année de la célébration du bicentenaire de son indépendance, seule la mobilisation peut faire entendre la voix du peuple haïtien pour dire à ses anciens et nouveaux bourreaux qu’il ne veut ni ne compte faire marche arrière dans sa lutte.