4 Fevrier,  2004

February 4, 2004

4 Fevrye,  2004

Vol. 21 No. 47
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…De gauche à droite : Patrick Manning, le Premier ministre de Trinidad & Tobago, maître Gervais Charles, président du conseil d’avocats d’André Apaid et Percival James Patterson, le Premier ministre de la Jamaïque…

On assiste ces derniers jours à une plus grande implication de la Caricom dans la recherche d’une solution à la crise politique. On a vu que c’est sous son patronage, mais avec la présence d’observateurs des États-Unis et du Canada, que s’effectuait la rencontre avec les différents secteurs de «l`opposition» les 20 et 21 janvier aux Bahamas, dont le Premier ministre Perry Christie semble remplir un rôle prépondérant en la circonstance.

À son tour, après avoir reçu Perry Christie à Port-au-Prince, le président Aristide se rendait à la Jamaïque pour rencontrer la Caricom le 31 janvier. À son retour, il a exprimé sa volonté d’appliquer les propositions de la Caricom présentées au lendemain de la rencontre des Bahamas de «l`opposition» avec l’organisation régionale.

Mais qu’en est-il de ces propositions acceptées par le président Aristide, ce que confirmait une très brève note de presse du secrétaire d’État à la Communication Mario Dupuy qui disait que «le Président de la République a exprimé son assentiment et l`engagement du gouvernement quant à la position et aux points présentés par la Caricom».

Quelle est cette position et quels sont ces points?

On a droit pour débuter à une considération, disons philosophique, où le texte de la Caricom dit vouloir «Explorer ce qui est possible et ce qui ne l`est pas, surtout en tenant compte du changement dans l`environnement politique haïtien depuis le 5 décembre 2003». On s’aperçoit ainsi que l’incident survenu à l’Université à la date citée est curieusement prise comme référence à l’instar du 17 novembre 2000 où les sièges des partis politiques de la Convergence avaient été attaqués. Le motif pour mettre tout de suite le gouvernement sur la défensive était déjà établi. Le reste allait suivre, car toute la pression est mise sur le gouvernement et «l`opposition» considérée comme un «Petit Jésus». Tous les efforts vont incomber au régime Lavalas, sans aucune considération pour les provocations. Ainsi peut-on lire: «Établir un climat… de sécurité… ; démantèlement de tout groupe armé… ; respect des décisions judiciaires… ; élargissement immédiat des activistes ou leaders politiques en détention arbitraire…» Cependant la Caricom n’explique pas comment en deux mois on pourra parvenir à désarmer tout ce monde, et surtout ne dit rien des bandes armées de «l`opposition» qui exhibent publiquement leurs armes aux Gonaïves.

La Caricom en vient à dicter ses conditions, toujours au gouvernement à qui elle fait remarquer la nécessité «en l`absence d`un Parlement, de l`établissement d`un conseil consultatif élargi… La Caricom utilisera ses bons offices et exercera sa pleine influence pour persuader le président que la personne nommée Premier ministre doit être une personne jouissant de la confiance publique. L`opposition devrait participer pleinement dans le choix de cet individu. Le Premier ministre doit jouir de tous les pouvoirs dont il est investi…» Quels seront ces pouvoirs? On imagine qu’ils iront au-delà de ceux du chef de l’État, d’autant plus que le conseil des sages qui fera office de «Parlement» devra, on s’en doute, être truffé de membres de «l’opposition» et du Groupe des «184» d’André Apaid…

La bonne foi de «l`opposition» n’est jamais mise en doute, car au contraire la Caricom se place en protecteur face au pouvoir: «La Caricom a raison de croire que les groupes d`opposition en Haïti ne sont pas contre l`idée de s`engager dans un dialogue politique avec des éléments de Fanmi Lavalas… Cette possibilité doit être explorée.» Paradoxalement, et la Caricom ne l’ignore point, que ces «groupes de l’opposition» ont carrément déclaré qu’ils allaient aux Bahamas pour donner leur point de vue et pour négocier des modalités de départ du pouvoir du président Aristide. Donc point question pour ces gens de prêter attention aux propositions de la Caricom! Au début de cette semaine encore, l’un des chefs de cette «opposition» Gérard Pierre-Charles et le second personnage de son parti (l’OPL), son épouse Suzy Castor indiquaient encore une fois que la seule solution, c’est le départ d’Aristide.

Non satisfaite de toutes ces conditions imposées au régime constitutionnel, la Caricom ne prend pas de gants pour faire un procès d’intention au président de la République qui «sera appelé à déclarer publiquement qu`il n`a pas l`intention d`effectuer un changement constitutionnnel» qui permettrait la prolongation de son mandat ou à solliciter un nouveau mandat…»

Les seuls «cadeaux» que la Caricom veut bien faire au gouvernement Lavalas, c’est uniquement dans les domaines où elle ne peut qu’exprimer des souhaits, comme de dire qu`elle «ne démordra pas de voir Haïti être privée du soutien économique auquel elle a droit…»

Pour enfoncer le clou, le texte se termine sur cette injonction : «… aux yeux de la Caricom le Président sera tenu responsable de tout manquement à ses engagements. En cas de manquement la Caricom aura à envisager les suites appropriées à la fois en ce qui concerne la Caricom et au sein de l`OEA sur le sujet de l`imposition de sanctions.» Et tant qu’à parler de l’OEA, pourquoi ne pas citer une fois pour toutes Washington?

Enfin de compte ces propositions ne serviraient à autre chose qu’à mettre totalement à genoux le régime Lavalas qui se verra «Gros Jean comme devant» après les avoir acceptées, tandis que ses interlocuteurs ne bougeront pas d’un iota de leur position. Le poids de «l`échec» sera encore une fois rejeté sur Lavalas… Et le temps passera, jusqu’au prochain acte. Cependant il arrivera un moment où une scène de trop sera jouée qui obligera le peuple à entrer en … scène.