Dans l’objectif d’aider à trouver une solution à la « crise » haïtienne la CARICOM, a invité certains secteurs, à leur demande suivant son communiqué, de l’ «opposition» aux Bahamas en vue de discuter d’éventuelles négociations avec le gouvernement constitutionnel haïtien. Cette rencontre s’est tenue les 20 et 21 janvier. D’après l’Agence haïtienne de presse (AHP), «ces deux jours de discussions ont été conduites par les Premiers ministres des Bahamas Perry Christie, P.J. Patterson de la Jamaïque, Patrick Manning de Trinidad & Tobago, en présence d’observateurs canadiens et américains ainsi que du secrétaire général adjoint de l’OEA, Luigi Einaudi et de M. Colin Granderson, secrétaire adjoint de la Caricom». Rappelons que M. Granderson, durant la période du coup d’Etat de 1991 était le responsable d’une mission civile, la MICIVIH. Du côté de l’ «opposition», on trouvait des représentants du Groupe des «184» comme l’avocat d’André Apaid Junior, Me Gervais Charles, etc., de la Convergence Démocratique tels Micha Gaillard, Victor Benoit, des représentants du patronat comme Maurice Lafortune, Hans Tippenhaeur, etc.
Bien avant la rencontre, comme pour calmer les secteurs les plus excités de l’ «opposition», André Apaid Junior, cité par Radio Métropole disait : «Les membres de cette délégation feront clairement comprendre à la Caricom que la situation est intenable en Haïti et que le président Aristide doit partir.» Pour Apaid il n’était pas question de négociations mais d’informer la Caricom de ce qui se passe en Haïti, comme si la Caricom était inexistante dans le pays et ne faisait pas partie de l’OEA qui est déjà impliquée dans la «crise» depuis l’année 2000. Rappelons aussi qu’avant la rencontre avec la Caricom la Plate-forme de «l’opposition» avait rencontré l’IRI (Institut républicain international) à Santo Domingo. Objectif: négocier une «sortie honorable» du président Jean Bertrand Aristide du pouvoir selon le journaliste dominicain Léo Reyes», qui répercute assez souvent et complaisamment les propos de «l`opposition».
Suite à la rencontre aux Bahamas cependant, «l’opposition» par le truchement de Victor Benoît a fait savoir qu’en effet son exposé de la situation a été présenté. Mais, ces représentants de la bourgeoisie n’ont pas fermé les portes, ce qui démontre un flottement au sein de l’alliance macouto-bourgeoise, car le secteur macoute regroupé au sein du rassemblement dénommé «Résolution du 15 décembre» avec Turneb Delpé, Evans Paul (K-Plim), De Ronceray, Himmler Rebu, Dany Toussaint, etc., véritable fer de lance de l’IRI, est foncièrement contre toute négociation. Donc les représentants de la bourgeoisie jouent encore sur deux tableaux, alternant négociations et option zéro, suivant le cas. Notons que face à cette situation la Caricom a fait savoir qu’elle excluait totalement tout coup d’Etat, à travers un document de proposition traduit, on ne sait par qui, diversement interprété par différents secteurs selon leurs intérêts respectifs. Haïti-Progrès attend de recevoir le document original, non contrefait par ce genre de traduction, pour en analyser le contenu dans sa prochaine édition.
La Caricom avait délégué le Premier ministre des Bahamas Perry Christie en Haïti pour rencontrer le président Aristide le dimanche 25 janvier 2004. Après la rencontre les deux chefs d’Etat avaient rencontré la presse et donné leurs positions respectives. Pour M. Christie : «C’est un plaisir d’être ici en Haïti avec ma délégation représentant la Caricom. Au cours de notre séjour ici le 1er janvier 2004 nous avons confirmé que nous étions avec le peuple haïtien avec un engagement envers le développement d’une démocratie… Suite à nos discussions, le président Aristide est pleinement informé de la décision, de la position de la Caricom … Nous avons invité le président à nous rejoindre à Kingston, à la Jamaïque, dans un futur très proche pour continuer les discussions.»
Pour le président Aristide: «Nous l’avions déjà dit depuis l’année 2001, nous étions ouvert pour avoir un gouvernement incluant les membres de l’opposition… Il en est de même pour un Conseil électoral provisoire…….Il faut un environnement de sécurité pour tous sans distinction…….Heureusement nous avions déjà des termes de référence signés avec l’OEA» …En ce qui concerne le vide parlementaire, le président a fait savoir qu’«en attendant d’avoir un nouveau Parlement……si des personnalités reconnues pour leur sagesse et leur intégrité peuvent constituer un groupe de sages pour nous accompagner dans certaines décisions …, je suis prêt à accueillir ces personnalités pour en discuter».
En définitive la situation n’a pas changé fondamentalement. L’alliance macouto-bourgeoise reste sur sa position: l’option zéro. De fait, le bras armé de «l’opposition», soutenu et alimenté par le «laboratoire» ou CIA et le Pentagone, continue la politique de provocation et de déstabilisation tandis que le bras politique fait passer le temps en espérant un soutien plus décisif de ses tuteurs face au gouvernement constitutionnel.