Le mardi 13 janvier, les émetteurs de certaines stations de radio et de télévision placés à Boutilliers, sur les hauteurs de la capitale, ont été sabotés à des degrés divers. Dix stations, au total, ainsi qu’une centrale téléphonique de la Sogebank, ont été touchées par l’action de malfaiteurs, des pertes qui s’éleveraient à environ un demi-million de dollars, à en croire l’ingénieur Fritz Joassaint, responsable du site.
En conférence de presse le mercredi 14 janvier, l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), dont cinq des membres, Radio Kiskeya, Radio Galaxie, Radio plus, Magic Stéréo et Signal FM, ont été victimes de cette action, donnait sa version des faits. «Aujourd’hui, il y a péril en la demeure. Le mardi 13 janvier, un groupe de bandits armés ont fait irruption sur le site d’Electrocom appartenant à l’ingénieur Fritz Joassaint et abritant une douzaine d’émetteurs et d’équipements de transmission de radio et de télévision, ainsi qu’une centrale privée de téléphone d’une banque commerciale de la place… Les bandits après avoir maîtrisé, ligoté et bâillonné un des gardiens ont entrepris une sauvage opération de démolition des équipements qui se trouvaient sur les lieux. L’ingénieur Fritz Joassaint, accompagné de plusieurs directeurs de stations de radio de l’ANMH et d’autres ont requis la présence des autorités judiciaires aux fins de constat. Les émetteurs de cinq membres de l’ANMH entre autres médias ont été complètement bousillés» a déclaré Richard Widmaïer, président de l’ANMH et également responsable de Radio Métropole. Widmaïer s’est aussitôt empressé de pointer du doigt les autorités Lavalas comme les principales instigatrices de cette action, alors que certains médias non-inféodés à «l’opposition», dont Radio Télé-Timoun, Mélodie FM, Radio Plus et Radio commerciale, ont également subi des dommages. «Les agressions de ce 13 janvier 2004 contre les installations de la presse constituent une attaque délibérée contre la propriété privée et la libre entreprise en Haïti et relève d’une chronique d’événements annoncés», a-t-il solennellement déclaré. Par qui?, aurait-on pu demander au directeur de Radio Métropole dont, incidemment, les équipements n’ont fort heureusement subi aucun dommage. Et il poursuivait encore plus hargneux et accusateur: «Depuis les trois dernières années, le pouvoir Lavalas du président Aristide en passant par les anciens élus contestées comme Nawoon Marcellus, le Premier ministre, les ministres, secrétaires d’Etat, dans maintes déclarations ont préparé l’opinion publique à des actions de représailles contre les journalistes et les médias. Le pouvoir Lavalas a instauré dans le pays ce que l’on peut appeler le délit d’informer» a-t-il prétentieusement prétendu. Le P-dg de Radio Kiskeya, Sony Bastien enchaînait et désignait même des coupables, comme s’il avait été sur les lieux au moment des faits. Il citait les noms de plusieurs personnes, appartenant selon lui à une «base » Lavalas du côté de Martissant liée à l’ancien député Simpson Libérus, qui seraient responsables du sabotage. Selon Bastien, cette opération a été exécutée sous la direction d’un certain Fritz Innocent qui serait, à son avis, le remplaçant de feu Félix Bien-Aimé à la tête d’une «base» opérant à Grand-Ravine. Notons que l’ex-parlementaire a riposté à cette mise en cause intempestive, déclarant: «Je suis prêt à confronter ces gens devant la justice. Ces accusations lancées contre nous sont fausses et je n’ai rien à voir avec ces choses. Je condamne toujours les actions malhonnêtes d’où qu’elles viennent.» En effet ces affirmations sans preuve aucune ne devraient pas être tolérées, même en démocratie, du moins la démocratie comme l’entend «l’opposition» et ses affidés.
Pour nous faire une meilleure idée, prenons le «flash» de Radio Métropole annoncant la nouvelle. Le titre en était déjà «accablant» pour ses adversaires gouvernementaux: «La Presse indépendante, survivra-t-elle à la tyrannie?» s’écriait son annnonceur qui renchérissait: «Depuis plusieurs mois les journalistes haïtiens font constamment l`objet de la répression… que connaît la presse indépendante…» ; et quant aux stations les plus touchées par le sabotage, Radio Métropole de citer: «Radio Quisqueya, Signal FM, Radio Magic, Galaxie, Radio commerciale, Radio Plus, Mélodie FM.» Radio Timoun est omise volontairement ou pas de la liste, car pour Métropole, dans son cas, c’est le conditionnel: «Radio Timoun, reprenait le speaker de Métropole, propriété de la Fondation Aristide pour la démocratie aurait été également sabotée.» A-t-elle été sabotée? On sait que oui, et le propriétaire de Mélodie FM Marcus Garcia pour sa part disait que «parmi les radios, c`est Radio Timoun qui est frappée le plus sévèrement» (TNH, 15-01-04). Il est vrai qu’on ne saurait demander une certaine honnêteté à Radio Métropole. D’ailleurs, comme le faisait encore remarquer Marcus Garcia: «On peut toujours dire que ce sont les médias de l`opposition ou pro-opposition qu»ils étaient venus détruire… Oui, mais ils n`ont pas attaqué Radio Métropole, alors que ses équipements se trouvent à la porte d`à côté (…) L’autre c’est Radio Vision 2000, juste à côté de Radio Quisqueya, elle n’a pas été endommagée (…) Vision 2000 n`est pas sortie des ondes…» (TNH, id.). C’est à croire que les stations privées les plus riches financièrement ont été intentionnellement et paradoxalement épargnées?
Radio Quisqueya avait des certitudes quant aux responsables du sabotage, et au cours de cettte conférence de presse bien organisée pour la circonstance et diffusée sur les ondes des stations miraculeusement épargnées, sa directrice de la programmation Liliane Pierre-Paul clamait: «Selon les informations dont dispose Radio Quisqueya, cet acte a été l`oeuvre d`un commando armé proche du pouvoir Lavalas» Quelle est la nature de ces «informations»? À croire que les accusateurs auraient pu contrecarrer le sabotage dont ils détenaient le secret avant l’opération proprement dite? De plus, comme il faut toujours une «preuve», une anecdote «anonyme» par surcroît pour confirmer l’«information», Liliane Pierre-Paul nous apprenait que «deux citoyens qui parlaient sous le couvert de l`anonymat ont souligné que ces actes ont été planifiés à Martissant dans le fief d`un ex-député Lavalas»!
«L’acte d’accusation» venait à peine d`être dressé qu’apparaissait aussitôt l’inévitable secrétaire général de Reporters sans frontières Robert Ménard qui s’est mis à aboyer avec les loups, comme on devait s’y attendre. Sans apporter lui non plus aucune preuve, comme d’habitude, Ménard prononçait son verdict: «Ce type d`attaque contre la liberté de presse est inédit en Haïti… Encore une fois il appartient au gouvernement du président Aristide de mettre fin à la complaisance dont il fait preuve à l`égard des agresseurs de la presse.» De son côté, quand est-ce que Robert Ménard compterait mettre fin à sa complicité avec «l`opposition» et à sa servitude auprès de l’impérialisme? Pas tout de suite, ou du moins tant qu’il continuera à être bien soigné par de généreux donateurs(Voir Haïti-Progrès, Vol. 21 No 43, 7 au 13-01-04, «Le parrain de Robert Ménard accusé de fraude»).
Comme on peut le constater, les médias «indépendants» n’ont pas tardé à en venir aux conclusions. Et Liliane Pierre-Paul de Radio Quisqueya le jour même du sabotage ne déclarait-elle pas, sûre d’elle-même: «Qui d`autre en dehors du gouvernement peut perpétrer un tel acte?» Elle devrait le savoir, car il ne manque pas de gens dans son secteur qui cherchent par tous les moyens, y compris la désinformation et la violence, à vouloir discréditer le gouvernement Lavalas et à donner matière à l’intervention de leurs complices étrangers. Si Mme Pierre-Paul pour minimiser l’attaque contre Radio Timoun croit pouvoir déclarer qu’«on n`est pas dupe», le public ne l’est pas non plus car en ce moment, «l`opposition» et le Groupe des «184» ont beaucoup plus d’intérêt à réaliser ce genre d’actions criminelles. Comme le disait le secrétaire général du Parti populaire national Benjamin Dupuy au cours d’une interview la semaine dernière: «Comme dit le proverbe: «il appartient au voleur de crier le premier au voleur».» C’est ce qui aura été perçu avec cette conférence de presse organisée en quatrième vitesse par ladite Association nationale des médias haïtiens (ANMH).
De toutes façons cette désinformation animée par ces médias «indépendants» est à usage extérieur. Et même là, les yeux commencent à se dessiller une fois qu’ils arrivent sur place. On l’a vu avec le journaliste de La Presse Jooned Khan de Montréal la semaine dernière, et cette semaine avec le reporter de Radio Canada, Frédéric Nikolof, de retour d’Haïti après cinq semaines.