Ce 26 décembre, la population, le peuple haïtien était en liesse. C’est en effet au rythme de la musique populaire, de bandes rara que plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à travers les rues de Port-au-Prince pour exiger le respect du mandat de cinq ans du président Jean-Bertrand Aristide. Cette mobilisation, organisée à l’initiative du parti Appel démocratique et de l’organisation Jeunesse Pouvoir Populaire (JPP) a démarré devant l’église Notre-Dame du Perpétuel Secours dans le quartier du Bel-Air.
Dès le début, tôt dans la matinée, c’est sur des airs entraînants que l’immense foule manifestait son attachement au chef de l’État: « Cela ne me dérange guère si Apaid me hait! ô alléluia Aristide m’aime. Le sang doit cesser de couler, arrêtez Apaid ! Si Aristide n’est plus là, qui le remplacera? Aristide pour 5 ans, Lavalas pour 50 ans»…. Vodouisants, étudiants, pasteurs, parlementaires, dirigeants d’organisations populaires, tous ils ont tenu à se joindre à cette marée humaine qui allait déambuler pacifiquement pour prouver aux secteurs réactionnaires la confiance dont jouit le gouvernement Lavalas de la part de la grande majorité du peuple haïtien.
Plusieurs centaines d’étudiants, tant du secteur public que privé, prenant part à la manifestation, ont dénoncé ces «étudiants » qui reçoivent de l’argent du coordonnateur du Groupe des «184», André Apaid, qui est lui-même financé par les puissances impérialistes, pour semer la pagaille et nuire à la célébration du bicentenaire de l’Indépendance. «Nous les étudiants de l’Université d’Etat, reconnaissons que c’est dans les Trésor public que le gouvernement puise les fonds qui servent à notre formation. Il est temps que ces étudiants agitateurs sachent que le secteur privé ne fera rien pour eux. Le prix des facultés privées est exorbitant; les enfants issus des masses défavorisées ne peuvent pas les fréquenter. C’est au sein des facultés d’Etat que nous pouvons trouver notre chance. Donc, ces étudiants qui reçoivent de l’argent des mains d’André Apaid pour déstabiliser le pays seront jugés par l’Histoire. Nous, étudiants des Sciences humaines, de l’INAGHEI, des facultés de Droit, d’Agronomie, d’Ethnologie, défendons le mandat de cinq ans du président Aristide et nous irons aux Gonaïves pour fêter le bicentenaire de l’indépendance.»
C’est une manifestation sans précédent qui s’est déroulée ce jour-là dans la capitale. Déjà plusieurs milliers au lieu de rassemblement devant l’église Notre-Dame, au fur et à mesure que les manifestants passaient dans un quartier, des milliers d’autres se joignaient à eux, -de la rue Tiremasse, Delmas 2, rue Saint-Martin, Saint-Jean-Bosco, La Saline, APN, ministère des Affaires étrangères, Grand-Rue, Portail Léogane, jusque devant le Palais national; une marée humaine donnait la mesure de l’appui dont jouit le président Aristide au sein de la population aux témoins, et à tous les intéressés de la «communauté internationale» et à leurs sbires indigènes.
Tout au long du parcours, les manifestants n’ont pas manqué de s’en prendre au gouvernement français qui ne cesse de s’ingérer dans les affaires internes d’Haïti. Ils lui ont rappelé la question de la restitution des 21 milliards de dollars réclamés par le gouvernement Lavalas en compensation de la dette de l’indépendance arrachée sous la menace. Ils ont également rappelé à «l’opposition» que les élections constituent la seule véritable voie à suivre pour parvenir au pouvoir. N’ont pas non plus été oubliés les deux opportunistes, les sénateurs Prince Pierre Sonson et Dany Toussaint qui ont choisi ce moment pour tourner casaque et rejoindre les putschistes et déstabilisateurs. S’ils croyaient la partie gagnée pour aller rejoindre leurs complices, ils n’ont plus qu’à déchanter en observant la multitude qui apporte son appui au chef de l’État.
Le leader de l’Appel Démocratique, André Fado a pris la parole pour dénoncer l’alliance macouto-bourgeoise qui voudrait revenir aux pratiques de coup d’Etat pour asservir une fois de plus le peuple haïtien à la veille du 1er janvier 2004: «Nous lançons un message clair à tous ceux qui sont contaminés par le virus du coup d’Etat et qui voudraient contaminer d’autres. Nous, au niveau de l’Appel Démocratique, envoyons un message démocratique à ces gens pour leur demander de rejoindre les masses populaires qui réclament le respect du mandat de cinq ans du président Aristide. Il n’y aura plus de coup d’Etat dans le pays. Nous n’abandonnerons pas; la victoire est au peuple qui lutte.» Il a pointé particulièrement du doigt le Groupe des «184 » d’André Apaid et la Convergence Démocratique, qui s’opposent à la célébration du Bicentenaire. «…. Le peuple veut les élections et la démocratie, alors que ces gens qui se disent intellectuels s’y opposent. Nous avions déjà combattu ces colons et nous les avions battus; aujourd’hui nous faisons face à leurs héritiers…»
Concernant la célébration du Bicentenaire, André Fado a invité la population à se rendre aux Gonaïves: «Nous sommes déjà prêts à nous rendre aux Gonaïves. Une délégation a même laissé la capitale aujourd’hui pour aider les Gonaïviens avec les préparatifs. Nous sommes prêts à nous confronter au niveau des idées et du dialogue, car nous ne disposons pas d`armes ni de fonds des colons. C’est parce qu’ils ne peuvent pas effectuer des échanges d’idées avec les masses populaires qu’ils veulent désormais les tuer.»
Pour sa part, le leader de l’organisation Jeunesse Pouvoir Populaire (JPP), René Civil, a demandé à la population d’utiliser tous ses moyens pacifiques en vue de défendre son pouvoir. Civil a sévèrement critiqué André Apaid et ses acolytes qui voudraient créer un climat de terreur à l’occasion de la fin d’année et à la veille des festivités de commémoration de l’Indépendance. «Lavalas croit dans la lutte des masses. Et quand certains secteurs corrompent des gens en leur offrant des visas, la popularité du président Aristide se renforce davantage auprès des masses. Face à leur campagne de dénigrement et de désinformation, nous leur avions dit que «l’Etau Bouclier populaire» pouvait permettre la célébration du bicentenaire. Et nous serons également présents en 2006.» Il a aussi annoncé qu’il sera présent aux Gonaïves dès le 28 décembre pour y attendre le chef de l’Etat. D’autre part, le responsable de JPP a aussi condamné l’assassinat au Carrefour de Poste Marchand du militant Stanley Loiseau lors de la manifestation de «l’opposition» du 22 décembre dernier. «Nous organisons une manifestation pacifique pour dissuader les secteurs qui se livrent à la violence et qui tuent des gens. Hier, ils ont assassiné Stanley Loiseau. Ils se sont réunis à Thomassin où ils prévoient d’éventuels affrontements avec le peuple afin de provoquer un bain de sang. Aujourd’hui, nous sommes venus extraire l’essence dans le moteur du Coup d’Etat. Nous rappelons à la France que nous avions mis en déroute son armée; aujourd’hui encore c’est nous qui sommes dans les rues pour fêter les 200 ans de l’indépendance nationale.»
Cette manifestation du vendredi 26 décembre restera gravée dans toutes les mémoires. Même ceux qui croyaient qu’elle était possible ne pouvait en croire leurs yeux devant un tel déferlement, un tel appui au gouvernement constitutionnel. Au niveau de l’avenue du Palais des ministères et aux abords du Palais national, il était presqu’impossible de faire une évaluation de la foule car de partout elle affluait. Et il y a même eu un moment d’apothéose, quand le président Aristide est sorti du Palais national pour venir saluer à travers les grilles de la cour et serrer les mains qui se tendaient vers lui par dizaines de milliers. Et ce n’est qu’un début, à la suite de l’appel lancé par le chef de l’Etat à l’occasion du congrès de son parti pour une mobilisation «non-stop».