23 Décembre,  2003

December 23, 2003

23 Desanm,  2003

Vol. 21 No. 41
Votez! Cliquez ici pour signer le Rfrendum Populaire Anti-guerre! 
André Apaid: «Maintenant, la société civile ne veut plus d’un parti politique, mais d’un mouvement social pouvant changer les rapports sociaux en accompagnant les partis politiques. Nous n’allons pas être en compétition avec ces derniers, mais nous leur dirons comment le travail doit se faire».

Au lendemain des élections de mai 2000, l’Organisation des Etats américains (OEA), agissant sous la dictée des Etats-Unis, après avoir dans un premier temps reconnu la large victoire du Parti Fanmi Lavalas, entreprenait ensuite de vouloir les invalider. La machine était en marche et il ne restait plus qu’à réunir les perdants au sein de la Convergence Démocratique sous les auspices de l’Institut républicain international (IRI) pour entreprendre la déstabilisation.

Peu après, on constatait l’émergence d’une association dénommée «Initiative de la Société Civile» (ISC), qui se donnait le rôle de médiateur dans la facilitation des débats entre les protagonistes d’une prétendue crise post-électorale.

Cependant, au fur et à mesure que les positions commençaient à se durcir, étant donné l’intransigeance de la Convergence, les facilitateurs se métamorphosaient de plus en plus en acteurs intéressés. La Convergence s’obstinait, demandant l’impossible et refusant toute concession au gouvernement constitutionnel, créant l’impasse.

Sur l’entrefaite, s’introduisait tranquillement un larron, avec la création d’un regroupement de la «société civile» dénommé «Groupe des 184  organisations et institutions», dont allait faire partie justement entre autres l’Initiative de la Société Civile (ISC) de Rosny Desroches. Les dirigeants de cette plate-forme, dirigée par l’industriel nord-américain d’origine haïtienne André Apaid, s’activaient subitement et parcouraient le pays pour faire la promotion d’un «nouveau contrat social pour Haïti» avec leur «Caravane de l’espoir».

Bien entendu, au début André Apaid et ses acolytes clamaient ne pas être motivés par des ambitions politiques et ne pas constituer un parti politique. L’étiquette «société civile» se devait par elle-même accréditer leur désintéressement et leur unique dessein de vouloir l’amélioration des conditions de vie de tous les Haïtiens.

Mais au fur et à mesure que les jours passaient, André Apaid devenait de plus en plus présent, et faisait de plus en plus de l’ombre à la Convergence. Soudainement son Groupe des «184» prenait le rôle et le leadership de «l`opposition», écartant de l’avant-scène ses prédécesseurs, tels les Gérard Pierre-Charles (OPL), les Victor Benoît et Micha Gaillard (Konakom), les Hubert De Ronceray. Leslie Manigat, dirigeant du RDNP, semblait avoir senti bien avant la manoeuvre et il s’était retiré de la Convergence pour ne pas se faire supplanter bêtement à l’instar des leaders que nous venons de citer.

Il faut dire aussi, que les fonds pour soudoyer de jeunes étudiants et coopter d’autres opportunistes n’auront pas fait défaut au chef du Groupe des «184». En fait, à côté de nombreux fonds alloués aux organisations non gouvernementales (ONG) de la «société civile» par des organismes directement liés à l’administration des Etats-Unis, on peut également mentionner l’enveloppe de 773.000 euros accordée par les dirigeants de l’Union européenne (UE) à la Fondation Nouvelle Haïti (FNH) dirigée par ce même André Apaid, pour la période comprise entre le 21 décembre 2001 et le 21 décembre 2003. Cette somme, gérée par la FNH et le responsable de l’Initiative de la Société Civile Rosny Desroches, est destinée au financement des activités de certaines organisations bidons qui sont également membres du Groupe des «184». Par ailleurs, selon les responsables de l’UE, ces fonds n’ont pas été adressés directement à l’ISC, du fait que celle-ci n’était pas encore officiellement reconnue par les lois haïtiennes au moment de leur décaissement.

Il est donc évident que le Groupe des «184» de la Société Civile n’est qu’un paravent utilisé par la classe possédante qui, avec le concours des puissances néo-colonialistes, entend assauter le pouvoir politique. C’est dans ce contexte, en fait, que les membres du «Groupe des 184» se croient désormais à l’avant-garde de la «mobilisation» pour le départ du président Aristide du pouvoir qu’ils réclament haut et fort. «Aujourd’hui, Aristide s’est empêtré dans une contradiction où il doit favoriser la liberté d’expression et la démocratie. Au cas contraire, il devra laisser pacifiquement le pouvoir et nous le remettre. M. Aristide est en rébellion contre la nation. Il est temps qu’il s’en aille», déclarait péremptoirement le coordonnateur général du « Groupe des 184 », André Apaid, au cours d’une interview le 17 décembre à radio Ginen. Désormais il ne mâche plus ses mots et non plus ne cache ses ambitions.

D’autant plus que mis sur la touche par leurs tuteurs internationaux, les dirigeants de la Convergence, pour ne pas disparaître, s’allient maintenant dans une plate-forme à la «société civile» conduite par le putschiste Apaid. Et ce dernier, triomphant, se donne le loisir de se montrer maganime à l’endroit de ces recrues, comme ses propos le leur signifiaient: «Maintenant, la société civile ne veut plus d’un parti politique, mais d’un mouvement social pouvant changer les rapports sociaux en accompagnant les partis politiques. Nous n’allons pas être en compétition avec ces derniers, mais nous leur dirons comment le travail doit se faire». Autrement dit, c’est lui qui est à la barre, et à défaut avec le temps de voir aboutir, lui aussi, ses ambitions dans un cul-de-sac, Apaid a aussi son plan, en putschiste récidiviste, puisqu’il sait bien qu’à travers des élections il ne lui est point possible de parvenir au pouvoir, ni d’y installer sa marionnette…