Alors que le peuple haïtien se prépare à commémorer le bicentenaire de son indépendance, acquise le 18 novembre 1803 au terme longue bataille rudement livrée contre plus de 40 000 hommes de troupes de la puissante armée coloniale française, les complots fusent de partout pour salir l’image du pays à l’étranger en vilipendant notamment ses autorités constitutionnelles. En fait, deux siècles après les grandes prouesses réalisées par nos ancêtres, l’ancienne métropole française semble avoir du mal encore à accepter sa déconvenue à tel point qu’elle prend en charge cette honteuse campagne de dénigrement menée contre la République d’Haïti dans le dessein sans doute de boycotter les festivités qui doivent se dérouler à partir du 1er janvier 2004.
En effet, à travers une série d’articles rédigés par Jean-Michel Caroit, correspondant du quotidien français Le Monde, Haïti est systématiquement présentée comme un pays où règne l’anarchie et le chaos, et dont les dirigeants se livreraient aux pires pratiques dictatoriales pour se maintenir au pouvoir Outre un article de celui-ci le 18 décembre 2003 intitulé «Après des mois de répression, les Haïtiens réclament le départ de leur président», ce journal consacre le même jour, «suprême honneur», son éditorial à Haïti, proclamant comme titre: «Haïti en danger» «Aujourd’hui enfermé dans son palais, il subit les assauts conjugués d’une population en révolte ouverte contre son régime. Syndicats, patronat, groupes représentant la «société civile», partis d’opposition (ce qu»il en reste), presse libre (ce qu`il en subsiste), il n’est pas un secteur qui ne réclame le départ de «Titide». Grèves et manifestations pacifiques se succèdent. Elles sont réprimées dans le sang par les bandes de voyous – les «chimères»- opérant pour le parti au pouvoir, appelé la «Fanmi Lavalas» (la «Famille l’Avalanche», en créole). Mais le désaveu semble tel que, même chez les Lavalas, des défections se font jour», spéculait ce journal le 18 décembre dernier. Une remarque s’impose d’emblée, car quand il dit que les manifestations «sont réprimées dans le sang», combien de morts et même de blessés a-t-il pu compter? Jean-Michel Caroit, que le directeur du Monde diplomatique Ignacio Ramonet avait déjà rappelé à l’ordre pour ses «fabrications» concernant une visite de ce dernier à Cuba, aurait pu en tiré leçon pour mieux approvisionner l’éditorialiste du Monde.
Dans la même veine, le ministère français des Affaires étrangères a publié une déclaration le 16 décembre dans laquelle il répercute les mêmes accusations contre le gouvernement haïtien qui, à son goût, ne favoriserait pas l’émergence de la démocratie. «La France réitère sa vive préoccupation à l’égard de la répression qui s’exerce contre l’opposition et des représentants de la société civile comme l’illustre l’agression dont ont été récemment victimes le recteur et le vice-recteur de l’Université d’État d’Haïti. La France a pris acte par ailleurs des déclarations de l’expert indépendant de la Commission des droits de l’Homme des Nations unies, M Louis Joinet, à la suite des constatations qu’il a faites sur place, lors de sa dernière mission», déclarait le porte-parole du Quai d’Orsay. Depuis le temps que les gouvernements français interviennent régulièrement dans leurs ex-colonies africaines, à ce jour on n’a vu aucun résultat positif pour ces pays. L’Élysée a été l’un des derniers soutiens du sanguinaire cleptomane Mobutu dans l’ex-Zaïre, alors même que les États-Unis se voyaient obligés de lâcher ce satrape… Et ce n’est pas tout, car l’offensive française contre Haïti est générale. Car pas plus loin qu’hier, comme le rapporte le quotidien dominicain Hoy, c’est l’ambassadeur français en République dominicaine Jean-Claude Moyret qui est lui aussi passé à l’attaque, encore plus férocement, en énumérant ses «options» pour Haïti. «Il y a une option, de déclarer Moyret au cours d’une entrevue à la télévision, qui est celle de suivre la politique actuelle de la communauté internationale et qui est que nous n’allons pas reprendre l’aide internationale à Haïti tant qu’il n’y aura pas d’amélioration de la situation politique; c’est la première option» (Hoy, 22-12-03). La «seconde», toujours d’après ce diplomate, «ce serait de diminuer l»assistance en fonction de la situation politique… Il y a une troisième option, qui est celle de travailler à quelque chose en commun avec le peuple, avec la société dominicaine au sein d»une coopération tripartite: Haïti, communauté internationale et République dominicaine, avec quelques options (?) ». Moyret signalait en outre que «la crise haïtienne est une charge pour d»autres pays, dont la République dominicaine, à cause de l`immigration massive d`Haïtiens». En ce sens, l’ambassadeur français voudrait, semble-t-il, aussi raviver l’animosité des dirigeants dominicains contre les Haïtiens?, puisqu’il insistait pour dire, d’après le journal Hoy «qu’il s`était rendu compte personnellement de cette situation». Avant d’aller plus loin, il disait aussi attendre que Régis Debray ait remis en janvier prochain un rapport sur les impressions qu’il aura recueillies lors de sa visite en Haïti (Hoy, 22-12-03). À bien y regarder, il nous semble à travers tout ce qui précède que l’ambassadeur français se croit toujours dans la période précédant l’année 1804, alors que le peuple haïtien va bientôt, lui, fêter le bicentenaire de son Indépendance acquise au prix du sang et de la sueur, le 1er janvier 2004!
L’organisation non-gouvernementale (ONG) de défense des «droits» des journalistes reporters sans frontières (RSF), dont on connaît la hargne de son secrétaire général, Robert Ménard, dans la défense des intérêts de l’impérialisme, s’est aussi associée à l’offensive orientée contre les autorités Lavalas. En effet, l’organisation a dénoncé ces dernières qui, selon elle, seraient responsables d’actes de répression qui auraient été perpétrés ces derniers jours contre des journalistes et des locaux de médias «indépendants». «Nous sommes extrêmement préoccupés… alors que certains élus de Fanmi Lavalas appellent les partisans du Président, de plus en plus contesté, à prendre les armes» disait Robert Ménard le 19 décembre. Toutefois, le responsable de RSF a observé un mutisme total sur les agressions contre des journalistes de Radio Solidarité et de Radio Ginen; agressions perpétrées par des manifestants anti-gouvernementaux. Rappelons que l’organisme que dirige Robert Ménard (RSF) a perdu tout récemment son accréditation pour une année auprès de la Commission des droits humains de l’ONU justement à cause de la conduite inacceptable de Ménard et de son gang.
Toutefois, en dépit de toutes ces manigances, tant sur le plan international que national, visant à saboter les efforts du pouvoir Lavalas pour la célébration du bicentenaire de l’Indépendance nationale, la solidarité envers Haïti s’exprime et de façon remarquable. C’est ainsi que les autorités de l’Afrique du Sud confirment la participation du président Thabo Mbeki et de son ministre des Affaires étrangères, Nkosazana Dlamini Zuma aux festivités qui se dérouleront le 1er janvier prochain. Selon la déclaration du gouvernement sud-africain, il ne revient pas uniquement à la population haïtienne de commémorer ces faits historiques, mais à l’humanité entière qui croit au principe universel de la liberté. Les responsables sud-africains ont par ailleurs déploré le fait que certains haïtiens voudraient boycotter la tenue de cette grande célébration, tout en les invitant à agir dans le sens des intérêts des masses populaires. Pour leur part cette célébration revêt un caractère extraordinaire et d’une portée sans commune mesure, et ils n’ont pas lésiné sur leur contribution. Ainsi le président sud-africain a obtenu de son Parlement l’octroi d’une somme de 10 millions de dollars pour assumer les frais d’une participation effective de son pays au Bicentenaire. Soixante-dix officiels sud-africains sont déjà sur place, en Haïti, pour seconder la logistique pour les festivités, et deux cents militaires sud-africains arriveront sous peu pour assister la police haïtienne. Les dirigeants des États de la Caricom au grand complet seront aussi présents.
D’autre part, le Conseil des syndicats de San Francisco (Etats-Unis) a adopté une résolution le 8 décembre dernier pour honorer le bicentenaire d’Haïti, tout en rappelant les belles pages d’histoire qui ont été écrites par nos ancêtres pour sortir du joug de l’esclavage. «Il a été décidé que le Conseil des syndicats de San Francisco, AFL-CJO, envoie ses chaleureuses expressions de solidarité aux travailleurs et gouvernement haïtiens à l’occasion du bicentenaire de la Révolution haïtienne, qui a aboli l’esclavage et mis fin au régime colonial en Haïti- un développement bouleversant dans la lutte pour la liberté du travail à travers le monde entier. Et enfin, il a été décidé que le conseil envoie cette résolution aux syndicats affiliées, à d’autres conseils et organisations de travail, à la Fédération de travail de Californie et l’AFL-CIO, pour en recommander l’adoption» peut-on lire dans cette résolution. Les responsables de la ville de Pittsburg (Etats-Unis) ont également publié une déclaration où ils rendent hommage à cette grande date de l’histoire universelle et rappellent la grande victoire remportée par l’armée indigène sur les troupes françaises. En outre, les autorités de la ville de Pittsburgh en ont profité pour proclamer le 1er janvier 2004, le mois de janvier et l’année 2004, jour, mois et année de la commémoration de l’Indépendance d’Haïti dans leur ville.
De tels signes de solidarité ne peut que renforcer la conviction des Haïtiens, tant ceux qui vivent à l’intérieur du pays que ceux de l’étranger, à tenir encore plus haut l’étendard de la dignité en dépit de l’agressivité affichée par l’impérialisme.
Et quoi de plus grandiose pour célébrer ce Bicentenaire que la présence du Président cubain Fidel Castro dont l’arrivée est prévue dans la capitale haïtienne pour les festivités du 1er janvier 2004, accompagnée d’une forte délégation!