23 Décembre,  2003

December 23, 2003

23 Desanm,  2003

Vol. 21 No. 41
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Piatre: Les victimes en quête de justice
La localité de Piatre, située à quelques kilomètres de la ville de St. Marc, avait en effet connu une journée de terreur le 12 mars 1990 lorsque des hommes, dont des militaires, munis de machettes et d’armes de gros calibres, arborant des maillots portant l’inscription « Carnation », s’étaient attaqués à des paysans pour s’accaparer de leurs terres.

Moins de trois mois du treizième anniversaire du massacre des paysans de Piatre, perpétré le 12 mars 1990 par un groupe de fermiers aidés de quelques membres des anciennes Forces armées d’Haïti (FAD’H) à la solde du grand don Olivier Nadal, le juge d’instruction Bredy Fabien qui a succédé dans ce dossier il y a environ un an le magistrat Henry Kesner Noël, a sorti son ordonnance le 10 décembre 2003.

La localité de Piatre, située à quelques kilomètres de la ville de St. Marc, avait en effet connu une journée de terreur le 12 mars 1990 lorsque des hommes, dont des militaires, munis de machettes et d’armes de gros calibres, arborant des maillots portant l’inscription « Carnation », s’étaient attaqués à des paysans pour s’accaparer de leurs terres. Selon l’avocat des victimes de ce massacre, Me Mario Joseph du Bureau des Avocats Internationaux (BAI), ces assaillants avaient assassiné plus de 12 personnes et avaient mis le feu dans 375 maisons. «Parmi les maisons incendiées, il y avait deux écoles. Piatre étant une petite agglomération, il ne restait plus rien après le passage de ces criminels. Ces derniers, qui s’étaient également servis de grenades à fragmentation au cours de leur forfait, avaient même incendié les cultures de légumes des paysans» a précisé Me Joseph. Par ailleurs, celui-ci a également rappelé les péripéties auxquelles étaient confrontés les habitants de Piatre depuis la période de la dictature des Duvalier de la part de la famille D’meza qui voulait. Selon Me Mario Joseph, ces grands dons ont eu le concours de certaines autorités judiciaires locales pour faire pression sur les paysans qui disposent pourtant des titres de propriété pour leurs terres. Le 12 juillet 1989, poursuit Me Joseph, alors que le tribunal civil de Saint-Marc autorisait les paysans à procéder à l’arpentage en vue de résoudre la question des limites de leurs terrains par rapport à celles des D’meza, ils (les paysans) allaient se rendre compte qu’ils avaient contre eux le grand Olivier Nadal quand celui-ci est intervenu manu militari pour arrêter l’opération. Par la suite, Nadal venait effectuer son propre arpentage en utilisant les grands moyens. Car l’enjeu de cette affaire, selon ce qu’a expliqué l’avocat des victimes, c’est que ces terres situées dans la localité de Piatre étaient très adaptées à la culture de la figue banane. C’est ainsi que la société agricole Delugé, constituée par les grand dons de la région, cultivait ce produit pour l’exportation vers la Jamaïque pour le compte de la compagnie Standard Food. Olivier Nadal et la famille D’meza étaient donc pratiquement prêts à tout. C’est d’ailleurs en ce sens, précise Me Joseph, qu’une réunion, à laquelle prenaient part le 4 mars 1990 de hauts responsables de l’armée tels que le président/général Prosper Avril, le colonel Acédius St-Louis et le colonel Henry Robert Marc Charles et également Olivier Nadal lui-même, avait eu lieu pour sans doute planifier la brutale répression du 12 mars 1990.

Réagissant à cette ordonnance de clôture produite par le juge Bredy Fabien, l’avocat des victimes a déclaré n’être pas encore signifié du document par les autorités du parquet du tribunal civil de Saint-Marc. Toutefois, Me Mario Joseph a informé que 53 personnes ont été inculpées dans l’affaire. Me Joseph a cité notamment Olivier Nadal, Prosper Avril et les ex-officiers supérieurs Acédius St-Louis et Henry Robert Marc Charles. En ce qui a trait aux personnes citées dans l’acte d’inculpation qui se trouvent pour le moment en terre étrangère, Me joseph a envisagé deux cas possibles : le jugement par contumace et l’extradition. Pour cette deuxième possibilité, l’avocat des victimes en a appelé à la collaboration des pays hébergeant les inculpés, dont les Etats-Unis: «Nous avons des rapports avec l’INS. Nous leur envoyons des jugements pour qu’ils savent que ces gens ne peuvent pas bénéficier de l’asile politique. Je pense donc que dans ce cadre les Etats-Unis peuvent faire un geste», a indiqué Mario Joseph qui a aussi invité la police à assumer ses responsabilités: «Nous profitons pour dénoncer la police qui n’exécute pas les mandats d’arrêt décernés par la justice dans cette affaire. Il n’y a que neuf personnes incarcérées alors qu’il y a 53 inculpés; donc les autres courent encore les rues. Par exemple, M. Acédius Saint-Louis vit actuellement dans le pays; pourquoi la police ne procède-t-elle pas à son arrestation… Il semble qu’il existe des gens en Haïti que la police ne peut pas interpeller. Peut-être qu’ils sont au-dessus de la loi ».

Cependant, en attendant d’être signifié par les instances compétentes et de prendre connaissance du contenu de l’ordonnance, l’avocat des victimes déclare préparer son procès afin, dit-il, que les coupables puissent être condamnés pour les crimes commis. Pour l’instant, Me Mario Joseph dit attendre que les autres parties puissent être également signifiées de l’ordonnance et éventuellement épuiser les voies de recours existantes, avant d’entamer les autres étapes de la procédure.