10 Décembre,  2003

December 10, 2003

10 Desanm,  2003

Vol. 21 No. 39
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La tension montait d’un nouveau cran quand le nommé Hérold membre d'OP recevait une balle à la jambe.

A l’issue de l’opération dénommée «Koukourouj» déclenchée contre le pouvoir par une poignée d’étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), notamment les étudiants de la Faculté des sciences humaines (FASCH), la situation a tourné au vinaigre ce vendredi 5 décembre, quand les éléments de l’alliance macouto-bourgeoise ont infiltré furtivement le mouvement estudiantin pour provoquer des membres d’organisations populaires qui manifestaient devant les locaux de la FASCH en faveur du mandat constitutionnel du président Aristide, et conviaient «l’opposition» à emprunter le chemin des urnes si elle veut accéder au pouvoir.

Plusieurs blessés ont été recensés de part et d’autre, par des tirs, des jets de pierres et de bouteilles. Des dégâts matériels énormes ont été enregistrés à cette faculté et à l’Institut national d’administration de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI); à l’avenue Christophe, dans la capitale. Il n’empêche que les médias réactionnaires dits «indépendants», en particulier la bande des quatre dont les stations de radio Métropole, Quisqueya, Caraïbes et Télé Haïti, se sont empressées de fustiger les OP d’avoir été postées sur place pour tuer dans l’œuf la manifestation «pacifique» des étudiants.

Très tôt ce 5 décembre, ils étaient environ une centaine d’étudiants, à leur point de ralliement avant d’investir les rues de Port-au-Prince, pour exiger le départ du président Aristide et de son gouvernement. De leur côté, les agents de la Police nationale (PNH) étaient sur place pour les escorter à travers le parcours. Néanmoins, la situation allait dégénérer dès le début au moment où un groupe d’étudiants qui se rendaient à la FASCH a attaqué un véhicule garé à proximité d’un pick-up de police, sous prétexte que s’y trouvaient des membres d’OP. Face à cette provocation, le conducteur s’est retiré rapidement pour échapper à un éventuel lynchage.

Peu de temps après, les membres des organisations populaires commençaient à investir l’entrée de la faculté où ils ont été accueillis par des jets de pierres et d’autres objets lancés par des individus embusqués sur le toit de l’édifice. Évidemment, en situation de légitime défense, la riposte des membres des OP n’a pas tardé, surtout que l’un d’entre eux recevait une balle à la jambe quelques minutes plus tard. La tension montait donc d’un nouveau cran. Il n’était donc plus question pour les étudiants de manifester dans la rue. Les OP pénétrèrent alors dans l’enceinte de la FASCH et de l’INAGHEI en faisant un trou dans un mur arrière et saccageaient ce qu’ils trouvaient sur leur passage tels que les ordinateurs, matériels de bureau, livres, chaises, etc. Ce qui est déplorable, et les malfaiteurs de «l`opposition» qui infiltrent l’université en offrant des avantages matériels à certains étudiants ne devraient pas trop s’empresser d’accuser les OP comme uniques responsables de ce résultat.

L’avortement de ce mouvement ne devrait pas étonner, puisque la veille, le 4 décembre, un étudiant téléphonait à Radio Quisqueya pour participer a l’émission «Di m, m a Di w», animée par le co-directeur Marvel Dandin, et donnait libre cours à sa haine contre le président Aristide. Il provoquait même les membres d’OP qui, selon lui, sont des «délinquants», des «chimères», disant qu’il connaît deux d’entre eux qui sont des laveurs d’automobiles… Cet étudiant disait qu’au sein de l’Université, les étudiants peuvent trouver du «matériel» pour contrecarrer les OP parce qu’ils ne sont pas nombreux. Il est inconcevable que de telles provocations soient diffusées sur les ondes d’une station de radio.

Signalons que le 3 décembre, de nombreux étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) avaient gagné les rues de Port-au-Prince sans incidents majeurs. Escortés par plusieurs policiers dès leur départ de la Faculté des sciences humaines, les manifestants avaient pu scander à loisir sur tout le parcours des propos hostiles au régime et à la Mission spéciale de l’Organisation des Etats Américains (OEA). «Pour une célébration de 2004 digne de ce nom, il faut arrêter Jean-Bertrand Aristide. Aristide et l’OEA sont des frères jumeaux», criaient-ils en répétant comme des perroquets le dernier mot d’ordre du Groupe des 184 du putschiste André Apaid.

En ce sens, le député du Trou-du-Nord, Rudy Hériveaux, a à ce sujet déclaré ne pas comprendre l’attitude de ces étudiants qui, disait-il, se laissent manœuvrer par certains secteurs en vue de déstabiliser le pays: «Je déplore profondément que des étudiants se comportent comme de vulgaires marionnettes aux ordres de secteurs qui se sont enrichis au détriment des masses défavorisées du pays. Les actions posées par ces étudiants ne font que déshonorer la lutte universitaire qui n’aspire qu’au changement profond des conditions de vie des masses.» Le secrétairerie d’Etat à la Communication Mario Dupuy a pour sa part précisé que bon nombre d’étudiants militent pour une question de visas pour l’étranger. Il indiquait à ce titre pour que deux étudiants d’une faculté publique avaient failli s’entretuer récemment pour une «mauvaise répartition de visas» devant le siège d’une ambassade. «La police a été obligée d’emmener ces deux étudiants à un poste de police pour les calmer», ajoutait-il.

En ce qui a trait aux violences enregistrées ce 5 décembre dont plus d’une vingtaine de personnes ont été victimes, le chef du gouvernement Yvon Neptune a condamné énergiquement ces actes et averti les dirigeants des écoles que les manifestations ne peuvent s’effectuer que dans le cadre de la loi. Yvon Neptune qui rendait visite à l’hôpital du Canapé Vert au recteur de l’Université d’Etat d’Haïti, Pierre Marie Paquiot, qui a eu les genoux fracturés, s’est vu grossièrement hué mais fièrement il est allé saluer les blessés. M. Rudy Berthomieux, responsable policier du département de l’Ouest, a fait savoir que la police avait agi en professionnel en assistant et en évacuant ces derniers. Il a aussi signalé «l`infiltrations d’hommes armés qui avaient tiré sur la police ».