10 Décembre,  2003

December 10, 2003

10 Desanm,  2003

Vol. 21 No. 39
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Pourquoi «l’opposition» se retourne-telle contre l’OEA ?
«...Le cri aujourd’hui, c’est le départ et la démission de monsieur Aristide. En gros, nous pensons que même si l’OEA introduit un changement au sein de la Mission spéciale, elle ne réussira pas à maintenir M. Aristide au pouvoir ...» a déclaré le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray de la Convergence.

Sur la base du rapport publié le 11 novembre dernier par le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), César Gaviria, sur la situation haïtienne, le Conseil permanent de l’Organisation a décidé, au cours d’une session tenue le mercredi 3 décembre, de mettre sur pied un groupe de travail dont la mission consistera à recommander «les ajustements qui devront être effectués dans le mandat de la Mission spéciale de l’OEA pour le renforcement de la démocratie en Haïti». Selon un communiqué de presse de l’OEA en Haïti, «la décision du Conseil permanent a été adoptée par suite d’une motion émanée du représentant permanent du Canada près l’OEA, l’ambassadeur Paul Durand, et appuyée par les Etats membres».

A l’occasion de la création de ce groupe présidé par l’ambassadeur des Bahamas, Joshua Sears, le représentant des Etats-Unis à l’OEA, l’ambassadeur John Maisto, a plaidé en faveur du maintien de l’engagement de l’Organisation en Haïti conformément à la Résolution 822. Tandis que le secrétaire général adjoint de l’OEA Luigi Einaudi, tout en évoquant une fois de plus la nécessité d’un financement adéquat au profit de la Mission spéciale, a qualifié «d’inacceptable» l’occupation illégale qu’avaient faite le 25 novembre les membres du Groupe des 184  des locaux de l’Organisation à Port-au-Prince pour protester contre l’arrestation de deux de leurs membres, Charles Henry Baker et David Apaid, pour détention illégale d’armes à feu.

Réagissant à cette nouvelle décision de l’OEA, les leaders de l’«opposition» ont décrié l’Organisation hémisphérique, l’accusant de vouloir aider le président Aristide à se maintenir au pouvoir. «Nous autres, nous pensons que cette décision de l’OEA est tardive. C’est vrai que depuis le 9 juin 2003 le secrétaire d’Etat Colin Powell avait annoncé une réévaluation du rôle de l’OEA. Mais, plusieurs mois se sont écoulés et nous arrivons au point où cette décision est, à notre avis, dépassée. Dépassée parce que la population haïtienne ne veut plus du régime Lavalas. Le cri aujourd’hui, c’est le départ et la démission de monsieur Aristide. En gros, nous pensons que même si l’OEA introduit un changement au sein de la Mission spéciale, elle ne réussira pas à maintenir M. Aristide au pouvoir », a déclaré le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray de la Convergence. De fait, ce que De Ronceray souhaiterait, c’est que tous les pays membres de l’OEA s’alignent sur la stratégie des faucons de Washington, consistant à créer une situation de terreur dans le pays, qui servirait d’alibi à une intervention de leurs troupes à la veille de la célébration du bicentenaire de l’Indépendance conquise de haute lutte par nos ancêtres contre les forces expéditionnaires françaises. A ce sujet, la déclaration du dirigeant de l’une des branches du Parti des Démocrates Haïtiens (PDCH), Osner Févry, ne peut être que révélatrice du caractère anti-national de cette «opposition» à la solde de l’impérialisme. «La mission de l’OEA, a-t-il soutenu, a échoué. L’OEA est dépassée par la crise. Il faut retourner à la position de Colin Powell. Celui-ci avait raison et il a encore raison. Maintenant, il faut une initiative américaine pour résoudre la crise.»

Pourtant tout ce monde s’en remettait auparavant constamment à l’OEA, particulièrement à César Gaviria pour faire aboutir les plans de l’impérialisme et le leur. Mais tout le monde à l’OEA ne veut plus suivre à la lettre et servilement ni Gaviria ni Washington. Depuis lors, l’Organisation est vouée aux gémonies pour faire plier les récalcitrants et, à défaut obtenir la concrétisation des voeux de Colin Powell pour une action unilatérale sur le modèle de l’Irak… En définitive, il est à souhaiter que les nations de la Caricom et de l’Amérique latine qui soutiennent la cause d’Haïti, à l’instar de la Jamaïque, au niveau de l’Assemblée de l’OEA, puissent continuer à témoigner leur fraternité au peuple haïtien en faisant notamment échec aux assauts du gouvernement nord-américain et de ses alliés européens.