3 Décembre,  2003

December 3, 2003

3 Desanm,  2003

Vol. 21 No. 38
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Charles Henry Baker et David Apaid ont été libérés provisoirement par la justice le lundi 1er décembre. Il n’empêche que le Groupe des 184 est bel et bien aux abois.

Au cours de la journée du 25 novembre, quelque dizaines de personnes dont des membres et sympathisants du groupe des 184 dirigé par André Apaid Junior parmi lesquels figuraient le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti, Maurice Lafortune, le président de la Chambre de Commerce de l’Artibonite, Pierre Robert Auguste, une femme d’affaires du nom de Elisabeth Sylvera Ducaste et le responsable du Centre Oecuménique des droits Humains, Jean Claude Bajeux, ont tenu un sit-in devant le siège de l’OEA à Port-au-Prince pour protester contre la détention du vice président de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), Charles Henry Baker et David Apaid au Pénitencier national. Ces derniers ont été inculpés pour possession illégale d’arme à feu lors de la manifestation avortée dudit groupe au Champ de Mars le 14 novembre.

Ce mouvement faisait suite à une conférence de presse présentée la veille par le Chef de la Mission Spéciale de l’OEA en Haïti, David Lee. Au cours de cette conférence, David Lee s’exprimant autour du rassemblement du groupe en question au Champ de Mars, a accusé la police de l’avoir perturbé, déclarant : « Il est de la responsabilité du gouvernement de respecter les droits civils et politiques des citoyens notamment les libertés d’expression, d’association et de réunion et de les faire respecter par ses agents y compris la police… la mission spéciale a déjà fait part au gouvernement de sa grande déception concernant la façon dont cet événement a été géré ». Ces propos représentaient une opportunité pour ces représentants de la bourgeoisie pour solliciter une intervention de la « Communauté internationale » dans le cadre du dossier des deux prisonniers, se souciant très peu que cela constituerait une ingérence dans les affaires judiciaires du pays.

De fait, en marge du piquet, une délégation composée de neuf membres du groupe 184 dont Maurice Lafortune, remettait à un responsable de l’OEA une lettre réclamant l’intervention de l’Organisation hémisphérique auprès des autorités gouvernementales pour obtenir l’élargissement de Charles Henry Baker et de David Apaid. Mais, c’était un subterfuge en vue de mener une action illégale dans les locaux de l’OEA.

En effet, les membres de cette délégation ont décidé d’occuper l’une des salles des bureaux de l’OEA jusqu’à ce qu’ils obtiennent satisfaction, informait le représentant de l’un des secteurs affiliés au groupe 184. A ce propos, l’écrivain Yannick Lahens, inféodé au dit groupe, estimait que l’action de ses collègues est un : « geste fort, un acte de dénonciation et de solidarité élémentaire, Charles Baker fait partie du regroupement des 184, et la solidarité la plus élémentaire exigeait que nous fassions un geste. Et nous l’avons fait aussi pour forcer les acteurs à clarifier leurs positions, pour forcer l’OEA qui est un acteur a clarifié sa position en agissant dans un sens ou dans un autre », a déclaré Yannick Lahens.

Lors de la 48ème édition du programme gouvernemental « Les mardis de la presse », le 25 novembre, le secrétaire d’Etat à la Communication, Mario Dupuy, s’inscrivant en faux contre les déclarations faisant croire que l’emprisonnement des membres du regroupement patronal relève d’une décision politique, indiquait que « Nous ne pouvons pas nous prononcer sur ce dossier, il entre dans le cadre de la responsabilité de la justice qui d’ailleurs doit faire son travail ».

Cependant, le responsable de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR), Pierre Espérance, maintenait mordicus les accusations contre le gouvernement en déclarant : « Je crois que les revendications de ces gens sont justes par rapport à l’évolution de la situation politique du pays, la détention illégale et arbitraire de Charles Baker et David Apaid. Et tout le monde peut constater que depuis un certain temps, il y a une pratique consistant à faire passer les victimes pour des bourreaux. Donc, ces hommes sont maintenus en prison en raison d’une décision politique ».

L’action des bourgeois n’aura pas eu toutefois l’effet escompté sur la Mission spéciale de l’OEA, car quarante huit heures après, soit le 27 novembre, cette dernière publiait un communiqué de presse relatif à la « présence non autorisée du groupe des 184 dans les bureaux», pouvait-on lire dans la note, qui stipule en outre que « La Mission spéciale déplore cette action inappropriée des représentants du groupe des 184. Les fins et les moyens doivent être congruents et ce, de la part de tous les acteurs. Elle en appelle au groupe des 184 pour qu’elle retire immédiatement ses représentants du bureau diplomatique de l’OEA. Entre-temps, il va de soi que toute considération de la communication du groupe des 184 a été suspendue ».

Ce n’est pas cette seule action illégale que ce secteur de la bourgeoisie utilise pour arriver à ses fins, depuis l’incarcération de M. Baker. Ce dernier a ordonné de fermer les portes de son « usine », une manière de faire pression sur certains ouvriers pour qu’ils demandent qu’on le libère. La bourgeoisie vénézuelienne utilise pratiquement la même tactique. L’opposition du Venezuela essaie ainsi de recueillir à travers une campagne pour un référendum un certain nombre de signatures pour renverser le président Hugo Chavez. Et les patrons licencient les ouvriers qui refusent de donner leur nom. Par ailleurs, les 9 membres de la délégation du « Groupe des 184 » avaient fini par se retirer de l’enceinte du local de l’OEA le samedi 29 novembre 2003. On apprenait également que Charles Henry Baker et David Apaid ont été libérés provisoirement par la justice le lundi 1er décembre. Il n’empêche que le Groupe des 184 est bel et bien aux abois.

Tout compte fait, les éléments macouto/bourgeois ne reculeront devant aucun moyen, aussi illégal soit-il, pour attirer l’attention du Département d’Etat nord-américain, dont ils souhaiteraient une intervention armée contre le pays.