26 Novembre,  2003

November 26, 2003

26 Novanm,  2003

Vol. 21 No. 37
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De gauche à droite Dany Toussaint, Prince Sonson Pierre... «Malgré leurs divergences souvent affichées au Sénat, ont pû de concert abandonner le navire lavalassien pour rejoindre l'alliance macouto-bourgeoise».

Le lundi 24 novembre 2003, le Parti Populaire National (PPN) donnait une conférence de presse au local du journal Haïti-Progrès à Port-au-Prince. Dans son intervention, le Secrétaire général du Parti, Benjamin Dupuy, a fait un tour d’horizon des différents aspects de l’actualité politique du pays pour mettre en exergue la perfidie des secteurs réactionnaires, tant nationaux qu’internationaux, qui veulent acculer le régime constitutionnel au pouvoir, surtout au moment où celui-ci est en train de célébrer avec faste les hauts faits de notre histoire nationale.

D’abord, Dupuy a noté l’absence à la cérémonie commémorant le bicentenaire de la Bataille de Vertières, célébrée le 18 novembre au Cap-haïtien, des ambassadeurs français et nord-américain, respectivement Thierry Burkard et James B. Foley. Pour lui, cet événement, au cours duquel, il y a deux cents ans, l’armée indigène conduite par Jean Jacques Dessalines avait infligé une sévère défaite à celle de Rochambeau forte de plus de 40.000 hommes, a toujours constitué un motif de haine pour la France qui voit toujours d’un mauvais œil le fait que les esclaves aient pu se constituer en première République noire du monde. Par conséquent, le secrétaire général du PPN estime que ces deux représentants des puissances néo-colonialistes n’ont pas souhaité revenir, à l’occasion de ce 18 novembre, sur « le lieu du crime ». « La France s’est sentie embarrassée de participer à cette célébration. On ne peut non plus nous étonner de l’attitude des Etats-Unis. Car ils ont passé beaucoup plus d’un demi siècle avant de reconnaître notre indépendance. Leur politique consistait à isoler le nouvel Etat », a précisé Dupuy.

Par ailleurs, celui-ci a dénoncé une gigantesque campagne de dénigrement du pays, notamment des autorités constitutionnelles, entretenue sur le plan international par les grandes multinationales oeuvrant dans le domaine de l’information. Dans ce cadre, il a précisément cité les agences de presse comme Reuters, Associated Press (AP) ; Agence France Presse (AFP), Daily News, le Figaro et le Washington Post. Selon Dupuy, ces derniers organes « monopolisent l’information en suivant la politique étrangère des Etats-Unis. Ils entament une campagne internationale visant à vilipender le pouvoir constitutionnel en Haïti avec l’appui de certains conzés nationaux qu’ils utilisent comme relais ». En fait, la dernière sortie de cette presse internationale est la parution dans le journal français le Figaro du 18 novembre d’un article dans lequel le chef de l’Etat haïtien est traité comme « l’un des pires dictateurs des caraïbes ». Utilisant un langage teinté de haine et de préjugés, l’auteur de ce texte a tout fait pour tenter de ternir l’image du pays, et par ricochet celle du président de la République.

D’un autre côté, Benjamin Dupuy a fait remarquer que cette campagne internationale n’est pas destinée uniquement contre Haïti. Car, selon lui, ce plan macabre de l’impérialisme concerne également tous les Etats qui sont dirigés par des gouvernements populaires. A titre d’exemple, Dupuy a cité le Venezuela, l’Equateur et le Brésil, qui sont actuellement la cible de l’administration de Georges W. Bush qui est décrit par le responsable du PPN comme un fondamentaliste au même titre qu’un Ben Laden. C’est pour cela, poursuit le dirigeant du PPN, que l’administration nord-américaine comporte aujourd’hui des figures réactionnaires farouches telles que Otto Reich et Roger Noriega. Dupuy a en outre mis l’accent sur une autre tactique de l’impérialisme nord-américain, consistant à financer l’activité de certaines organisations non gouvernementales (ONG) oeuvrant dans le domaine des droits humains et des syndicats jaunes. Alors que parallèlement, précise Dupuy, la CIA (Central Intelligence Agency) organise des anciens militaires pour attaquer le pays. Il en a également profité pour dénoncer une certaine presse, incluant la bande des quatre composée de radio Métropole, radio Caraïbes F.M, radio Kiskeya et Télé Haïti, qu’il qualifie de servile. Selon lui, au lieu de partir à la défense des intérêts nationaux, ces médias font tout pour répercuter la désinformation concoctée par la presse internationale.

Le leader du Parti Populaire National s’est également penché sur la décision des autorités nord-américaines d’annuler le visa d’entrée aux Etats-Unis de certains officiels du régime Lavalas, dont le ministre de l’Intérieur, Jocelerme Privert. Selon Dupuy, cette soudaine décision participe aussi de ce plan visant à saboter les actions du gouvernement Lavalas. « En annulant de la sorte le visa U.S de ces personnalités du régime, les autorités nord-américaines voudraient faire croire à l’opinion publique que ces dernières seraient impliquées dans des affaires louches ». a-t-il indiqué.

Concernant, d’autre part, la note publiée le 21 novembre 2003 par la Conférence Episcopale d’Haïti (CEH) dans laquelle celle-ci réclame la mise à l’écart du Conseil Electoral Provisoire (CEP) dirigé par Alix Lamarque au profit de celui de consensus prôné par la résolution 822 dans la perspective des prochaines élections, le secrétaire général du PPN a affirmé que par cette position ce secteur ne souhaite que faire passer le temps. « Si elle était sérieuse, elle aurait déjà délégué son représentant au CEP prôné par la 822 au lieu de lancer ce vœu pieux », a déclaré Dupuy, qui invite en outre les Evêques de la Conférence Episcopale à se rappeler des horreurs commis contre des opposants politiques sous le régime des Duvalier avant de qualifier de dictature le régime en place. « Ils parlent de dictature alors qu’ils ne ratent jamais l’occasion pour critiquer ouvertement le pouvoir dans les médias ». Faut-il aussi rappeler à ces évêques que le Vatican fut le seul Etat à reconnaître le régime putschiste de 1991. En ce qui a trait à la question de « la lutte des classes sur fond de préjugés de couleurs » dénoncée par la CEH, M. Dupuy a rappelé à celle-ci que c’est justement l’oligarchie qui a exacerbé ces luttes. « Ils font de la prose sans s’en rendre compte. Cette oligarchie fait constamment la lutte de classes alors qu’elle veut maintenant la dénoncer » a souligné Benjamin Dupuy.

Dans la foulée, celui-ci a une fois de plus dénoncé l’alliance formée au niveau de la classe dominante entre les macoutes et les bourgeois en vue de s’accaparer du pouvoir politique. « Ces deux secteurs observent une trêve parce qu’ils veulent réprimer les masses défavorisées. C’est ainsi qu’on voit s’associer aujourd’hui des représentants notoires de la féodalité comme Deronceray, à ceux de la bourgeoisie tel un Serge Gilles ou un Victor Benoît. Cependant, une fois qu’ils auraient obtenu gain de cause de leur stratégie, les hostilités reprendront de plus belle en utilisant toujours la question de couleur ». C’est ce qui explique, poursuit Dupuy, que les sénateurs Prince Pierre Sonson et Dany Toussaint, malgré leurs divergences souvent affichées au Sénat, ont pû de concert abandonner le navire lavalassien pour rejoindre l’alliance macouto-bourgeoise. Car, il faut rappeler que sous le régime du président René Préval, lorsque Dany Toussaint gérait ses différends avec Robert Manuel, Pierre Denize et Jean Dominique, respectivement secrétaire d’Etat à la Sécurité Publique et directeur général de la PNH à l’époque, il savait utiliser la question de couleur pour acculer ses adversaires en les qualifiant péjorativement de « ti rouge » ou mulâtres. Après l’assassinat du journaliste Jean Dominique, le major Toussaint était pratiquement ciblé par le secteur bourgeois qui voyait en lui le commanditaire de ce meurtre. Le décor a changé dans le contexte politique actuel où, suite au revirement du Sénateur Toussaint qui, aujourd’hui, de surcroît, se fait le panégyriste d’André Apaid, (un mulâtre), l’harmonie s’est donc installée entre l’ancien major (un noiriste) et la bourgeoisie. « Le texte du projet de contrat social, soutient à présent Dany Toussaint, aurait pu favoriser l’ouverture d’un débat qui profiterait sans nul doute à la démocratie ». De même qu’après les événements du 17 décembre 2001, Dany Toussaint avait dénoncé son collègue Prince Pierre Sonson qui aurait, pendant ces événements, pris la tête d’un groupe d’organisations populaires Lavalas pour participer à la mise à sac des locaux de certains partis politiques de l’«opposition». Alors qu’aujourd’hui, ces deux sénateurs cheminent ensemble après avoir abandonné le camp Lavalas.

Selon Benjamin Dupuy, cette question de couleur avait déjà été utilisée par les idéologues de la classe dominante pour masquer la réalité de notre histoire de peuple. Notamment l’alliance de classe qui avait abouti en 1803 à la création de notre bicolore national. Car, contrairement aux informations véhiculées par ces idéologues réactionnaires, il y avait une alliance entre les affranchis, qui étaient à la fois noirs et mulâtres, et les nouveaux libres, c’est-à-dire la masse des anciens esclaves. Il ne s’agissait donc guère d’une alliance de couleurs entre noirs et mulâtres. « C’est cette idéologie de couleur, précise Dupuy, qui avait conduit le pays à vivre l’expérience duvalierienne ».

Dans la conjoncture actuelle, il est évident que les puissances néo-coloniales feront tout pour ternir l’éclat des festivités de commémoration du bicentenaire de notre indépendance. Le leader du PPN a donc exhorté le régime au pouvoir à maintenir le cap sur la réalisation prochaine des élections dans le pays, pour ne pas faire le jeu de l’ennemi. Ce jeu est d’autant plus macabre que les haïtiens, qualifiés de toutes les mauvaises épithètes, sont désormais la cible d’un jeu vidéo vendu à travers les Etats-Unis et le Canada. Cette nouvelle offensive, outre qu’elle constitue un acte de racisme et de xénophobie contre le peuple haïtien, participe aussi de la même campagne de dénigrement contre Haïti.