26 Novembre,  2003

November 26, 2003

26 Novanm,  2003

Vol. 21 No. 37
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18 Novembre 2003 : Le complot continue

L’Initiative Citoyenne (IC), une bran che de l’«opposition » oeuvrant dans le Nord du pays, dirigée par Frandley Denis Julien, avait programmé pour le dernier week-end la journée de la célébration du bicentenaire de la Bataille de Vertières, soit le 18 novembre. Un ensemble d’activités étaient prévues vraisemblablement dans le but de détourner l’attention de la population de l’importance historique de cette commémoration.

Il était ainsi prévu d’organiser, au cours du dimanche 16 novembre, un colloque animé notamment par le professeur Garry Hector et le sénateur Prince Pierre Sonson. Notons que celui-ci désormais prend partie pour le secteur subversif à visière levée. Mais ce colloque ne s’est pas tenu, les organisateurs n’ayant trouvé d’autre prétexte que d’en imputer l’échec au gouvernement. Cependant, dans la soirée du même dimanche, plusieurs milliers de personnes ont investi les rues du Cap-haïtien répondant à l’appel d’une marche au flambeau lancé par le responsable départemental de la Secrétairerie d’Etat à la jeunesse, au sport et au service civique, Zona Kelly. Les manifestants ont scandé des propos hostiles aux responsables du front de l’«opposition» du Nord (FRON), Elusca Charles et Jean Robert Lalane qui, d’après eux, fomentent toutes sortes de complots visant à renverser le président Jean Bertrand Aristide.

Dans le programme de l’IC figurait également une manifestation de rues prévue pour le lundi 17 novembre qui devait démarrer à Bréda, une localité située au haut du Cap-Haïtien. Personne ne s’est présentée sur le lieu du rassemblement, pas même les organisateurs. De toute façon, les riverains de la métropole du Nord n’ont pas prêté attention à la tentative de diversion des éléments macouto/bourgeois. Ils ont consacré la journée du 17 novembre à l’assainissement des rues et à l’embellissement des maisons et des places publiques pour la grande fête du lendemain.

Au jour tant attendu, en dépit de la pluie qui tombait depuis le début de la matinée et des menaces de l’«opposition» annonçant entre autres un attentat contre la vie du président Aristide, plusieurs centaines de milliers de personnes ont investi la place de Vertières et ses environs pour écouter le discours de circonstance du chef de l’Etat.

Dans son intervention, le président Aristide a présenté un historique des faits conduisant au 1er janvier 1804, jour de la proclamation de l’Indépendance nationale. Il a mis l’accent sur le caractère raciste de la politique coloniale établie à l’époque à St. Domingue : « Imprégnés de racisme, le comportement des colons blancs secrétait la haine de l’homme noir. Racistes, assoiffés de sang et d’or, les colons livrèrent en 1802 une guerre d’extermination à travers la colonie. Leur politique raciste était bien évidemment liée à un substrat économique. Il s’agissait de tuer pour piller », déclarait le président.

Plus loin, le chef de l’Etat a comparé la situation qui prévalait en 1803 à celle d’aujourd’hui : « A cause de la guerre de l’indépendance, il y eut un blocage économique empêchant les bateaux transportant de la nourriture d’accoster au port de la ville. Ainsi le blocage économique de 1803 et celui de 2003 constituent le même complot visant à contrecarrer la réalisation de 1804 et actuellement 2004 ».

Cependant en dépit de l’embargo, nos ancêtres remportèrent la victoire sur l’armée impériale française. « Le 18 novembre 1803, poursuivait le président, très tôt dans la matinée l’attaque était lancée « grenadiers à l’assaut ». La victoire était proche, Dessalines en fit la promesse. Et, il en fut ainsi. Ils perdirent la guerre, nous étions les vainqueurs. Nous avions remporté cette victoire et d’autres suivront … victoire sur les complots visant à nous acculer en vue de nous faire prendre le marquis. Qui parmi nous aurait souhaité vivre comme un marron ? Nos ancêtres ne se firent pas marrons perpétuellement, ils luttèrent pour sortir de cette condition. Nous leurs descendants, nous ne devons pas choisir d’y vivre… la deuxième victoire, nous devons la remporter contre les putschistes, les terroristes qui oeuvrent en vue d’un autre coup d’Etat à l’instar des colons qui voulurent nous réintroduire dans l’esclavage… Mais la plus grande victoire que nous devons nous offrir est celle relative à la question de la restitution. Nous hisserons le drapeau de la restitution en dépit des obstacles. Nous remporterons cette victoire comme firent nos ancêtres à Vertières… », martelait le président Aristide.

Vers la fin de son discours, Jean Bertrand Aristide faisait état du pourrissement des conditions socio-économiques du peuple résultant, d’après lui, des sanctions injustes imposées au pays par la « Communauté internationale » : « Ce complot, cet embargo est génocidaire. Il nous faut un monde plus humain et plus fraternel. Les fléaux sociaux à l’échelle planétaire sont en pleine recrudescence … Le néolibéral secrète une violence endémique. Chers compatriotes, pour le pays, pour les Héros de Vertières, déclarons une guerre pacifique contre la pauvreté… a eux, Honneur et Gloire, à nous leurs dignes fils et filles, respect, Restitution et Réparation pour une civilisation de paix ». Ces propos ont été accueillis par de longs applaudissements.

Comme il fallait s’y attendre, les principaux acteurs de ladite « opposition », dont Evans Paul du KID/Convergence, Turneb Delpé du Parti National Démocrate Progressiste Haïtien (PNDPH), Claude Roumain de Génération 2004 et Rosny Desroches de l’Initiative de la société civile (ISC), se sont empressés de monter aux créneaux pour critiquer le discours du président qu’ils qualifiaient d’appel à la haine. En fait, le véritable problème de ces derniers réside dans la marée humaine qui a participé aux festivités, en dépit de leurs manœuvres visant à effrayer la population. Toutefois, il faut souligner que c’est la première fois que le président n’a pas appelé l’«opposition» au dialogue.