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 | | dès la matinée du 14 novembre, l’aire du Champ-de-Mars était occupée par un nombre considérable de membres d’organisations populaires proches du pouvoir Lavalas. |
Le rassemblement annoncé à grand ren fort de publicité pour le vendredi 14 novembre par le «Groupe des 184» au Champ-de-Mars, aura montré à André Apaid, s’il en était encore besoin, qu’il n’a point et qu’il n’aura point l’appui du peuple haïtien pour l’aider à fouiller le tombeau des masses démunies.
André Apaid croyait-il que la partie était gagnée d’avance quand ses pairs de la bourgeoisie et leurs intermédiaires s’étaient dépêchés d’applaudir son projet d’organiser une manifestation pour défier le gouvernement constitutionnel? En effet, dès l’annonce de cet «événement», la quasi-totalité des dirigeants de l’«opposition»: les Chambres de commerce, la Convergence Démocratique, la «société civile», etc. ont défilé sur les ondes des principaux médias dits «indépendants» pour vanter l’action d’Apaid. «Je pense que c’est une bonne démarche. C’est une bonne chose pour le Groupe des 184, en particulier M. Apaid, de prendre son bâton de pèlerin. Il a consulté beaucoup de secteurs, dont la Convergence. Au niveau de celle-ci, nous avons une position de principe. Nous appuyons toute forme de manifestations pacifiques visant à débarrasser le pays de cette dictature lavalasienne», claironnait Evans Paul de la KID/Convergence.
Fort de ces appuis, le coordonnateur du Groupe des 184, André Apaid, et bien sûr du soutien inconditionnel de ses sponsors internationaux à travers les ambassadeurs des Etats-Unis et de France, James Foley et Thierry Burkard, et du chef de la Mission spéciale de l’Organisation des Etats Américains (OEA) David Lee, pour cette mobilisation anti-Aristide, il a invité les entreprises à libérer le vendredi 14 novembre à 11 heures du matin leurs ouvriers et employés pour qu’ils puissent participer à son rassemblement.
En fait, dès la matinée du 14 novembre, l’aire du Champ-de-Mars était occupée par un nombre considérable de membres d’organisations populaires proches du pouvoir Lavalas. Selon ces militants Lavalas, leur présence au lieu choisi par le « Groupe des 184» pour la manifestation est motivée par le fait qu’ils veulent eux aussi prendre connaissance du «Nouveau contrat social» prôné par ce groupe. Dans une ambiance de musique rara, la foule des partisans Lavalas grossissait au fur et à mesure que l’heure du rassemblement approchait, sur l’air du refrain: «Si Aristide pa la, ki lès k ap ranplase l» (Si Aristide s’en va, qui le remplacera?).
Aux environs de 11 heures, quelques éléments du « Groupe des 184 », arborant des T-shirts, ont commencé à faire timidement leur apparition aux abords de la Place des Artistes, principalement devant le Rex Théâtre, où certains se postaient pour voir s’il y aurait du monde dans leur rassemblement avant de se montrer. Pour cette fois, sans doute croyant avoir le vent en poupe et ne pas se laisser écarter totalement par André Apaid, on pouvait voir des têtes d’affiche de l’«opposition» tels Paul Denis de l’OPL, Victor Benoît du Konakom, Osner Févry du PDCH, Himmler Rébu du GREH, Frandley Denis Julien de l’Initiative citoyenne du Cap-Haïtien, Turneb Delpé du PNDPH, Marie-Denise Claude du PDCH, Jean Claude Bajeux de l’ONG Centre oecuménique des droits humains, etc. Tout ce monde brandissait des pancartes avec des slogans presque totalement écrits en anglais! On pouvait un peu en comprendre la raison, car la presse internationale prévenue pour l’occasion par Apaid et consorts, était venue en force sur place pour témoigner de la «réussite» de ces protestations.
Mais, malheureusement pour le Groupe des 184 et ses tuteurs, la foule n’était pas au rendez-vous, ou plutôt celle présente partout était formée des partisans du président Aristide et de son gouvernement constitutionnel.
Il s’agissait en fait d’une provocation pure et simple, car l’«opposition», qui refuse d’ailleurs de se rendre aux urnes, connaît bien son impopularité. Et là encore, cette manoeuvre n’allait pas fonctionner car les policiers déployés en nombre imposant, avaient érigé un cordon de sécurité pour empêcher tout dérapage. Il y a eu quand même des jets de pierre de part et d’autre, mais les agents ont été prompts à intervenir, et préférant prévenir que de compter des blessés par la suite, ils ont tiré des coups de feu en l’air et des gaz lacrymogènes pour disperser tout le monde.
Face à cet échec, il ne restait plus au chef du Groupe des 184, André Apaid Jr, qu’à trouver un responsable et, prenant une posture de tribun il s’élança dans un « speech »: «Président Aristide, vous portez la responsabilité du malheur qui s’abat sur le pays et de tout ce qui est en train de se passer sur le Champ-de-Mars. Vous n’harmonisez pas cette société et nous disons que c’est grave. Le peuple haïtien doit tirer les conséquences. A partir de ce moment, nous demandons au peuple haïtien, qui vient de faire passer son message, de rentrer chez lui pacifiquement. Il n’existe plus de moyens de communication.» On ne peut pas dire cependant que l’audace lui fait défaut, car à aucun moment au cours de cette journée il n’avait eu l’appui du peuple haïtien qui l’a plutôt copieusement hué.
La police devait cependant procéder à l’arrestation d’une vingtaine de personnes, dont un neveu d’Apaid, David Apaid, et Charles Baker, vice-président de l’Association des industries d’Haïti (ADIH), du Groupe des 184. Ces individus se trouvaient à bord de deux camions et d’un trailer et portaient pour la plupart des T-shirts avec l’inscription «Service d’ordre», et ils avaient en leur possession des armes illégales et d’autres matériels dont des boucliers, des menottes, et des chargeurs 9 mm, etc. Signes évidents que le Groupe des 184 était en guerre et ne comptaient point effectuer une manifestation pacifique.
L’avocat d’André Apaid, Gervais Charles, s’est rendu au commissariat quelques heures après ces arrestations pour exiger l’élargissement sans conditions des contrevenants, disant qu’il n’y avait aucun chef d’accusation, malgré le flagrant délit!
Par ailleurs, au cours d’une conférence de presse le samedi 15 novembre à l’hôtel El Rancho pour établir le bilan de son échec de la veille, André Apaid lançait un autre mot d’ordre de grève pour le lundi 17 novembre. Une fois de plus, la population allait donner une réponse non équivoque aux classes dominantes en vaquant comme à l’accoutumée à ses activités. En fait, sauf certaines grandes entreprises commerciales et des banques privées ont suivi cet appel à la grève. Le transport, les marchés publics, les écoles publiques, tout fonctionnait. Au Cap-Haïtien, il n’y avait que les banques privées à fermer, car le grand commerce avait fait la sourde oreille à l’ordre lancé par le leader de la Caravane de l’espoir. En fait d’espoir, cet individu voudrait enfoncer le pays dans une détresse totale pour pouvoir s’élever sur les ruines! Mais le peuple haïtien veille et continuera à veiller nuit et jour!
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