12 Novembre,  2003

November 12, 2003

12 Novanm,  2003

Vol. 21 No. 35
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Le président Jean Bertrand Aristide a rencontré le 7 novembre au Palais National les représentants de différents quartiers de Cité Soleil, dont les parents de Rodson Lemaire et d’autres personnalités parmi lesquels le curé de la zone Arthur Volel et le responsable de la commission municipale Fritz Joseph.

L’assassinat le 31 octobre dernier du chef de bande du quartier populaire dénommé Boston dans la municipalité de Cité Soleil, Rodson Lemaire alias «Colibri», aura été le fer de lance de nouvelles scènes de violences dans ce plus grand bidonville du pays.

En effet, les partisans du défunt conduits par Thomas Robenson dit « La bannière », ont organisé deux journées de manifestations au cours desquelles ils réclamaient l’arrestation de Emmanuel Wilmé, un rival de la victime dont le fief se trouve dans le quartier dénommé Bois Neuf qui serait, d’après les manifestants, l’instigateur du crime. Au cours d’une intervention du 6 novembre sur les ondes de radio Métropole, Robenson Thomas alias « Labanyè », affirme en outre que deux des partisans de Colibri auraient été tués la soirée précédente. Les hommes de Colibri menaçaient même de déclencher un mouvement anti-Lavalas si les autorités gouvernementales ne prennent pas des dispositions pour mettre la main au collet des présumés assassins.

Entre temps, Emmanuel Wilmé, s’inscrivant en faux contre les accusations selon lesquelles il terrorise les riverains de « Boston », déclarait qu’il est prêt à faire la paix avec les hommes du groupe de Rodson Lemaire si toutefois ces derniers prenaient la décision de déposer les armes, et affirmait qu’il consacre son temps aux travaux de développement entrepris par le gouvernement à Cité Soleil, invitant ses rivaux à adopter la même voie.

Dans le cadre des efforts entrepris par le pouvoir pour établir un climat de paix à Cité Soleil, le président Jean Bertrand Aristide a rencontré le 7 novembre au Palais National les représentants de différents quartiers de cette commune, dont les parents de Rodson Lemaire et d’autres personnalités parmi lesquels le curé de la zone Arthur Volel et le responsable de la commission municipale Fritz Joseph.

Au cours de son intervention à cette réunion, le président Aristide a condamné les violences enregistrées à Cité Soleil dont a été victime notamment Rodson Lemaire, en déclarant : «Autour de cette table de la paix, pour commencer nous formulons des condoléances aux parents de Lemaire qui a été assassiné. Il y a ici son père, sa sœur et d’autres membres de sa famille à qui nous donnons une accolade de fraternité tout en leur souhaitant du courage. Nous condamnons fermement ce crime, ainsi que toutes autres violences faisant couler le sang et semant le deuil…».

S’adressant aux autres participants à la rencontre, le chef de l’Etat a réitéré sa volonté d’utiliser le dialogue comme moyen pacifique pouvant ramener la paix dans la commune. Il a en outre exhorté les participants à faire preuve de maturité et d’intelligence en évitant de se laisser prendre dans le piège des opportunistes qui n’attendent que le moment propice pour utiliser les conflits opposant les riverains en vue de mieux acculer ces derniers.

Par ailleurs, à l’issue de la rencontre le père de Rodson Lemaire, Yves Lemaire, a exprimé sa satisfaction et déclaré que le président lui a assuré qu’il l’aiderait à organiser les funérailles de son fils. La cérémonie funéraire prévue pour le mardi 11 novembre a été reportée au jeudi 13 novembre.

Cependant, Robenson Thomas, compagnon du défunt, qui croit avoir plus de droit que son père Yves Lemaire sur les restes de Colibri, a annoncé de son côté qu’il comptait prendre en charge l’organisation des obsèques qu’il a lui-même planifiées pour le 12 novembre. De plus, il prévoit de tenir une manifestation anti-gouvernementale à l’issue de l’enterrement. A ce propos, les partisans de Emmanuel Wilmé affirment que Robenson est manipulé par l’«opposition», faisant état, pour étayer cet argument, des réunions qui auraient eu lieu entre les responsables de ladite «opposition» et les membres du groupe de Robenson. D’après ces partisans, les hommes qui utilisent la mort de Colibri pour instaurer le désordre sont uniquement en quête d’argent pour pouvoir s’approvisionner en armes et munitions.

Pour sa part, le maire adjoint de Cité Soleil, Noëlsaint Dieufait qualifiant la rencontre entre le président et les représentants de quartier de cette zone de pas positif vers le rétablissement de la paix dans la commune, estime toutefois que la situation restera fragile si les autorités gouvernementales ne prennent pas en compte les problèmes de fond existant dans la cité. D’après Noëlsaint Dieufait, le gouvernement devrait concentrer ses efforts dans de grands investissements afin de résorber le chômage et diminuer ainsi les tensions sociales. En outre, les groupes en conflit n’ont pas de problèmes réels entre eux, mais sont plutôt manipulés par des secteurs oeuvrant à la déstabilisation du pays, ajoute-t-il.

Comparativement à ce qui se passe aux Gonaïves, où les instigateurs de la déstabilisation se sont emparés du cadavre de Amiot Métayer pour régler des comptes avec le gouvernement, à Cité Soleil, les déstabilisateurs, se servent sans scrupule des difficultés économiques des habitants pour les corrompre. En dépit d’un début de rétablissement de l’ordre dans la zone, les médias à la solde de l’«opposition», ne se gênent nullement de sombrer dans le ridicule en faisant de la désinformation au prix même de certaines contradictions. Telle radio Métropole qui propage dans son bulletin de nouvelles du 10 novembre que « Le plus grand bidonville de Port-au-Prince n’en finit pas de trouver la voie de sortie à ses troubles chroniques… si l’on devait se fier aux apparences, l’on pourrait de bonne foi dire que tout va bien à Cité Soleil. Sur la Nationale #1, la circulation automobile est normale. Des deux côtés de la rue, le commerce de fortune est bel et bien installé, n’empêche que la tension qui règne à Cité Soleil depuis la mort de Rodson Lemaire alias  ‘Colibri’ persiste».

On peut enfin se demander si ces assassinats en série des leaders des organisations populaires (OP) sont des actes crapuleux ou commandités. Haïti Observateur tirait récemment argument de l’assassinat d’Amiot Métayer, pour mettre en garde sur le sort qui attend tous les leaders des OP qui soutiennent le gouvernement. Prétextant ainsi qu’ils sont assassinés par Aristide. Ce qui pourrait bien trahir la stratégie du bras armé de l’opposition visant à démanteler les organisations populaires.