12 Novembre,  2003

November 12, 2003

12 Novanm,  2003

Vol. 21 No. 35
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Elections :
Positions équivoques des Etats-Unis
L’ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince, James B. Foley, au cours d’une conférence de presse au local de l’USIS à l’Avenue Harry Truman, s’est ingéré un peu plus dans les affaires politiques du pays, et affiché son arrogance face au peuple haïtien.

Le mercredi 5 novembre 2003, l’ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince, James B. Foley, donnait une conférence de presse au local de l’USIS à l’Avenue Harry Truman. Sa première sortie devant la presse depuis la remise de ses lettres de créances au président de la République le 18 septembre dernier, où le diplomate nord-américain s’était montré, respectueux des limitations qui lui sont imposées par la Convention de Vienne contrairement à son prédécesseur Brian Dean Curran qui s’immisçait grossièrement dans les affaires internes du pays. On ne saurait pourtant, ne considérer que la personne de Foley sans tenir compte de son statut de représentant de l’impérialisme nord-américain, qui mène une politique de domination à travers le monde en piétinant le droit et les instances internationaux. Comme récemment en Iraq où sous prétexte de rechercher les armes de destruction massive Washington est passé outre l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour s’accaparer du pétrole iraquien.

En effet, ce 5 novembre, James Foley s’est ingéré un peu plus dans les affaires politiques du pays, et affiché son arrogance face au peuple haïtien. Faut-il aussi rappeler que c’est au cours de cette même semaine que le chef de la Mission spéciale de l’Organisation des Etats Américains (OEA) en Haïti, David Lee, et l’«Expert indépendant », de l’ONU Louis Joinet, sont également intervenus sur le dossier haïtien pour critiquer sévèrement le gouvernement Lavalas auquel ils imputent la responsabilité de l’insécurité programmée qui sévit dans le pays et qui s’intensifie au fur et à mesure que s’approchent la commémoration du Bicentenaire de la Bataille de Vertières, le 18 novembre prochain, et de l’Indépendance Nationale le 1er janvier 2004 ? Lee avait prétendu que la réalisation d’élections ne serait pas possible dans le contexte actuel en se basant sur l’assassinat du chef de bandes armées, Rodson Lemaire alias Colibri à Cité Soleil. De son côté, Joinet s’en prenait à cœur joie à notre système judiciaire et à nos forces de police, accusées de tous les maux. Réagissant aux déclarations de l’expert indépendant de l’ONU, l’un des membres du Bureau des Avocats Internationaux (BAI), Mario Joseph, cité par l’Agence Haïtienne de Presse (AHP), a expliqué que son «rapport a été préfabriqué puisqu’il n’a pas jugé bon de partir à la recherche de la vérité, en choisissant de rencontrer uniquement les organisations de l’opposition» (AHP 07-11-03). Ce n’est point étonnant que Joinet se soit mis du côté de l’opposition puisqu’il s’est même arrogé le droit d’adresser des menaces à l’endroit des autorités en ces termes : « Les temps changent. Il existe désormais une justice internationale. Qu’ils se méfient avant qu’il ne soit trop tard, de cette épée de Damoclès ».

Quant à l’ambassadeur James B. Foley, son approche n’était guère différente de celles exprimées par les deux orateurs sus-mentionnés, sinon qu’il aura poussé davantage son audace pour vilipender le pays. D’abord, il tente de leurrer la population sur ses véritables motivations en soutenant hypocritement qu’« En dépit de tous les problèmes que connaît le pays, les haïtiens restent un grand peuple et fier de son histoire et de ses valeurs traditionnelles ». Pourtant, ce sont ces mêmes pages historiques qui provoquent la haine viscérale des grandes puissances à l’égard d’Haïti. Car le fait que les anciens esclaves noirs avaient pu mettre en déroute la plus puissante armée du XVIIIe siècle pour fonder une République libre et indépendante, a toujours constitué une menace aux yeux des grandes puissances qui tirent leurs richesses de l’exploitation des « petits pays ». Par ailleurs, Foley a poursuivi en tentant aussi de leurrer le chef de l’Etat haïtien en ces termes : « Des élections législatives et des élections présidentielles, il faut choisir le successeur du président Aristide. Nous constatons en effet qu’il ne reste pas beaucoup de temps dans le mandat de l’actuel président, seulement deux ans environ. Il est donc urgent à notre sens d’accomplir des progrès pour le peuple d’Haïti et ainsi de réaliser un héritage digne du personnage historique élu en 1990 ». Pour ensuite dévoiler son vrai visage : « Cependant, on ne peut pas réaliser de telles perspectives si le gouvernement organise des élections unilatérales sous l’actuel CEP, quelque chose qui n’aurait pas de légitimité aux yeux de la communauté internationale ». De tels propos visent en fait à mettre en garde les autorités Lavalas contre la réalisation des élections en dehors de la Résolution 822, sous peine de voir accentuées les sanctions économiques.

Par ailleurs, on nage dans un total paradoxe quand l’ambassadeur Foley réclame la désignation anticipée du successeur du président Aristide en dehors du processus électoral, tout en affirmant que la crise politique ne peut se résoudre que par la voie des élections, en traitant néanmoins le peuple souverain de «chimères». Quel crédit accorder dans ce contexte aux affirmations de Foley selon lesquelles « Les Etats-Unis sont contre la violence, contre les coups d’Etat, contre tout changement politique qui n’est pas pacifique » ? N’est-ce pas ces mêmes faucons de Washington qui s’étaient réjouis du coup d’Etat perpétré en avril 2002 contre le président Hugo Chavez au Venezuela ? N’est-ce pas aussi la CIA, l’USAID et l’IRI qui financent et cautionnent l’opposition impopulaire haïtienne hostile aux élections démocratiques ? Faut-il également entendre que les notions de «bonnes et mauvaises élections» sur lesquelles M. Foley entretient délibérément la confusion, devraient signifier la tolérance irresponsable du gouvernement des manifestations subversives organisées par une prétendue opposition anti-changements qui prône l’«option zéro» avec le soutien actif de Washington ? Autant dire que ces joutes ne pourront jamais se réaliser, auquel cas on s’acheminera vers un inéluctable vide institutionnel qui offrira l’occasion aux secteurs réactionnaires, tant nationaux qu’internationaux, de poursuivre leur subversion jusqu’à pousser la population à se soulever contre le régime. Les assassinats en série de certains leaders populaires ces derniers mois et l’insécurité grandissante observée actuellement dans certaines villes entrent en effet dans cette stratégie. C’est ce qu’a récemment déclaré Micha Gaillard du KONAKOM/Convergence. « La résolution du 15 décembre des forces politiques de l’opposition va dans la même direction. Coup d’Etat non ; mauvaises élections non ; bonnes élections oui avec un gouvernement de transition pour faire de bonnes élections ».

Parlant des tentatives de Washington de neutraliser le chef de l’Etat, le secrétaire général du Parti Populaire National (PPN), Benjamin Dupuy, a ainsi judicieusement déclaré le 10 novembre au micro de radio Ginen à propos des déclarations de l’ambassadeur James Foley : « Il y a un jeu macabre qui se joue. L’ambassadeur Foley a dit que les cinq ans ne sont pas négociables ; mais  il ne faut pas prendre cette déclaration pour de l’argent comptant, car il est clair qu’on a mis le pays dans ce que je peux appeler un cul-de-sac. Ils disent qu’ils ne vont pas reconnaître la légitimité des élections, si celles-ci ne sont pas réalisées en accord avec l’étranger. Cependant, la Constitution actuellement en vigueur dans le pays prévoit le déroulement du processus. Donc, je pense que le gouvernement doit s’armer du courage pour ne pas suivre la politique qui est imposée au pays par les Etats-Unis à travers l’OEA ».

Tout compte fait, les déclarations de l’ambassadeur des Etats-Unis arrivent à point nommé pour mettre de l’huile sur le feu des activités subversives organisées dans plusieurs villes du pays pour tenter de renverser le chef de l’Etat avant même la célébration du Bicentenaire de l’Indépendance le 1er janvier prochain. Ainsi, ce n’est guère par hasard si ces derniers jours le climat tend à se surchauffer ; en témoignent entre autres l’annonce du Front d’opposition du Nord (FRON) de la reprise de sa mobilisation et la manifestation projetée par le « Groupe des 184 » pour le 14 novembre au Champ de Mars, sans compter d’autres foyers de tensions qui sont alimentés par l’«opposition» aux Gonaïves et à Cité Soleil.