Plus d’un mois après la découverte du cadavre du chef de l’organisation populaire des Gonaïves, Amiot Métayer, dont la tête était farouchement réclamée par les secteurs de l’«opposition» et la «communauté internationale», les autorités gouvernementales n’arrivent toujours pas à trouver la meilleure solution pour ramener le calme aux Gonaïves, qui doit accueillir prochainement les festivités pour commémorer le bicentenaire de l’Indépendance. En effet, en dépit d’une récente visite aux Gonaïves d’une délégation officielle conduite par le ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert, et d’une rencontre organisée au niveau de la Délégation départementale de l’Artibonite entre les autorités et les proches de Métayer, des actions violentes, en apparence sous la direction du jeune frère d’Amiot, Buteur Métayer et des agitateurs proches de l’«opposition» conduits par le repris de Justice Jean Pierre alias Jean Tatoune, qui réclament le départ du président Jean Bertrand Aristide continuent à maintenir la population dans la crainte.
Le dimanche 26 octobre, la situation a pris une tournure inquiétante quand des hommes armés, à la solde l’«opposition», se sont attaqués au commissariat de police de la ville. Les échanges de tirs entre ces individus et les policiers ont provoqué la mort d’une jeune fille, Josna Pierre, qui revenait de l’église. Deux policiers, dont le directeur départemental de l’Artibonite, Camille Marcellus, ont été blessés en cette occasion. Le commissaire divisionnaire a dû étre transféré par hélicoptère dans la soirée du même jour à Port-au-Prince pour y subir une opération. Dans la même matinée du 26 octobre, des hommes lourdement armés, se réclamant de l’«Armée cannibale», ont également pénétré de force au domicile du délégué départemental, Ketelin Télémaque, et emporté toutes les armes à feu qui s’y trouvaient.
En réaction à ces événements, la police aidée par certaines unités spécialisées en provenance de la capitale, a réalisé une opération le lundi 27 octobre à Raboteau, réputé comme le fief des partisans d’Amiot Métayer, pour tenter de neutraliser l’action des fauteurs de troubles. Deux personnes ont été blessées et une douzaine d’autres arrêtées. On apprend également qu’à cette occasion, la résidence de la famille Métayer a été partiellement incendiée et deux véhicules brûlés dans la cour. En marge de ces événements, l’un des principaux instigateurs des violences aux Gonaïves, Winter Etienne, a annoncé qu’une nouvelle phase allait être entamée: «Nous avions prévu de prendre d’autres directives si Jean-Bertrand Aristide n’était pas parti avant le 4 novembre 2003. La population en a décidé autrement», a-t-il déclaré.
Le Conseil supérieur de la police nationale a donné une conférence de presse le 27 octobre à la Primature, pour dénoncer cette campagne de terreur entretenue, par l’opposition en vue de terroriser la population des Gonaïves. A ce sujet, le Premier ministre Yvon Neptune a indiqué que des mesures allaient être prises pour rétablir l’ordre et la sécurité dans la Cité de l’Indépendance. « Aux Gonaïves, les politiciens dépourvus de base politique réelle s’associent à des évadés de prison et à quelques petits groupes de bandits armés, pour semer la terreur au sein d’une population désireuse de vivre en paix et en sécurité... Face à cette machine de coup d’Etat et de ces actes de terrorisme, le Conseil supérieur de la police nationale prendra toutes les dispositions pour que la police et la justice puissent user de la loi et du droit pour déjouer et agir contre toute forme de terrorisme. Entre temps le CSPN mobilise toutes ses ressources pour protéger tout un chacun » a déclaré Neptune.
D’un autre coté, à travers un communiqué rendu public ce même 27 octobre, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales a sévèrement condamné l’attaque perpétrée la veille contre le commissariat Toussaint-Louverture des Gonaïves, tout en l’inscrivant dans le mouvement entrepris par les secteurs réactionnaires visant à semer le chaos dans le pays. «Le pays tout entier prend acte de cette action de terrorisme caractérisé et de la folie de ses auteurs et instigateurs. Cette tactique nouvelle participe de la stratégie de déstabilisation par les armes mise en exécution devant l’échec de la mobilisation subversive et antidémocratique», conclut le communiqué. Le secrétaire d’Etat à la Communication Mario Dupuy a lui aussi imputé la responsabilité de ces violences au bras armé de l’«opposition». Selon lui, des armes à feu et de l’argent ont même été distribués aux Gonaïves pour alimenter le foyer terroriste.
Dans ce contexte, il est tout à fait inconcevable que les autorités Lavalas puissent continuer à dénoncer ces offensives, sans se rendre compte que l’opposition macouto – bourgeoise se radicalise. Par conséquent, le pouvoir a intérêt à prendre des mesures drastiques, puisque l’«Opposition» a en bloc définitivement rejeté la voie électorale au profit de la déstabilisation.