29 Octobre,  2003

October 29, 2003

29 Oktòb,  2003

Vol. 21 No. 33
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Le chef de l’État a fait pour un parallèle entre le coup d’Etat du 30 septembre 1991 et l’assassinat de Dessalines le 17 octobre 1806. Pour lui, c’est le premier coup d’Etat réalisé dans toute l’histoire d’Haïti

Ce 17 octobre 2003 ramène le 197e anniversaire de l’assassinat perpétré contre le fondateur de la patrie haïtienne, Jean Jacques Dessalines. Ce parricide, commis plus de deux ans après la proclamation de l’indépendance nationale le 1er janvier 1804, devait consacrer la genèse d’un nouveau type d’exploitation des masses des anciens esclaves au sein de la jeune république. En effet, les anciens colons blancs qui regagnèrent la métropole française après la cuisante défaite des troupes napoléoniennes, furent remplacés par de nouveaux maîtres locaux, symbolisés en grande partie par les hauts gradés de l’armée indigène ainsi que leurs alliés qui accaparèrent beaucoup de terres après la mort de Dessalines qu’ils avaient d’ailleurs planifiée. Pour commémorer la mémoire de ce symbole vivant de bravoure et de liberté qui caractérisaient Jean Jacques Dessalines, plusieurs activités, conformément à la coutume, ont été organisées à travers le pays à l’occasion de ce 17 octobre. A Port-au-Prince, une délégation officielle composée du ministre de l’Education Nationale, Marie Carmelle Paul Austin, du Secrétaire d’Etat à la jeunesse, Hermann Nau, et de plusieurs parlementaires, s’est rendue au pied du monument dressé au Champ de Mars à la mémoire de Jean Jacques Dessalines pour y déposer une gerbe de fleurs. A cette occasion, s’exprimant en présence de plusieurs délégations d’élèves provenant de différents établissements scolaires privés et publics de la capitale, la titulaire de l’Education nationale a rappelé à ces jeunes les sacrifices qu’avaient consentis nos ancêtres pour nous léguer cette terre en héritage. Elle a mis l’emphase sur ce que symbolise Dessalines pour la liberté des peuples noirs du monde entier. « Nous sommes le premier peuple nègre indépendant de la terre. A la veille de nos deux cents ans d’indépendance, nous avons une pensée spéciale pour tous les jeunes des dix départements scolaires du pays. Pour que le monde entier connaisse cet héritage que nos ancêtres nous ont légué », a –t-elle martelé. Parallèlement, une autre délégation d’écoliers s’est dirigée au Pont Rouge, du côté de Chancerelles, à l’endroit même où l’Empereur Jean Jacques Dessalines avait péri sous les balles assassines de ses « frères» d’arme, pour déposer également une gerbe de fleurs sur la tombe érigée en ces lieux en mémoire du héros national. Par ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, les représentants de la classe dominante au sein de la prétendue opposition politique, persistant dans leurs envolées anti-nationales, ont gardé une fois de plus un profil bas par rapport à cette commémoration. Excepté le Parti des Démocrates Chrétiens Haïtiens (PDCH), branche Osner Févry, qui a organisé une petite activité incluant le dépôt d’une gerbe au pied du monument de Dessalines et une marche pacifique, pour marquer cette dâte importante de l’histoire nationale. Geste qui parait, pourtant, pour le moins hypocrite de la part de M. Fevry, lorsqu’on sait avec quelle ardeur celui-ci s’acharne à prendre la défense des intérêts de la classe dominante principalement la branche féodale macoute. Car, c’est cette même branche qui complota en 1806 la mort de l’Empereur et qui maintient depuis près de deux siècles les masses défavorisées dans une pauvreté abjecte. D’autre part, comme à l’accoutumée, l’essentiel de la célébration du 17 octobre a été commémoré à Marchand Dessalines, le lieu où l’empereur jeta son dévolu pour construire la première capitale d’Haïti, où des cérémonies officielles ont été organisées. Parlant de cette ville située dans le département de l’Artibonite, il faut souligner que le président Aristide a jugé bon en la circonstance de prendre un décret pour soustraire le mot « Marchand» du nom de la ville qui s’appellera désormais tout justement «Dessalines». En effet «Marchand» était le nom d’un ancien colon blanc du temps de la colonie. Une messe a été chantée à l’église de la ville avec la présence du couple présidentiel et de nombreux officiels. Dans son homélie, le curé de la paroisse de Dessalines, le père Dieudonné Léobert a vivement dénoncé ces mêmes secteurs qui avaient planifié l’assassinat de Dessalines de continuer à répandre le sang de nos jours et à utiliser toutes sortes de manigances pour tenter de revenir au pouvoir. «Les intérêts sont divergents, et c’est précisément le problème d’Haïti actuellement. Il y a ces gens qui sont millionnaires et qui ne travaillent pas. Beaucoup d’entre eux sont des leaders politiques qui reçoivent des billets verts… et ils disposent de beaucoup d’outils. Ils accaparent la parole. Ils l’accaparent avec leurs grands moyens financiers. C’est ainsi que lorsque vous écoutez la radio, ils affirment que la population des Gonaïves se soulève. Mais de quelle population voudraient-ils parler? Car je vis aux Gonaïves. Ils ont des gens pour dire cela pour eux, et ils les paient beaucoup à cet effet », a dit le père Léobert. Ensuite, évoquant les causes qui avaient provoqué l’assassinat de Dessalines, il a rejeté le prétendu «Nouveau contrat social» que le «Groupe des 184» d’André Apaid Jr voudrait faire avaler au peuple haïtien. Car, tout en rappelant les origines de l’instigateur de ce projet, à savoir André Apaid, le curé de la paroisse de Dessalines a expliqué: «Laissez-moi vous faire partager un témoignage. Le chef de ce «contrat social», en 1984 lorsque j’étudiais la théologie à Turgeau, recevait chaque fin de semaine Jean-Claude Duvalier et ils buvaient ensemble. J’étais témoin de ces choses. Maintenant, ils voudraient établir un contrat social avec le peuple haïtien. Sur quelle base? Il n’y a guère de contrat social entre riches et pauvres.» Quant à la campagne de déstabilisation ouvertement menée à travers le pays contre les autorités constitutionnelles, le père Eliobert a mis le régime Lavalas en garde contre cette trop grande liberté dont jouissent les secteurs hostiles au changement: «Comme le veut Papa Dessalines et comme le dit Papa Dessalines: démocratie, oui. Mais, non mille fois non, pour cette démocratie qui autorise des petits groupes à faire ce qu’ils veulent pour bloquer le pays. Papa Dessalines dit non, et demande le redressement de cette démocratie», a-t-il conclu. Pour sa part, intervenant devant plusieurs milliers de personnes sur un stand érigé en face de la place d’armes de la ville fraîchement rénovée, le chef de l’Etat, rappelant les circonstances dans lesquelles le Fondateur avait payé de sa vie sa ligne politique après la proclamation de l’indépendance, a souligné qu’il n’y avait pas eu que des motifs politiques à causer la mort de Dessalines. Selon lui, les questions économiques, notamment la question de la redistribution de la terre, avaient également été à la base de cet assassinat crapuleux: «Comme nous le savons, ils ont tué Dessalines au Pont-Rouge à cause des ambitions politiques de certains, mais également parce que quelques autres ne voulaient pas que la terre soit partagée dans la discipline.»  Le chef de l’État a fait pour un parallèle entre le coup d’Etat du 30 septembre 1991 et l’assassinat de Dessalines le 17 octobre 1806. Pour lui, c’est le premier coup d’Etat réalisé dans toute l’histoire d’Haïti. Il a également dénoncé l’exclusion qui prévaut dans la société haïtienne et contre laquelle Dessalines combattait déjà durant son règne. La question relative à la restitution de la dette de l’Indépendance par la France a également été agitée par le président de la République. Il a exhorté tous les secteurs de la population à s’unir afin d’avoir gain de cause dans ce dossier car, selon lui, ses fruits seront profitables à toute la nation. Cependant, après avoir brossé un tableau plus ou moins exhaustif de la situation socio-politique actuelle, le chef de l’Etat a même lancé un énième appel au dialogue à l’«opposition». Compte tenu de l’intransigeance des secteurs réactionnaires qui n’ont foi que dans l’option zéro pour arriver à leurs fins, il est évident que ce nouveau message du président ne sera une fois de plus qu’un coup d’épée dans l’eau. De fait, en marge de la célébration, les leaders de la Convergence, tels Paul Denis de l’OPL et Victor Benoît du Konakom sont montés au créneau pour critiquer les propos du chef de l’Etat disant y déceler d’éventuelles menaces visant à réduire l’«opposition» au silence. «On a marre de ces appels», s’est écrié Paul Denis qui indiquait par là encore une fois que ni le dialogue ni la négociation ne l’intéressaient pas. D’un autre côté, la célébration du 197e anniversaire de l’assassinat de Dessalines a servi opportunément de galerie aux intellectuels de la classe dominante, qui propagent leur idéologie noiriste en considérant l’alliance nouée à l’occasion de la création du bicolore bleu et rouge le 18 mai 1803 à l’Arcahaie et l’assassinat de l’Empereur le 17 octobre 1806, uniquement dans une optique raciste. Cependant, il y avait de préférence une alliance entre deux classes sociales, c’est-à-dire entre les anciens libres (les Affranchis), qui comprenaient des noirs et des mulâtres, et les nouveaux libres composés des anciens esclaves. Donc, à dessein, cette élite tend à fourvoyer les masses avec cette question de couleur. Car, ses défenseurs ne veulent pas qu’on sache qu’ils étaient à la base de l’assassinat de Dessalines, du fait que ce dernier refusait de satisfaire leurs caprices de classes et pratiquait une politique nationale axée sur l’égalité. Pour preuve, il n’y avait pas que des mulâtres à concocter ce plan de mort contre Dessalines, car des généraux noirs comme Christophe et Gérin, avaient aussi activement participé à ce coup d’Etat. Il faut aussi souligner que Charlotin Marcadieux, mort en essayant de protéger l’Empereur, était un mulâtre. En effet, le contrat social scellé le 18 mai 1803 entre les anciens libres, les Affranchis, et les nouveaux libres, les esclaves, à l’Archaie a été rompu en 1806 avec ce coup d’Etat contre Dessalines et la masse des anciens esclaves. Après l’assassinat, étant donné que la classe dominante (féodale et bourgeoise) s’est partagée le pouvoir pendant près de deux cents ans, elle n’avait jamais eu intérêt à parler de contrat social. Mais étant donné que la classe dominante avait perdu le pouvoir politique après 1990, elle s’active aujourd’hui, à proner un nouveau «contrat social» à travers les «184» d’André Apaid fils et en utilisant la déstabilisation, et à le reconquérir au prix de massacres et d’atrocités, pires que ce qu’on a vécu durant le coup d’Etat du 30 septembre 1991.