Le 5 octobre l’Organisation des Etats américains (OEA), à l’initiative de son secrétaire général César Gaviria, «convoquait» les protagonistes de la «crise» haïtienne - notamment certains dirigeants de la Convergence Démocratique ainsi que le président Jean-Bertrand Aristide – pour une rencontre à la résidence du nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince, James B. Foley. L’ordre du jour de cette soudaine réunion était axé sur la «création d’un Conseil électoral provisoire » (CEP) et l’adoption de mesures visant à renforcer la sécurité dans le pays.
Mais la formulation même du communiqué annonçant ce «round de négociations» contenait déjà, a priori, un caractère provocateur, du fait que l’OEA s’accordait la prérogative de choisir elle-même le «modérateur» en la personne de son secrétaire général adjoint, Luigi Einaudi. «Le président d’Haïti et des représentants du gouvernement, de partis politiques, de la société civile ainsi que le doyen du corps diplomatique ont été invités à participer à cette séance spéciale de travail dont le modérateur sera le secrétaire général adjoint Luigi R. Einaudi», pouvait-on lire dans la convocation.
Cependant, face à l’intransigeance qu’ont toujours affichée les politicards de l’«opposition» qui ne font que s’accrocher à leur «option zéro» et à vouloir rejeter toute idée de dialogue visant à dénouer la situation, il est évident que cette tentative de César Gaviria de placer les acteurs politiques sur la table de négociation ne pouvait être qu’un dilatoire de plus pour faire passer le temps. En dépit de tout, le président Aristide avait quand même exprimé sa volonté de se rendre personnellement à ces pourparlers. Tandis que les secteurs de l’«opposition» entendaient les boycotter, sous prétexte que la démarche de l’OEA n’avait pour but que d’isoler la mobilisation anti-Aristide à travers le pays.
En effet, quelques jours avant la date du 5 octobre, la branche rétrograde de l’«opposition», représentée par les politiciens incrustés de l’idéologie macoute, tels que Hubert De Ronceray du MDN, Luc Mesadieu du Mochrena et Turneb Delpé du PNDPH, qui soutiennent la résolution du 15 décembre 2002 adoptée par l’«opposition» réclamant le départ du chef de l’Etat, exerçait toutes sortes de pressions sur ses alliés du secteur bourgeois pour les mettre en garde contre la conclusion d’un éventuel accord politique avec le régime Lavalas. De fait, les partis à tendance bourgeoise, tels que l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), le KONAKOM, le PANPRA, etc. se montraient moins radicaux sur leurs positions à l’égard de la réunion manquée de l’OEA qu’ils jugeaient désormais plutôt soudaine et inopportune.
Entre-temps, pendant que ces tractations se poursuivent sur le plan diplomatique, les fronts internes et externes de l’«opposition» continuent de déstabiliser le pays à travers une guerre de basse intensité menée pompeusement contre les autorités constitutionnelles. Ainsi, le Front de l’opposition du Nord (FRON) s’agite de plus en plus dans la deuxième ville du pays, où la police locale a récemment saisi deux véhicules appartenant au principal responsable de ce groupement subversif, Jean-Robert Lalane, à bord desquels on retrouvait plusieurs munitions d’armes automatiques qui allaient probablement servir à créer le chaos au Cap Haïtien.
Aux Gonaïves, ces secteurs réactionnaires ont donné la mort au leader populaire de l’Organisation pour le Développement de Raboteau (OPDR), Amiot Métayer, pour provoquer la révolte de ses partisans et de sa famille, en tentant d’imputer la responsabilité du crime au pouvoir Lavalas, alors qu’il est clair que ce meurtre fait mieux l’affaire de l’«opposition» anti-nationale, qui s’en est emparé pour organiser des manifestations anti-Aristide dans la Cité de l’indépendance.
De plus, une cinquantaine d’«intellectuels» se sont associés à ce mouvement en publiant un mémorandum dans lequel ils renient, de façon fort ahurissante, leur patrie en rejetant la célébration du bicentenaire de l’indépendance nationale, sous prétexte que ces festivités seraient destinées à légitimer le président Aristide. Pourtant, ces intellos ne font qu’étaler au grand jour leur haine viscérale des masses défavorisées, qu’ils ne souhaiteraient pas voir célébrer dans la dignité une si importante date de l’histoire nationale.
Pour couronner le tout, il existe ces médias auto-désignés indépendants, principalement la «bande des quatre» constituée par Radio Métropole, Radio Caraïbes, Radio Kiskeya et Télé Haïti, qui véhiculent à dessein toutes sortes de mensonges par la désinformation pour discréditer le régime au pouvoir.
Parallèlement, le front externe de l’«opposition» macouto-bourgeoise opérant depuis la République dominicaine refait surface à Pernal où, au cours du week-end du 11 octobre, des individus lourdement armés ont terrorisé une fois de plus la population, dont certains habitants fuient la région.
Face à cette offensive dirigée contre le peuple haïtien, les Etats-Unis ainsi que leurs alliés de l’OEA prétendent opter pour une solution pacifique à la «crise» haïtienne. Cependant, nul ne saurait être aveugle sur le support financier et politique fourni par Washington à ses laquais de l’«opposition» et de la «Société Civile», pour poursuivre leurs actes de déstabilisation du régime en place. Par ailleurs, on ne peut que se réjouir du fait qu’il existe des pays comme le Venezuela et certaines nations de la Caricom au sein de l’OEA, qui tiennent tête à la politique anti-haïtienne des faucons de l’administration Bush.
Somme toute, toute cette campagne de déstabilisation ne vise qu’à empêcher à la nation haïtienne de célébrer souverainement ses deux cents ans d’indépendance. Cependant, comme l’avaient scandé plusieurs milliers de partisans du Parti Populaire National (PPN) et de Lavalas à l’occasion de la marche historique du 30 septembre dernier, si le peuple haïtien ne peut pas célébrer comme il se doit le 1er janvier 2004, il fera un autre 1804.