 |
 | | Rogatien Biaou, le ministre des Affaires étrangères du Bénin «... En venant ici nous voulons montrer aux peuples du monde que la race noire n’a aucun complexe, n’a aucune honte à participer à la civilisation de l’universel» |
Le ministre des Affaires étrangères du Bénin, Rogatien Biaou, a séjourné pendant trois jours à Port-au-Prince du mardi 7 au jeudi 9 octobre dernier. Cette visite participe de la volonté des deux pays de renforcer leurs relations dans les domaines, entre autres, de l’Education, de l’Agriculture, du Tourisme, de la Culture et de la Communication. En ce sens, un protocole de coopération a été signé le 9 octobre par le Chancelier haïtien, Joseph Philippe Antonio, et son homologue béninois.
Par ailleurs, cette visite a surtout servi d’occasion au chef de la diplomatie béninoise d’exprimer la volonté de son pays à prendre part activement à la célébration du Bicentenaire de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier prochain. En fait, à l’occasion de la rencontre avec le président Jean-Bertrand Aristide le mercredi 8 octobre, M. Biaou a remis à celui-ci une correspondance du président béninois Mathieu Kérékou pour confirmer sa présence à ces festivités. Intervenant à une cérémonie organisée en l’honneur du ministre des Affaires étrangères du Bénin, ce dernier, rappelant les liens historiques qui unissent les deux pays, a évoqué les raisons qui portent son gouvernement à s’associer à la célébration du 1er janvier 2004. «Le Bénin a deux raisons principales de venir célébrer avec ses frères et sœurs d’Haïti le Bicentenaire de l’Indépendance du premier Etat noir. La première raison c’est que le Bénin et Haïti sont les deux faces d’une médaille. La deuxième raison c’est qu’en venant ici nous voulons montrer aux peuples du monde que la race noire n’a aucun complexe, n’a aucune honte à participer à la civilisation de l’universel. Donc, pour nous c’est l’affirmation de ce que nous pouvons faire sur le plan international», a indiqué M. Rogatien Biaou, qui annonce en outre que d’autres nations africaines auront également à faire le déplacement en Haïti pour exprimer leur solidarité à la première République nègre du monde.
Cependant, dans ce contexte précis où le gouvernement haïtien reçoit tous ces signes d’attention à la veille de cette célébration du Bicentenaire de notre Indépendance, une cinquantaine de personnalités haïtiennes, comprenant des artistes, des écrivains, des intellectuels et des éducateurs, ont publié une «déclaration de principe» dans laquelle ils disent prendre leur distance par rapport à ces festivités. «Nos inquiétudes sont grandes devant l’orientation que le gouvernement haïtien actuel est en train de donner à la célébration officielle du bicentenaire de notre indépendance. En effet, ce gouvernement travaille aujourd’hui à canaliser toute l’attention de la communauté internationale et des personnalités étrangères intéressées par le Bicentenaire vers une campagne de propagande aux fins de légitimation d’un pouvoir usurpé et reconnu aujourd’hui comme despotique et totalitaire, négateur des principes et des valeurs à la base de la révolution haïtienne», avance les signataires de ce document pour tenter de justifier leur acte de trahison face aux prouesses réalisées en 1804 par nos ancêtres. D’aucuns se demandent pourtant comment ces personnalités, dont la plupart ont déjà démontré une certaine notoriété dans les domaines dans lesquels ils oeuvrent, ont-elles pu éprouver tant de reniements envers leur patrie? Toutefois, ces intellectuels, pour ceux qui ne le savent pas encore, constituent les principaux idéologues des classes dominantes (bourgeois et macoutes) qui maintiennent depuis près de deux siècles les masses défavorisées dans la misère et dans l’analphabétisme. En effet, il suffit de considérer des personnalités, signataires du texte, comme Jessy Ewald Benoit, l’épouse du leader du Konakom, Victor Benoît ; Max Dominique, Franck Etienne, Jean-Claude Fignolé, André Lafontant Joseph, Frandley Denis Julien, Yanick Lahens, Michel Soukar, Gary Victor, etc., pour déceler les réelles motivations de ces gens qui ne font qu’utiliser comme prétexte la célébration du bicentenaire pour faire passer toute la frustration de notre élite à la solde de l’impérialisme qui ne voudrait pas que le 1er janvier soit célébré dans la dignité. Par contre, le fait pour la «classe politique» de l’«opposition» de bouder le 18 mai dernier la célébration du bicentenaire de la création du drapeau haïtien devait augurer ce comportement actuel de cette «élite intellectuelle» qui n’a que faire des valeurs patriotiques lorsque les intérêts de leur classe se trouvent menacés. En fait, l’alliance entre anciens libres (noirs et mulâtres) et nouveaux libres (les anciens esclaves) qui avaient débouché en 1803 sur la création du bicolore national, une fois qu’elle avait été rompue en octobre 1806 par l’assassinat crapuleux contre Dessalines, enlevait tout l’«attachement» de cette élite à ce symbole de liberté et de souveraineté.
Désormais, les représentants des classes dominantes à travers les différents groupes politiques, tels que la Convergence «Démocratique», l’Union Patriotique (UP), le Front de l’«Opposition» du Nord (FRON) etc., associés à ces intellos qui souhaiteraient bouder la célébration du bicentenaire de l’indépendance nationale, affichent ouvertement leur hostilité contre les masses populaires qui entendent jouer pleinement de leur souveraineté en choisissant librement leurs dirigeants. Cette situation ne fait que rendre antagonique cette contradiction qui a toujours existé dans la relation entre ces deux secteurs. C’est en ce sens que ces laquais, ne pouvant plus compter sur une force interne pour les propulser au pouvoir, attendent constamment à ce que les puissances impérialistes, notamment les Etats-Unis, puissent intervenir militairement sur le sol national pour écarter le peuple définitivement de la scène politique.
Cependant, la mobilisation du peuple haïtien aura certainement gain de cause de ces secteurs réactionnaires qui ne pourront en aucun cas ternir l’ampleur avec lequel sera célébrée prochainement notre Bicentenaire d’Indépendance.
|