A l’occasion d’un dîner organisé dans la soirée du mardi 16 septembre en sa résidence au Manoir des Lauriers, l’ambassadeur français à Port-au-Prince, Yves Gaudeul, dont la mission arrive à terme, avait fait des déclarations pour le moins inquiétantes sur ce qui devra être l’avenir de notre pays auquel il avait prédit l’avènement de jours sombres.
« Je sens que les choses vont être difficiles, je dirais que les tempêtes ne sont pas seulement sur les rivages atlantiques des Etats-Unis, elles peuvent aussi vous atteindre, d’autres tempêtes. Je crois qu’il faudra s’accrocher sérieusement au bastingage. Cela va souffler, ne vous laissez pas surprendre, il faut se préparer à des choses et soyez très vigilants », déclarait impérialement le diplomate français, au total mépris des réserves que lui impose la Convention de Vienne. Ces propos impérialistes d’ingérence s’inscrivent en droite ligne dans le contexte politique actuel où la réaction locale multiplie ses envolées destabilisatrices visant à mettre le bâton dans les roues du pouvoir, à un moment où celui-ci entend réaliser sous peu des élections anticipées dans le pays. En effet, après quatre années passées aux commandes de la diplomatie française en Haïti, M. Gaudeul semble ainsi exprimer ses frustrations de n’avoir pas pu réussir à faire appliquer la politique de son pays, concernant notamment la gestion de la « crise » politique haïtienne, en dépit des énormes moyens déployés à cette fin. Car, en fait, on ne saurait passer sous silence le soutien dont jouissent continuellement l’«opposition» et la «Société civile» haïtiennes de la part de la France, à travers notamment l’Union Européenne (UE), qui finance directement certaines organisations non-gouvernementales (ONG), travaillant prétendument dans le domaine de la démocratie et de l’éducation, mais dont l’objectif réel inavoué est de réduire les marges de manœuvre du pouvoir en place.
D’un autre côté, il est pertinent de rappeler qu’en laissant récemment lui aussi son poste à la tête de la représentation diplomatique nord-américaine à Port-au-Prince, M. Brian Dean Curran pratiquement avait eu le même comportement que son homologue français, lorsqu’il s’arrogeait le droit de s’en prendre à tous les secteurs du pays, y compris les personnalités du secteur des affaires qui pourtant avaient applaudi chaudement son discours à l’hôtel Caribe à l’invitation de la Chambre haïtiano-américaine de Commerce. A cette occasion, outre les traditionnelles immixtions dans la vie politique haïtienne, l’ex-ambassadeur nord-américain avait entre autres accusé le secteur privé d’être de connivence avec les trafiquants de drogue.
En fait, toute cette provocation, servie à l’enseigne de la « Communauté internationale », ne vise qu’à créer une situation de chaos dans le pays afin de provoquer un changement de régime au profit des conzés de l’«opposition» et de la «Société Civile» qui utilisent entre temps leur bras armé pour terroriser la population.
Par ailleurs, la situation n’était guère différente en 1991 à la veille du précédent Coup d’Etat sanglant du 30 septembre, exécuté par une junte militaire conduite par les officiers supérieurs Raoul Cédras et Michel François contre le président Jean Bertrand Aristide au début de son premier mandat. En effet, de nombreux événements, parmi lesquels les multiples prises de position arrogantes de l’ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince de l’époque, Alvin P. Adams alias dit « Bourik chaje », qui avait même dit une fois, en faisant allusion à la participation massive de la population haïtienne aux premières élections démocratiques du 16 décembre 1990 : « Aprè bal tanbou lou », annonçaient déjà le sort qui devait être réservé au gouvernement Aristide/Préval, en raison notamment de ses engagements en faveur de l’amélioration des conditions de vie des masses défavorisées.
Par conséquent, pour éviter que de tels complots ne se répètent contre le peuple haïtien, le Parti Populaire National (PPN) tire la sonnette d’alarme, en annonçant l’organisation d’une grande manifestation dans les rues de Port-au-Prince pour ce mardi 30 septembre, qui symbolise le douxième anniversaire du putsch sanglant du 30 septembre 1991, afin de dénoncer l’«opposition» macouto-bourgeoise et les vendus de la « société civile » qui, avec l’aide des faucons de Washington et d’autres puissances impérialistes, veulent à tout prix réprimer les ardeurs du peuple haïtien à l’approche du 1er janvier 2004.
Dans la foulée, il faut justement signaler qu’après avoir réclamé pendant près de deux ans la tête de Amiot Métayer, qui serait selon l’OEA l’instigateur des scènes de violences enregistrées aux Gonaïves le 17 décembre 2001, les secteurs de l’«opposition» ont fini par avoir gain de cause puisqu’on apprend que « Cubain » a été retrouvé assassiné à St. Marc ce 23 septembre.
Compte tenu des pressions de toutes sortes qu’avaient exercées la « Communauté internationale » et l’«opposition» pré-fabriquée dans ce dossier, à quel secteur ce crime ignoble peut-il bien profiter ? En tout cas, on est en droit d’espérer que les proches de Métayer dit « Cubain » seront assez lucides pour comprendre le jeu des secteurs hostiles au changement, qui n’hésitent pas à recourir à des moyens obscurs et violents pour poursuivre leurs provocations, surtout à la veille de la réalisation des prochaines joutes électorales.
Les dés étant pratiquement jetés au niveau de la polarisation de la scène politique, le peuple haïtien, par sa capacité mobilisatrice, devra définitivement adopter sa voie pour assurer son avenir de peuple libre et souverain.