Dans le cadre de leur stratégie de provocation de la population afin de parvenir à leurs fins politiques basées sur l’option zéro, les secteurs de l’«opposition» n’entendent plus désormais lésiner sur aucun moyen pour venir à bout du régime Lavalas. En effet, en dépit de nombreux heurts enregistrés le 30 août dernier au Cap-Haïtien à l’occasion d’une première mobilisation subversive organisée par le Front de l’Opposition du Nord (FRON), le leader dudit Fron, Jean Robert Lalanne, a récidivé ce dimanche 14 septembre en organisant une seconde manifestation de rue pour exiger le départ du pouvoir des autorités constitutionnelles du pays.
Dès l’annonce de ce mouvement, l’atmosphère était déjà assez surchauffée dans la Métropole du Nord, surtout après que les partisans du régime Lavalas eurent eux aussi exprimé la volonté de gagner les rues pour réclamer le respect du mandat du président de la république. A cette occasion, se laissant prendre au piège de la provocation des membres du Fron, un membre d’organisations populaires proche du pouvoir a malheureusement annoncé une vague de violences, allant jusqu’à appeler les propriétaires d’entreprises funéraires à se préparer à recevoir des cadavres. Ce qui a encore surchauffé les esprits. Bien sûr, la presse de l’«opposition» a sauté sur ces déclarations enflammées pour tenter une nouvelle fois d’acculer le régime. Cependant, ces mêmes médias avaient pourtant gardé un profil bas après que le leader de l’Allah, Reynold Georges, eût déclaré sur les ondes de Radio Caraïbes que d’ici le 30 septembre « Aristide pral konn Jòj ».
La manifestation du Front de l’Opposition du Nord (FRON) allait démarrer vers les 11 heures 30 du matin sous la protection d’une forte escorte policière. Avec à sa tête le leader de la KID, Evans Paul, et d’autres dirigeants du FRON tels que Jackson Noël et Charles Eluscar, cette foule d’agitateurs, évaluée à un millier de personnes, scandait sur son parcours des propos violemment hostiles à la personne du chef de l’Etat, dont plusieurs milliers de partisans avaient également investi le béton par une voie parallèle pour exprimer leur soutien au régime.
Après maints désaccords sur le parcours à suivre entre les membres de la Police et les manifestants du Fron, ces derniers se sont finalement retrouvés face à face avec les sympathisants du parti Fanmi Lavalas au niveau de la rue 5L. A ce stade, les policiers préposés à la sécurité des groupes rivaux ont dû former des blocs d’interposition pour éviter des effusions de sang. Car des jets de pierre et de tessons de bouteilles volaient déjà en éclats de part et d’autre. Finalement, la police a dû intervenir avec beaucoup de rigueur en lançant notamment de fortes quantités de gaz lacrymogènes en direction des deux camps. Plusieurs patrouilles policières maintenaient une présence soutenue dans les rues de la ville pour empêcher une reprise éventuelle des hostilités. Par ailleurs, il faut souligner que la PNH a filmé tout le déroulement de ces incidents.
En marge de ces violences, les organisateurs de la manifestation anti-gouvernementale ont donné une conférence de presse à l’Hôtel Roi Christophe, où faute de pouvoir mobiliser véritablement la population, ils s’en sont pris à la délégation de l’Organisation des Etats Américains (OEA) qui était présente à la deuxième ville du pays et qui, selon eux, serait brusquement de mèche avec les autorités policières pour saper leur mouvement. Intervenant à cette occasion, le responsable de la KID, Evans Paul, a déclaré ne pas comprendre l’attitude des membres de l’OEA qui, selon lui, auraient avalisé aux dépens des intérêts de sa clique toutes les décisions prises par la Police, surtout en ce qui a trait au parcours. Au cours de ce point de presse auquel prenait également part Jean Robert Lalanne, Eluscar Charles et le pasteur Jackson Noël, ces déstabilisateurs, tout en signalant qu’il y aurait une dizaine de blessés parmi leurs partisans, en ont profité pour lancer un mot d’ordre de grève générale pour le lundi 15 septembre. Mais cette grève générale qui devait pallier la manifestation de la veille a encore connu elle-même un échec plus retentissant, puisque toutes les activités économiques y compris le grand commerce et les banques ont fonctionné comme d’ordinaire dans la Métropole du nord, où la population a totalement boudé le mot d’ordre de grève générale du Fron.
De leur côté, les autorités ont également convié la presse dans les locaux de la délégation départementale pour condamner les actes de violences cautionnés par les partisans du Fron. A cette occasion, le délégué Myrtho Julien, tout en attirant l’attention de la « Communauté internationale » sur le caractère foncièrement violent de la lutte de l’«opposition» pour conquérir le pouvoir, a fait état de certaines démarches du côté de la police visant à interdire les manifestations de rues. M. Julien qui venait tout juste de visiter certaines victimes du camp Lavalas à l’Hôpital Justinien du Cap-Haïtien, a précisé que celles-ci s’élèvent à plus d’une douzaine. En plus d’un militant Lavalas, Dorsaint Gracia, qui a succombé ce 15 septembre à l’hôpital Justinien à ses blessures.
De son côté, le député de la Grande Rivière du nord, Nahoum Marcellus qui prenait également part à la manifestation pro-gouvernementale, a annoncé la poursuite de la mobilisation jusqu’à ce que des élections puissent avoir lieu dans le pays. Néanmoins, il faut souligner que les partisans du Fron, dans leurs envolées provocatrices, se sont également attaqués aux résidences de certaines autorités locales du Nord, dont le magistrat de la ville du Cap, Vilma Innocent et le délégué Myrtho Julien. Le bureau régional de l’Education nationale dans le Nord a également subi l’assaut de ces agents de déstabilisation.
La région du Nord est considérée historiquement comme un véritable bastion des grands propriétaires fonciers, dont les représentants politiques demeurent les macoutes. Cette région éprouve aussi de sérieuses dégradations de ses infrastructures. Tout ceci constitue un terrain privilégié aux mains des secteurs réactionnaires, pour lancer des offensives à partir de cette région contre les autorités constitutionnelles. Tel est notamment le cas lorsqu’on sait que ces actes de provocation n’ont d’autre but que celui de tenter de prouver que les conditions de sécurité ne seraient pas encore établies pour la réalisation des prochaines joutes électorales. Lesquelles joutes devraient, si l’on en croit les propos tenus le 15 septembre par le président Aristide lors de sa visite à la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), coûte que coûte se tenir avant la fin de l’année.