10 Septembre,  2003

September 10, 2003

10 Septamn,  2003

Vol. 21 No. 26
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Le père Sauvagère refuse obstinément de présenter toute excuse publique réclamée par ses adversaires…

Dans son homélie prononcée le 23 août dernier en présence du président Aristide à l’occasion de la fête patronale de Léogâne, le père Fritz Sauvagère a, du haut da sa chaire, rendu la presse haïtienne responsable de tous les maux d’Haïti. Pour le curé de Léogane, les journalistes d’une certaine presse dite indépendante ne sont que des menteurs.

Il s’en est donc vertement pris au correspondant à Léogane de Radio Passion et plus particulièrement à celui de Radio Vision 2000, Peterson Milord, dont il a ordonné l’expulsion de l’église, en lui reprochant d’avoir «méchamment annoncé dans un circuit à l’étranger qu’il [Sauvagère] avait été assassiné ». Laquelle « fausse information » selon le prêtre, avait provoqué un grave choc dans sa famille, particulièrement à sa mère qui réside à Miami. Le prélat reproche également à Peterson Milord d’avoir faussement annoncé dans un autre circuit à l’étranger que le père Sauvagère avait sévèrement été battu par la police nationale.

La gravité de ces accusations publiques mériterait, si elles n’étaient pas fondées, l’engagement par le journaliste Peterson Milord et radio Vision 2000 des poursuites judiciaires contre leur auteur. Sauf erreur, de telles poursuites ne sont toujours pas encore engagées. Mais le père Sauvagère, qui refuse obstinément de présenter toute excuse publique réclamée par ses adversaires, est néanmoins l’objet de tirs à boulets rouges partisans lancés de toutes parts. C’est ainsi qu’au lieu d’un véritable démenti en règle, le communiqué de Radio Vision 2000 publié dans le Nouvelliste du 26 août, revêt plutôt la double apparence d’un plaidoyer pro domo sua et d’un réquisitoire à charge contre le père Sauvagère. Qu’on en juge :

« L’audition systématique et minutieuse des différents circuits du correspondant diffusés ces derniers mois sur les ondes de Vision 2000 ne révèle en rien, absolument en rien de pareilles annonces concernant Fritz Sauvagère.

« L’audition de ces bandes sonores a cependant rappelé que durant ces dernières semaines, des citoyens de Léogâne et des membres d’organisations populaires proches du pouvoir Lavalas accusaient publiquement, à travers des conférences de presse, le nommé Fritz Sauvagère, curé Louis Jean Beaugé de Léogâne, d’être impliqué dans des actes malhonnêtes liés à des détournements de fonds consacrés à la reconstruction de l’église et à une tentative d’assassinat sur la personne du sieur Michel Présumé. Ces Renseignements mettent également en lumière, des dénonciations de scènes de tortures et de brutalités policières au sein du commissariat de Police de Léogâne. Alors ! Qu’est-ce à dire ? »

On en reste perplexe. En effet, une bande sonore peut être effacée aussi facilement qu’elle est enregistrée. Radio Vision 2000 ne peut par conséquent être juge et partie, en affirmant que l’audition minutieuse des bandes de son correspondant Peterson Milord ne révèle en rien les annonces incriminées par le père Sauvagère. Seule une enquête judiciaire consécutive à une plainte de Radio Vision 2000, peut objectivement aboutir à une telle conclusion, après l’audition non seulement desdites bandes, mais aussi du témoignage des auditeurs des circuits locaux et étrangers de diffusion habituelle de ces bandes. D’autant plus que le communiqué de Radio Vision 2000 entretient volontairement la confusion, en affirmant que ses bandes révèlent les accusations portées ces dernières semaines contre le père Sauvagère par «des citoyens de Léogâne et des membres d’organisations » Lavalas à travers des conférences de presse, dont la date et les noms des conférenciers ne sont toutefois pas indiqués.

Dans son virulent communiqué publié dans le Nouvelliste du 26 août, l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) se dit «scandalisée par l’attitude du prêtre Fritz Sauvagère qui a abusé de la chaire de l’église Sainte Rose de Léogâne pour proférer des menaces contre la presse haïtienne ». Pour ajouter : « Violant tous les principes du droit Canon et les règles cardinales de l’Eglise catholique, emporté par un fanatisme aveugle, le prêtre a outrepassé ses attributions pour s’en prendre à deux journalistes de deux médias, les citant nommément ».

Pendant que le secrétaire général de l’Association des Journalistes Haïtiens (AJH), Guyler C. Delva, entouré de directeurs des médias et des journalistes, organisait un sit-in devant l’Eglise Sainte Rose de Léogâne, pour exiger que le père Sauvagère présente publiquement des excuses au journaliste Peterson Milord de Vision 2000 et à toute la presse haïtienne. Alors qu’aux termes du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Convention américaine des droits de l’homme, tout accusé est présumé innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie par un tribunal compétent, qui peut seul imposer au coupable de faire des excuses publiques à la victime.

En outre, la Fédération Protestante a récemment sommé le président Aristide de démissionner ou de se soumettre. Position à laquelle s’est rallié Mgr. Guyre Poulard, évêque de Jacmel, en réclamant les élections générales en 2004. De plus, la Fédération protestante et l’Eglise catholique refusent de nommer leurs représentants au CEP pour les élections anticipées de 2003.

Dès lors que les Accords de Latran consacrent la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les dignitaires des églises chrétiennes, au regard du droit canon, n’ont aucune autorité religieuse ni politique pour réclamer la démission du président constitutionnel d’Haïti. Ni l’ANMH, ni l’AJH, qui accusent aujourd’hui le père Sauvagère d’avoir outrepassé ses attributions par fanatisme aveugle en « violant tous les principes du droit canon et les règles cardinales de l’Eglise catholique », n’avaient élevé aucune protestation contre cette dérive outrancière des Eglises protestante et catholique, ni encore moins condamné leur forfaiture ou exigé d’elles des excuses publiques.

Si tant est que le père Sauvagère a commis une infamie, les préceptes bibliques de la femme adultère (Jean 8 : 3/11) et de la paille visible dans l’œil d’autrui et non la poutre qu’on porte dans son propre œil (Mathieu 7 : 16), plaident pleinement contre ceux qui s’évertuent à lancer la première pierre au prêtre adultère aujourd’hui. Car, Mathieu dit si bien dans les deux premiers versets du chapitre 7 : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez ».

Malgré ces préceptes bibliques, par communiqué collégial publié par le Nouvelliste du 26 août, le Conseil Episcopal fait état de « la consternation d’une importante majorité de fidèles catholiques qui ont exprimé tristesse et amertume » à la suite du blasphème du père Sauvagère, et «prie les journalistes concernés ainsi que les membres de la presse d’accepter ses excuses ».

Se référant au décret Inter Merifica du Concile Vatican II, qui dit que « L’Eglise a parfaitement conscience que les Mass Media apportent au genre humain de précieux concours… en contribuant à l’instruction des esprits ainsi qu’à l’extension et à la consolidation du règne de Dieu », Le Conseil Episcopal « désapprouve avec fermeté le fait que des travailleurs de la presse aient été expulsés d’un lieu de culte public et empêchés de couvrir un événement religieux », ajoute le communiqué.

Manifestement, le Conseil Episcopal ne semble pas faire cas de la consternation des fidèles catholiques qui ont pris la défense du père Sauvagère lors du sit-in organisé devant l’Eglise Sainte Rose de Léogâne par l’Association des Journalistes Haïtiens, ni des fidèles des autres paroisses du pays qui peuvent partager la même opinion que celle des défenseurs du père Sauvagère de Léogâne. Le Conseil Episcopal s’empresse aussi de présenter ses excuses aux journalistes concernés et à la presse, sans que la culpabilité du père Sauvagère ait préalablement été établie par un tribunal compétent.

Au cas où la fronde du père Sauvagère rendant la presse haïtienne responsable de tous les maux d’Haïti ne serait pas qu’une simple rhétorique, le Conseil Episcopal, qui « désapprouve avec fermeté » l’expulsion de deux journalistes « d’un lieu de culte public » et leur empêchement « de couvrir un événement religieux », désapprouverait-il autant l’acte biblique par lequel Jésus chassa les vendeurs du temple à coup de fouet, en leur disant : « Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». (Jean 2 : 13/16) ?

Quant à la référence au Concile Vatican II vieux de plus de 40 ans sur les bienfaits des médias au genre humain, elle est tout simplement obsolète. Devant la 33ème Assemblée Générale de l’Organisation des Etats Américains à Santiago du Chili, le chancelier du Venezuela, Roy Chaderton Matos, dénonçait en juin dernier les « Coups d’Etat médiatiques du terrorisme de la liberté d’opinion au nom de la liberté d’opinion », citant notamment ce message du pape Jean Paul II à la XXXVIIe Journée mondiale des communications sociales, le 24 janvier 2003 :

« Les médias servent la liberté en servant la vérité, et par contre ils font obstacle à la liberté dans la mesure où ils s’éloignent de la vérité et diffusent des faussetés où créent un climat de réactions émotives incontrôlées face aux faits. Seulement quand la société a le libre accès à une information véridique et suffisante peut-elle se consacrer à rechercher le bien commun et à appuyer une autorité publique responsable.

« De fait, fréquemment les médias rendent un courageux service à la vérité, mais parfois ils fonctionnent comme des agents de propagande et de désinformation au service d’intérêts étroits ou de préjugés de nature nationale, ethnique, raciale ou religieuse, par avidité matérielle ou sous l’égide de fausses idéologies de tendances diverses. En présence de ces pressions qui poussent la presse à de telles erreurs, une résistance s’avère indispensable avant tout de la part des hommes et des femmes mêmes des médias, mais aussi de la part de l’Eglise et d’autres groupes responsables ».

De quel côté du mensonge ou de la vérité se placent le père Sauvagère et ses protagonistes des médias et des églises? C’est la question fondamentale que devrait poser sans plus tarder Radio Vision 2000 à la justice.