Après la date du 4 septembre 2003 prévue pour la tenue des assises de l’Organisation des Etats Américains (OEA) sur le dossier de la « crise » haïtienne, d’aucuns diraient, à juste titre, que la montagne a accouché d’une souris.
En effet, alors que l’envoyé spécial du Secrétaire Général de l’OEA, l’ambassadeur Terence Todman s’activait sur le terrain en Haïti pour tenter, conformément à la mission qui lui a été assignée, de redynamiser le dialogue entre le pouvoir, l’«opposition» et la «société civile» en vue de la formation du Conseil Electoral Provisoire (CEP) de consensus prévue par la résolution CP/822 de l’Organisation hémisphérique, diverses spéculations étaient entretenues, à dessein, autour de cette date, jusqu’à la considérer comme un ultimatum au régime Lavalas. De plus, le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Colin Powell, prenant la parole devant l’Assemblée Générale de l’OEA en Juin dernier à Santiago du Chili, menaçait de « réévaluer le rôle » de l’Organisation en Haïti si le gouvernement Lavalas ne prenait pas des dispositions pour finaliser l’application de la 822. Fort de tout cela, on comprend l’attitude des laquais de l’«opposition» macouto-bourgeoise et de la «société civile», qui s’attendaient désespérément à ce que leurs tuteurs de Washington puissent prendre définitivement les commandes du dossier haïtien.
C’est en ce sens justement qu’ils avaient organisé, le samedi 30 août, leur «week-end de solidarité» au Cap-Haïtien, sous la conduite de l’Initiative Citoyenne (IC) de Frandley Denis Julien et du Front d’Opposition du Nord (FRON) de Jean Robert Lalanne. Manifestation dont l’objectif inavoué était de provoquer la police, dont cinq de ses agents avaient été blessés à l’occasion, ainsi que les partisans du régime. De plus, faut-il également mentionner le sit-in organisé le 4 septembre devant les locaux de la représentation de l’OEA à Musseau (Bourdon) par certaines Organisations inféodées à l’«opposition», telles que l’Etoile Populaire, la Conasovic et le Movisih, qui souhaiteraient appuyer la «Résolution du 15 décembre» adoptée l’année dernière par certains groupuscules politiques foncièrement hostiles au régime Lavalas, qui réclament le départ du président Jean Bertrand Aristide et son remplacement par un juge de la Cour de Cassation. A l’occasion de ce mouvement, certains « leaders » de l’«opposition», comme René Julien de l’Union Patriotique (UP), Marie Denise Claude du Parti des Démocrates Chrétiens Haïtiens (PDCH) et Turneb Delpé du PNDPH, s’étaient rendus sur place pour supporter leurs acolytes qui disent vouloir exercer des pressions sur l’OEA à l’occasion de ce 4 septembre qui ramène le 1er anniversaire de l’adoption de la résolution 822.
Par ailleurs, contrairement à ces politicards qui voulaient présenter le 4 septembre comme une date butoir en se basant sur les « déclarations de guerre » de Powell, le secrétaire d’Etat à la Communication, Mario Dupuy, disait faire une toute autre lecture de la situation. Intervenant dans le cadre du programme hebdomadaire des « Mardis de la Presse » le 2 septembre, M. Dupuy a fait remarquer que la date du 4 septembre n’a fait que servir de prétexte aux secteurs de l’«opposition» pour créer des foyers de tension dans le pays afin d’influencer le rapport que doit produire Terence Todman en marge de sa visite. « A chaque fois qu’on doit présenter un rapport sur Haïti, ces mêmes secteurs font monter la violence dans l’espoir d’en faire porter le chapeau au gouvernement », a-t-il souligné.
Pourtant, alors que du côté de l’Assemblée de l’OEA aucune avancée n’a été observée à l’occasion de leur rencontre du 4 septembre, en attendant peut-être le contenu du rapport de l’émissaire Todman, le chef de sa mission spéciale en Haïti, David Lee, dont le rôle a été significativement amoindri par ce dernier selon plus d’un, va plus vite en besogne en laissant entendre le même jour que le gouvernement haïtien serait lent dans ses actions. Une déclaration qui n’a pour effet évidemment que de cautionner et d’encourager les envolées jusqu’auboutistes de l’«opposition». «Le gouvernement est lent à agir, donc l’impasse continue et persiste. Nous, de notre côté, nous sommes très déçus et je sais très bien que la masse des haïtiens l’est aussi. Ce sont eux les grands perdants », a déclaré M. Lee au cours d’une intervention au Centre Haïtien de Presse. Selon des informations fournies par Radio Métropole, le diplomate canadien aurait même annoncé que la réévaluation prônée par Colin Powell aura bel et bien lieu. A quel petit jeu David Lee se livre-t-il donc en tenant de tels propos, notamment dans un contexte politique aussi trouble? En assumant son échec par rapport au rôle qu’il était appelé à jouer dans la «crise» politique, peut-être voudrait-il voir concrétiser le rêve d’option zéro des secteurs de l’«opposition» et de la «société civile» à travers une intervention des Etats-Unis dans le pays ?
En tout cas, le sous-secrétaire d’Etat nord-américain pour les affaires Hémisphériques, Roger Noriega, dans un discours, où il expliquait la vision impériale de la maison Blanche pour les Amériques au « Center for Strategic and International Studies » à Washington le 8 septembre 2003, s’est penché sur la question haïtienne en reprenant les mêmes refrains : «concernant Haïti, nous avons travaillé avec nos partenaires de l’OEA afin de retrouver un climat de confiance. La résolution 822 en est le résultat. Et les Etats-Unis encouragent tous les secteurs à suivre la ligne tracée par la résolution. Le président Aristide, en tant que leader de son pays, a la responsabilité unique de garantir un environnement sécuritaire qui est nécessaire. Afin de réaliser des élections libres et honnêtes… »
Mais l’agence de presse Reuters toujours le 8 septembre, a fait savoir que l’ambassadeur Roger Noriega, au cours d’un point de presse a dit : « Nous allons mesurer si oui ou non le gouvernement haïtien à la volonté politique de faire des petits pas très importants dans les semaines à venir, pas de mois ». Une petite phrase qui illustre l’arrogance de l’administration de Georges W. Bush.
Toujours au cours de ce point de presse, cité par l’agence Reuters, M. Roger Noriega lève le voile un tout petit peu pour montrer les vraies intentions de Washington envers Haïti : « Nous ne pouvons pas sanctionner le gouvernement haïtien sur la base de la Charte Démocratique Inter-américaine si les autres pays de la région, particulièrement de la caraïbe, ne nous rejoignent pas. Nous voulons que notre décision soit prise conjointement avec nos amis. Nous ne voulons pas prendre des mesures unilatérales ». Les Etats-Unis n’avaient-ils pas défier la communauté internationale et intervenu unilatéralement en Irak ? Le gouvernement ne doit en aucune manière baissé la garde face aux faucons de Washington qui disent souvent des choses et en font d’autres.
De toute façon, les autorités Lavalas de leur côté, continuent à maintenir le cap vers la réalisation des élections législatives et locales avant la fin de cette année afin d’éviter de tomber dans le piège que pourra constituer tout éventuel vide institutionnel. Cependant, face aux tractations de toute sorte, tant au niveau national qu’international, visant à faire passer le temps, le pouvoir Lavalas devra jouer carte sur table et convier au plus vite le peuple à ses comices.