Intervenant à l’occasion de la 33e Assemblée Générale des Etats Américains (OEA) tenue en juin dernier à Santiago du Chili, le Secrétaire d’Etat Nord-américain, Colin Powell, disait avec toute l’arrogance qui caractérise l’impérialisme, entendre «réévaluer le rôle de l’OEA en Haïti» si toutefois le régime Lavalas ne s’engageait pas à appliquer entièrement les résolutions de l’Organisation hémisphérique d’ici le mois de septembre, qui coïncide en outre avec la prochaine session de l’OEA le 4 septembre 2003. De fait, M. Powell, qui est considéré à juste titre comme l’indigène de service au sein de l’administration Bush, semble mal digérer l’attitude adoptée par les Etats de la Caricom et certains pays de l’Amérique Latine face au dossier haïtien en refusant notamment de suivre les directives de Washington.
Pourtant, entre-temps, les fronts internes, opérant à travers certaines organisations dont l’Initiative de la Société Civile de Rosny Desroches et le Groupe des «184» sponsorisées directement par des agences des Etats-Unis et l’Union Européenne, et les fronts externes, constitués majoritairement d’anciens militaires haïtiens basés en République Dominicaine et agissant sous la couverture de l’armée de ce pays voisin, se livrent à toute sorte d’actions subversives pour destabiliser le pays afin de faciliter la réalisation des intentions de Colin Powell. Car, cette «réévaluation», dont la nature semble vraisemblablement s’orienter vers une intervention directe des Etats-Unis dans le pays, ne saurait être envisagée sans que Washington ne manipule toutes sortes de combines pour tenter de justifier l’incapacité de l’Organisation hémisphérique à gérer le dossier de la «crise» haïtienne.
Parallèlement, la fin du mandat de la quasi-totalité des parlementaires et des membres des collectivités territoriales arrive à grand pas et oblige les autorités Lavalas à organiser les élections avant la fin de l’année pour parer à tout vide institutionnel en janvier 2004. Faute de pouvoir compter sur le Conseil Electoral Provisoire (CEP) consensuel prôné par la résolution 822, dont les secteurs de l’«opposition» et de la «Société Civile» ont pratiquement boycotté la formation, le gouvernement Lavalas a fait appel au CEP en fonction depuis le mois de février 2001, dirigé par l’ingénieur Alix Lamarque, pour préparer le terrain et mener les démarches nécessaires dans la perspective de l’organisation de ces joutes. Dans cette logique, un envoyé spécial du secrétaire général de l’OEA, Terence Todman, dont la tâche inavouée semble de faire passer le temps au profit des Etats-Unis, a séjourné dans le pays pour tenter de redynamiser le dialogue entre les protagonistes de la scène politique dans le but de mettre sur pied le CEP consensuel. En dépit, en outre, de la volonté fermement affichée par les principaux concernés, à savoir la Convergence «démocratique» et la «société civile», de ne pas participer à des élections sous la gouvernance du président Jean Bertrand Aristide. Par ailleurs, le fait pour le secrétaire général de l’OEA, César Gaviria, de déléguer un diplomate nord-américain en la personne de M. Todman dans la «crise» haïtienne, n’augure-t-il pas ce transfert du dossier à Washington tant souhaité par Powell ? Car, pourquoi ces consultations initiées par Terence Todman en vue de la formation du CEP consensuel n’ont-elles pas été réalisées sous l’auspice de la Mission spéciale de l’OEA en Haïti dirigée par David Lee, qui était censé jouer ce rôle ?
Par ailleurs, en attendant cette réunion de l’OEA du 4 septembre, les Etats-Unis, outre les tractations qu’ils cautionnent à l’intérieur du pays, se livrent à la désinformation en entretenant une campagne de dénigrement à l’encontre d’Haïti. En effet, à travers une note du Département d’Etat du 28 août, Haïti est présenté, à tort, comme le pays le plus dangereux de l’hémisphère. «Il n’existe pas d’endroits sécurisés en Haïti. Le crime, déjà un problème, se prolifère ces dernières années. Plus de 15% de la drogue qui arrive aux Etats-Unis transite par Haïti. Par conséquent, l’ordre et l’Etat de droit y sont pratiquement détériorés… Les citoyens américains qui se voient obligés de visiter Haïti doivent prendre beaucoup de précautions et ils sont fortement encouragés de se faire enregistrer au Consulat de l’Ambassade américaine une fois débarqués». D’un autre côté, un prétendu homme de sciences du nom de Philip E. Smart, a cru bon de faire sortir un ouvrage pour déterrer la thèse, déjà évoquée il y a plusieurs années, selon laquelle la pandémie du Sida aurait trouvé son origine en Haïti. En effet, les faucons de Washington entendent attaquer sur tous les fronts dans le cadre de cette lutte qu’ils mènent pour discréditer le pays et préparer l’opinion publique à un éventuel débarquement de leurs troupes pour placer au pouvoir des apatrides soumis à leur volonté impériale.
C’est dans cette optique que les laquais de l’«opposition» et de la «société civile» amplifient ces derniers temps leurs menées subversives en créant des événements afin de provoquer le régime. En effet, le mercredi 28 août, un nouveau front anti-Aristide, composé des partis politiques traditionnelle-ment hostiles à l’émergence des masses populaires et des associations bidons formant le «Groupe des 184», a été mis sur pied pour exiger le départ du président Jean Bertrand Aristide. A travers leur entreprise, ces vendus à la cause de Washington réclament notamment la mise en application de la Résolution du 15 décembre 2002 adoptée par certains partis à l’occasion de ce qu’ils appellent le «sommet des Forces politiques de l’«opposition», qui exigent entre autres la démission du chef de l’Etat et son remplacement par le président de la Cour de Cassation. «Toutes les forces vives de la nation sont invitées à nous rejoindre pour renverser ce pouvoir et instaurer dans le pays une nouvelle façon de vivre», déclaraient à cette occasion le Dr. Turneb Delpé de la PNDPH.
Parallèlement, sous la couverture de l’Initiative citoyenne du Cap dirigée par Frandley Denis Julien, des figures réactionnaires de l’«opposition» et de la «société civile», dont André Apaid Jr, se sont rendus au Cap Haïtien le 30 août pour participer à une activité subversive sous la dénomination de «Week-end de solidarité». Ces activités qui ont été programmées pour les 30 et 31 août, ont constitué une nouvelle provocation pour l’institution policière qui, au préalable, avait demandé aux responsables du mouvement de le reporter à cause d’un manque d’effectif de la PNH. Car, outre le fait que cette dernière était obligée d’assurer la sécurité des pèlerins dans certaines fêtes champêtres de la région du Nord, les dirigeants de l’Initiative citoyenne, dans leur lettre adressée à l’institution policière, annonçaient que plus de 170.000 personnes étaient attendues à la manifestation projetée pour le dimanche 31 août. Toutefois, ces événements, comme d’aucuns s’y attendaient, ont tourné au vinaigre et des tirs nourris d’armes pouvaient être entendus. En marge de ces incidents, les autorités policières annonçaient que quatre policiers en service ont été blessés.
Au regard de toutes ces considérations, il est évident que le terrain devient de plus en plus miné et que les Etats-Unis jouent pratiquement leur va-tout pour faire pourrir la situation au profit de la mise à exécution de leurs projets d’occupation du pays. Dans ce contexte, les autorités Lavalas doivent définitivement comprendre qu’il est désormais urgent d’accélérer le processus électoral pour éviter de faire le jeu de l’ennemi, car le temps fait désormais excessivement défaut.