Au seuil de l’échéance de l’ultimatum lancé par le secrétaire d’Etat Nord-américain, Colin Powell, en juin dernier lors de la 33e Assemblée générale de l’OEA à Santiago, où celui-ci menaçait l’organisation hémisphérique de réévaluer son rôle dans la résolution de la crise haïtienne si d’ici septembre le gouvernement ne prenait pas des mesures visant à établir un climat de sécurité nécessaire à la formation d’un Conseil Electoral Provisoire (CEP), l’«opposition» s’active intensément créant la destabilisation pour justifier une éventuelle prise en charge directement du dossier d’Haïti par Washington.
En effet, le «week-end de solidarité» qui devait se tenir au Cap Haïtien les 30 et 31 août dernier sous les auspices notamment du Front de l’opposition du Nord (FRON) et de l’Initiative Citoyenne (IC) et qui a avorté en raison des échauffourées provoquées par les organisateurs eux-mêmes au cours de la première journée, aura prouvé que le secteur macouto/bourgeois est prêt à tout même au prix des vies humaines pour obtenir l’option zéro, c’est-à-dire le renversement du gouvernement constitutionnel prôné le 15 décembre 2002 par les partis de l’«opposition».
En dépit du fait que la direction départementale du Nord de la police, faisant état de ses effectifs réduits avait demandé le report de la manifestation du FRON où étaient attendues 170 milles personnes, les maîtres d’œuvre de la destabilisation comme entre autres Jean Robert Lalane responsable du FRON et Frandley Denis Julien de l’IC, étaient déterminés à faire de la provocation à l’instar du Groupe des 184 «organisations» lors du passage de celui-ci à Cité Soleil en juillet dernier.
Très tôt dans la matinée du samedi 30 août, la population capoise qui voulait manifester son désaccord avec les instigateurs du «week-end de solidarité» a dressé des barricades de pneus enflammés à travers la ville, ce qui a retardé les délégations venues de Port-au-Prince parmi lesquelles figuraient Micha Gaillard de la Convergence, Turneb Delpé du PNDPH (Parti National des Démocrates Progressistes Haïtiens), René Julien de l’Union Patriotique, Rosemond Jean de la CONASOVIC (Coordination Nationale des Sociétaires Victimes) et André Apaid du Groupe des «184». Cependant, aux environs de 3 heures de l’après midi, des gens commençaient à se rassembler dans le quartier de Carénage où devait se tenir un colloque. En présence d’un public d’environ cinq cents personnes, les représentants de la Convergence, de l’UP et du PNDPH ont à tour de rôle appelé à la formation d’un nouveau gouvernement provisoire. Ces déclarations ont évidemment provoqué la frustration chez les centaines de membres d’organisations populaires qui s’étaient massés aux alentours.
Pour éviter qu’il y ait un affrontement entre ces derniers et les participants du mouvement, la police a dû décider de mettre un terme à cette réunion. A ce moment là, des pierres commençaient à pleuvoir sur la foule. On ne pouvait savoir d’où elles provenaient. Toutefois, il est pertinent de se demander pourquoi les organisateurs ont entreposé des sacs contenant du sable sur le toit d’une maison qui leur servait de refuge. Prévoyaient-ils de déclencher des échauffourées ? En tout cas, quatre policiers ont été blessés par balles et leur véhicule a essuyé plusieurs projectiles. Qui a intérêt à provoquer ainsi la police sinon ceux-là qui espéraient un bain de sang afin de pouvoir se plaindre auprès de leurs tuteurs, les Etats-Unis.
De fait, André Apaid Junior trouvait ainsi une occasion de renchérir la déclaration de Colin Powell : «Je peux vous dire que nous avons été très, très déçus et nous avons compris le commentaire du Secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique disant que le mandat de l’OEA devait être repensé, reformulé si elle est là pour renforcer des institutions qui pilotent la répression, ou c’est un renforcement d’appareil répressif», déclarait André Apaid sur les ondes de Radio Métropole.
Après ces incidents, le directeur départemental du Nord, Pierre Lucien Chavannes, a donné une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé la décision de l’institution policière d’interdire toute manifestation de rue dans la Métropole du Nord.
Quoiqu’il en soit, les autorités gouvernementales devaient s’attendre à de tels événements sachant les propos tenus par Frandley Denis Julien à la veille de l’organisation du Mouvement, déclarant : «Le gouvernement ferait mieux de tenir ses chiens en lesse», sous entendu les membres d’OP. Par ailleurs, il faut dire que le laxisme du gouvernement vis-à-vis des actes de provocation des éléments de l’«opposition» a quelque peu encouragé ces derniers à poursuivre sur le même chemin puisque aucune mesure n’est prise à leur encontre.
En tout cas, le gouvernement doit se montrer vigilant face à cette situation où il est attaqué de toute part par les membres du secteur macouto/bourgeois, surtout en ce moment crucial où le secrétaire général de l’OEA, César Gaviria, suivant la résolution 1959 adoptée en juin dernier au Chili, s’apprête à soumettre un rapport relatif à la capacité de la Mission spéciale de trouver des solutions viables à la crise du pays.