Le 13 août ont été chantées en l’église Sainte-Anne de Port-au-Prince les funérailles de Bruno Joseph, Escadin Domy, François David, Marie Rose Pierre et Moïse Bien-Aimé. Ces cinq patriotes sont tombés au cours de la manifestation organisée à Cité soleil le 12 juillet dernier par le Groupe des 184 conduit par André Apaid sous la protection d’agents de sécurité fortement armés en présence des responsables de la Mission spéciale de l’OEA, des diplomates et des représentants des institutions internationales accrédités en Haïti venus appuyer la provocation dirigée par Apaid.
Au cours de la cérémonie, les familles des victimes ont dignement réclamé «justice et réparation» au Groupe des 184 et exigé l’arrestation du leader de ce Groupe André Apaid. Mais la «responsabilité causale» de la Mission spéciale de l’OEA en Haïti dans ces tragiques événements n’est pas pour autant négligeable.
En effet, le communiqué du Groupe des 184 du 12 juillet, qui «rend un hommage mérité aux ambassadeurs des pays amis d’Haïti et aux différents représentants des institutions internationales qui ont tenu à observer ces rencontres pacifiques… qui ont pour but de sensibiliser la nation à bâtir un lendemain meilleur», conclut que ses membres, «Associations et Institutions du secteur privé souhaitent que les blessures et le sang des victimes serviront de stimulus à tous ceux qui luttent pour la défense des idéaux démocratiques et l’avènement d’une nation juste et équitable».
Aucune des trois résolutions 806, 822 et 1959 adoptées par l’OEA sur Haïti au cours des 18 derniers mois ne mentionne nulle part le nom du Groupe des 184, qui n’est pas un parti politique légal. En outre, en rejetant le 31 mars 2003 la tenue des élections parlementaires et locales en 2003 prônées par la Résolution 822, le Groupe des 184, qui pratique ainsi «l’option zéro», ne peut être considéré comme un partenaire du renforcement de la démocratie dans le cadre du mandat de la Mission spéciale de l’OEA.
Celle-ci déclare néanmoins dans ce contexte par un communiqué du 14 juillet sur les tragiques événements de Cité Soleil que «la Mission spéciale qui n’a aucune visée politique particulière dans les affaires du pays et qui n’appuie aucun groupe politique haïtien, était présent comme observateur selon les termes de son mandat dans la résolution CP822, c’est-à-dire pour surveiller et faire rapport».
Qu’en dit exactement la 822 en question, par laquelle l’OEA décide aux points 12, 13 et 16 ? «12. De réaffirmer les mandats du Secrétaire Général et de la Mission spéciale de l’OEA… et de charger le Secrétaire Général de renforcer davantage la Mission spéciale de l’OEA en Haïti pour qu’elle soit en mesure d’appuyer et de surveiller la mise en œuvre de la présente résolution et de toutes les résolutions de l’OEA ainsi que de tous les engagements du gouvernement d’Haïti, et en même temps de faire rapport sur cette mise en œuvre, selon le prescrit de ces résolutions … Ces engagements sont les suivants : a. Renforcement des institutions démocratiques, y compris des partis politiques, de façon à garantir un régime plural de partis politiques ; b. Formation d’un nouveau Conseil Electoral Provisoire (CEP)… »
« 13. La Mission spéciale de l’OEA aura également pour attributions : a. d’appuyer et de surveiller la fourniture, par la communauté internationale et l’OEA, de l’assistance technique dans le cadre des élections avant et après la tenue des comices de 2003, ainsi que le déploiement d’une mission d’observateurs des élections pour observer tous les aspects du processus électoral et en même temps de faire rapport sur la fourniture de cette assistance et sur le déploiement de cette mission».
«16. D’appeler également la communauté internationale à fournir un appui technique et un appui financier pour les élections de 2003, tout particulièrement au moyen de l’observation de la formation et des opérations du CEP avant les élections, des opérations post-électorales et des élections proprement dites».
Il s’ensuit que la Mission spéciale de l’OEA n’est autorisée par la Résolution 822 à «surveiller et faire rapport» que sur le renforcement des institutions démocratiques et des partis politiques, la formation d’un nouveau CEP, la fourniture de l’assistance technique et financière de la Communauté internationale et de l’OEA pour les élections de 2003, et le déploiement des observateurs étrangers désireux d’observer les différents aspects du processus électoral.
En cautionnant sciemment par sa présence la manifestation politique sanglante organisée le 12 juillet à Cité Soleil sous la protection des agents de sécurité armés, en présence des diplomates et des représentants des institutions internationales par le Groupe des 184, qui n’est pas un parti politique légal ni un partenaire du renforcement de la démocratie au sens des résolutions de l’OEA, alors que le désarmement des bandes armées par le gouvernement haïtien préconisé par la résolution 822, est malicieusement invoqué comme prétexte d’insécurité par les partisans de l’«option zéro» pour refuser les élections anticipées en 2003, la Mission spéciale de l’OEA est ainsi délibérément sortie du cadre de son mandat de «surveiller et faire rapport».
De même que les diplomates et représentants des institutions internationales se sont discrédités eux-mêmes par leur participation, en violation manifeste de la Convention de Vienne, à cette manifestation violente, qui n’avait aucun caractère de fourniture d’un appui technique et financier «pour les élections de 2003», encore moins «l’observation de la formation et des opérations du CEP avant…», pendant et après les élections, au sens des dispositions du point 16. de la Résolution 822.
Officiellement, le mandat de la Mission spéciale de l’OEA en Haïti consiste à renforcer la démocratie et à promouvoir les droits de l’homme. Et non à cautionner arbitrairement, par calcul géopoliticien, des entreprises obscures qui mettent en péril le droit sacré à la vie du peuple haïtien.
Par conséquent, en hommage à la mémoire des cinq martyrs patriotes tombés le 12 juillet à Cité Soleil, le chef de la Mission spéciale de l’OEA, David Lee devrait démissionner.