A l’approche de la date du 8 septembre fixée par le ministère de l’Education nationale pour la rentrée des classes, les parents, particulièrement ceux des couches sociales défavorisées doivent faire face à des difficultés accrues cette année encore. Et pour cause, car malgré une situation économique qui continue à se détériorer, les frais de scolarité, y compris les fournitures scolaires et uniformes connaissent une augmentation exponentielle.
Effectivement, par rapport à l’année dernière, d’un établissement à un autre, les frais d’écolage accusent une augmentation se situant entre 50 et 80 %. Il va sans dire que dans ces circonstances les autorités de l’Education nationale devraient assumer leurs responsabilités et prendre certaines dispositions pour permettre à de nombreux enfants de pouvoir se présenter dans une école au mois de septembre. «L’Etat est responsable de cette situation, parce que les autorités n’ont pas le contrôle des écoles… Personnellement, j’ai sept enfants dont je dois m’occuper sans le support d’un père; un qui est en classe de 4ème au collège Dei Virtus. La direction de cette école exige pour ce niveau 3750 gourdes alors que l’année dernière j’avais payé 2000 gourdes. Afin d’éviter cette dépense je voulais que mon enfant suive des cours cette année au lycée Marie-Jeanne, mais la personne qui devait m’aider à obtenir une place dans cette école m’a réclamé pour sa part 3500 gourdes … L’Etat haïtien devrait faire quelque chose pour remédier à cette situation», a déclaré une mère à Haïti-Progrès.
Outre les contraintes relatives aux frais de scolarité, l’achat des manuels et autres matériels scolaires constitue une autre source de souci en dépit de la subvention de 70% octroyée par le gouvernement pour les manuels scolaires.
En outre, il importe de s’interroger sur la qualité de l’enseignement offert par ces établissements en fonction des exigences monétaires de leurs responsables. Car, il est un fait que la prolifération des écoles ne répondant à aucune des normes établies par le ministère de l’Education nationale contribue aux taux élevés d’échecs enregistrés régulièrement aux examens officiels du bac. Cependant, il faut noter que le nombre réduit des écoles publiques, qui ne peuvent d’ailleurs répondre à la demande, a favorisé le développement dans le pays d’une multitude d’établissements scolaires fonctionnant au petit bonheur, des écoles «borlettes» comme on les surnomme.
Malheureusement, au moment précis où la population voudrait voir le ministère de l’Education intervenir, c’est plutôt celui choisi par le directeur général de l’Education Camille Gouin pour s’en prendre publiquement à sa ministre Marie Carmelle Paul Austin. Gouin a même cru bon de convoquer une conférence de presse le 20 août pour accuser son supérieur d’avoir détourné 14 millions, déclarant entre autres: «Les députés sont au courant de la gabegie qui prévaut ici au ministère. De même, ils savent que des sommes sont gaspillées à la suite du déroulement des examens du baccalauréat… J’ai des preuves pouvant démontrer que les députés reçoivent de l’argent. Tous les députés ne sont pas impliqués dans cette histoire, il s’agit d’un petit groupe de trois ou quatre députés; et avec ces preuves je peux les démolir», a-t-il prétendu. Vrai ou faux, là n’est pas la question, et on s’interroge plutôt quant au canal choisi, sans aucune autre démarche préalable, par le directeur général pour exposer ses dénonciations. La ministre Marie Carmelle Paul Austin a en effet indiqué qu’elle ne comptait pas s’engager dans une polémique sur les ondes avec Camille Gouin. Ce dernier ne serait-il pas en train d’exercer un chantage contre les parlementaires qu’il a menacé de «démolir»? Car ses «révélations» arrivent justement après l’exigence de sa démission faite par les parlementaires après que l’un de leurs confrères, le député Géraud Charles eut été brutalisé au ministère de l’Éducation par des agents de sécurité de ce même Camille Gouin.
En fait, ce directeur général semble avoir beaucoup plus à se reprocher qu’il n’aurait de raisons de vilipender son supérieur. En foi de quoi ses agents de sécurité avaient-ils brutalisé le député Géraud Charles qui voulait justement le rencontrer? Est-ce que ses cerbères avaient reçu des ordres pour malmener un parlementaire trop curieux qui insistait un peu trop pour le rencontrer? Que Camille Gouin ait choisi de convoquer une conférence de presse aussitôt pour s’épancher publiquement montre plutôt qu’il n’a pas la conscience en paix. Ce faisant il savait très bien qu’en ajoutant de l’eau au moulin des adversaires du gouvernement, il se ferait d’emblée des alliés. Et en effet les dirigeants du Corps national des enseignants d’Haïti (CONEH) se sont empressés à leur tour de présenter une conférence le 22 août pour exiger la démission de la ministre Marie Carmelle Paul Austin pour «incompétence». En attendant les difficultés des parents et des élèves face à la rentrée demeurent entières, et le directeur général Camille Gouin ne pourra pas s’éclipser ni nier ses reponsabilités en faisant diversion. La ministre non plus ne saurait rester indifférente devant la situation de l’éducation en général.