Au cours d’une conférence de presse le 5 août, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Benjamin Dupuy, a annoncé la décision du PPN de participer aux élections qui doivent être organisées avant la fin du mois de décembre conformément à la Constitution. Ben Dupuy a également sévèrement condamné la contrebande des armes illégalement introduites dans le pays pour alimenter la déstabilisation du gouvernement et les activités terroristes.
Pour expliquer la participation de son Parti aux élections, le secrétaire général du PPN déclare notamment: «D’ici à janvier 2004, le mandat de nombreux élus parlementaires Lavalas qualifiés de ‘contestés’ par la presse réactionnaire arrivera à terme. Parallèlement, les membres de la Convergence s’activent pour entraîner le pays dans une situation chaotique susceptible de justifier une intervention militaire étrangère qui les aiderait à renverser le pouvoir Lavalas. C’est dans ce sens qu’ils se livrent à des tergiversations pour faire passer le temps inutilement. Par conséquent, nous accueillons favorablement la décision du gouvernement d’organiser les élections législatives et communales avant la fin décembre, pour éviter au pays de sombrer dans un nouveau vide institutionnel tel qu’en 1999.»
Cependant, l’«opposition», comprenant la Convergence Démocratique, le Groupe des «184» et sa mal nommée «Caravane de l’espoir» et les ONG qui mangent au même râtelier, persiste à revendiquer l’établissement préalable de la sécurité en application de la Résolution 822 de l’OEA, avant de désigner des représentants au CEP, sans aucune considération des échéances électorales fixées par la Constitution.
Pour Ben Dupuy, ce que l’Organisation hémisphérique appelle «Accord initial» n’est en fait qu’un «désaccord initial», puisqu’à l’occasion d’un précédent séjour dans le pays de l’assistant secrétaire général de l’OEA, Luigi Einaudi, les leaders de l’«opposition» avaient refusé de répondre à l’invitation du président Aristide au Palais national pour signer ce document.
Une opposition fictive qui n’a aucun programme politique ni aucune base populaire, qui n’existe donc que par le soutien des médias et les donations financières des pays étrangers, n’a aucun intérêt à se présenter aux consultations populaires. Et le secrétaire général du PPN de souligner: «Nous pouvons constater qu’il n’existe que deux grandes formations politiques dans ce pays, qui sont le Parti Fanmi Lavalas et le Parti populaire national. Celui-ci a récemment organisé deux grandes manifestations à Port-au-Prince réunissant chacune plus de dix mille personnes.»
Interrogé à savoir s’il estime que les conditions de sécurité sont actuellement réunies pour organiser les élections, Ben Dupuy répond affirmativement, précisant que les élections sont continuellement organisées sans exigence de sécurité préalable en Colombie, où sévit la guerre civile depuis 40 ans. Sur les déclarations de refus de participation au CEP en dehors des exigences de sécurité formulées par la Résolution 822, faites dans les médias par divers leaders de l’«opposition», Dupuy tranche fermement: «Nous savons qu’ils diront que les Etats-Unis ne reconnaîtront pas ces élections s’ils ne les contrôlent pas. Mais nous leur disons que les Etats-Unis n’avaient pas reconnu notre indépendance quand nous l’avons acquise dans le sang en 1804.»
Pourtant, on assiste en même temps à l’accroissement des actes terroristes, dont le dernier en date commis par un commando a été perpétré contre cinq représentants du ministère de l’Intérieur dans le Plateau Central. Quatre de ces agents sont morts sur le coup, le cinquième grièvement blessé est encore hospitalisé. A cet égard, Ben Dupuy déclare: «Ils (l’opposition) vont intensifier leurs manoeuvres de déstabilisation et l’action des groupes terroristes qui mènent la même politique qu’eux. Disons les choses comme elles sont: les groupes terroristes qui opèrent dans le Plateau Central et à Fort-Liberté, à Petit-Goâve constituent définitivement le bras armé de cette opposition, dont l’unique agenda est l’option zéro.»
Des armes lourdes entrées illégalement ont été saisies le 1er août par les douaniers à l’aéroport de Port-au-Prince entre les mains de quinze ressortissants nord-américains qui ont déclaré travailler pour le Pentagone. Un fait reconnu par l’ambassade des Etats-Unis en Haïti, qui l’attribue toutefois à une erreur de procédure du Pentagone. Une thèse dont la sincérité paraît douteuse à Dupuy, du fait que «l’administration américaine est performante et disciplinée». Il pense plutôt que l’ambassadeur nord-américain arrivé en fin de séjour, Brian Dean Curran, a voulu profiter de son départ pour faire de la contrebande d’armes pour renforcer son front armé intérieur. Pour Ben Dupuy, il existe en effet deux fronts armés dans le pays: «un front fonctionnant à la frontière dominicaine et un autre à l’intérieur du pays».