Plusieurs officiels du gouvernement Lavalas ont assisté le vendredi 1er août aux obsèques des quatre employés du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales assassinés le 25 juillet dernier dans le Plateau Central. Jean Mary Despeignes, Chériel Augustin, Wilfrid Thomas et Adrien Augustin avaient été attaqués par le groupe de bandits basé depuis quelques mois dans la région de Pernal, non loin de la ville frontalière de Belladère, et opérant à la solde de l’«opposition». En route pour aller prendre part à l’installation de deux nouvelles commissions communales dans ce département, dans la zone dite de Waseck, ils étaient tombés dans une embuscade. Mayence Félix, qui faisait également partie de la délégation, a eu miraculeusement la vie sauve et il avait pu être transporté assez rapidement à un centre hospitalier en République dominicaine.
Au cours de ces funérailles à la cathédrale de Port-au-Prince, le père René François, dans son homélie, a présenté les défunts comme des victimes de l’intolérance qui gagne du terrain dans le pays. «Ces actes de violence sont également le résultat du non-respect des valeurs démocratiques», a-t-il dit. Pour sa part, le Premier ministre Yvon Neptune, présent ainsi que la plupart des membres de son cabinet, a exhorté tous les secteurs à travailler à l’instauration d’un environnement de paix et de sécurité dans le pays. Toutefois, les autorités Lavalas devraient pouvoir se rendre à l’évidence pour comprendre que la violence enregistrée sans cesse dans la région frontalière n’a qu’un objectif, celui de déstabiliser le pays, et que ses auteurs ne tiendront point compte des appels à la paix Et ces attaques de «l’opposition», que le secrétaire général du Parti populaire national (PPN) Benjamin Dupuy qualifie de «guerre de basse intensité», peuvent prendre des formes multiples, comme la désinformation, mais l’action des comploteurs, tant nationaux qu’internationaux, doit se conformer au but visé qui est de préparer le terrain pour une nouvelle intervention des Marines des Etats-Unis dans le pays.
Parlant de désinformation, il n’est pas rare non plus, et c’est même une pratique éprouvée, pour «l’opposition» et ses tuteurs de recruter une «cinquième colonne», moyennant une «récompense», pour conforter leur propagande mensongère. Ainsi en est-il des déclarations du dénommé Johnny Occilus, ancien employé de la mairie de Cité Soleil, selon lesquelles des autorités Lavalas avaient planifié à l’avance les affrontements du 12 juillet survenus dans cette municipalité populaire de l’aire métropolitaine, à l’occasion de la visite de la «Caravane de l’espoir» du «Groupe des 184». Dans un enregistrement largement diffusé par les médias dits «indépendants» le 30 juillet, l’ex-directeur-adjoint du Domaine de l’administration communale de Cité Soleil, Johnny Occilus a prétendu qu’un plan visant à empêcher la pénétration des membres du «Groupe des 184» dans la zone avait été minutieusement préparé au local de la mairie sous la direction du maire principal, Fritz Joseph, et avec la complicité de plusieurs responsables du gouvernement. John Occilus ne s’en est pas arrêté là, et dans un véritable accès de logorrhée il a révélé ses nombreuses autres «découvertes», parlant de l’existence de plusieurs gangs armés agissant à la solde de personnalités gouvernementales, dont le ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert, l’ancien directeur de la Police nationale (PNH) Jean-Claude Jean-Baptiste et la directrice départementale de l’Ouest de la PNH, Hermionne Léonard. Inutile de dire que la «récompense» promise à Occilus pour ses «révélations» et pour son imagination est arrivée très rapidement, car il a aussitôt obtenu un visa d’entrée pour les Etats-Unis vers où il s’est tout aussi vite envolé. Pur hasard?, mais le fait est que c’est sans aucune gêne que l’ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince, Brian Dean Curran, confirmant la présence de Johnny Occilus dans son pays, aura choisi justement d’affirmer que les «informations» fournies par celui-ci correspondaient aux résultats de sa propre enquête. «Ce qu’il (Johnny Occilus) a dit, par exemple, sur ce qui s’est passé le 12 juillet correspond à nos propres investigations. Et donc, nous avons tendance à donner de la crédibilité à sa déclaration» a raconté Dean Curran dans un point de presse le 31 juillet. Il n’a fait ainsi que confirmer qu’Occilus avait bien appris sa leçon pour mériter son visa et son voyage!
Commentant de son côté cette affaire, le ministre des Affaires étrangères Joseph Philippe Antonio a rappelé que l’informateur de l’ambassadeur avait été révoqué de son poste quelque temps auparavant pour escroquerie et extorsion de fonds, selon les indications fournies par les maires adjoints de Cité Soleil. «Ce n’est pas la première fois qu’on entoure d’un tissu de mensonges des événements réels dans le seul objectif de chercher à discréditer les autorités constitutionnelles. Nous ne cèderons pas aux mensonges et aux provocations qui sont souvent le résultat de frustrations, ni aux manœuvres visant à jeter des fleurs à certains secteurs qui ont aujourd’hui des objectifs inavoués», a déclaré le ministre qui s’est lui aussi étonné de l’extrême facilité dont a bénéficié Occilus pour obtenir un visa d’entrée aux Etats-Unis pour quitter le pays aussitôt.
Il n’est pas le premier ni le dernier à utiliser ce subterfuge pour se tirer d’affaire. On l’a vu d’ailleurs précédemment avec l’ex-directeur général a.i. de la PNH, Jean-Robert Faveur. Et à un autre niveau, arrive à présent le cas de l’ancien porte-parole de la PNH, Jean Dady Siméon qui vient de solliciter l’asile politique à Montréal, au Canada où il se trouve actuellement. Siméon, qui occupe en principe actuellement le poste de directeur du Bureau de communication de la PNH, s’est montré moins féroce pour sa part malgré les invites pressantes de certaines stations de radio communautaires montréalaises qui voudraient lui en faire dire plus qu’il ne saurait imaginer. Il a simplement dit grosso modo faire l’objet de certaines pressions, sans toutefois préciser la nature de celles-ci. Il est évident qu’à ce poste il faut évidemment avoir les nerfs très solides, et qu’il se pourrait que Siméon aura choisi d’aller vivre en «paix» à Montréal. Quelle autre raison pouvait-il trouver pour trouver refuge dans ce pays, sinon de se réclamer du droit d’asile? L’essentiel pour les plans de déstabilisation de l’impérialisme, c’est d’obtenir par un moyen ou un autre le départ de certains fonctionnaires bien précis pour l’étranger.
Il nous faut aussi signaler l’incident enregistré le 1er août à l’aéroport international Toussaint-Louverture où quinze citoyens des Etats-Unis qui, semble-t-il, avaient été dépêchés en Haïti par le Pentagone pour évaluer le système de sécurité de son ambassade à Port-au-Prince, ont été fouillés puis dépouillés de leurs armes à feu, provoquant l’émoi de Radio Kiskeya dont la direction n’a pu comprendre comment les douaniers avaient osé faire une telle chose! Il est vrai qu’après les éloges dithyrambiques adressés dernièrement par l’ambassadeur Dean Curran à l’animatrice vedette de cette station Liliane Pierre-Paul, on ne saurait s’attendre à moins! Pourtant intervenant sur cette affaire, la porte-parole de l’ambassade Judith Tronzo a préféré évoquer un manque de coordination entre le Pentagone et le Département d’Etat, que ces 15 personnes aient débarqué dans le pays avec ces armes sans la moindre autorisation. «Le 1er août effectivement il y avait 15 techniciens américains qui entraient et qui avaient avec eux les armements que la Douane a retenus. Quand nous avons pris connaissance de l’incident, nous étions tout à fait d’accord avec la décision de la douane et nous avons fait repartir le jour même ces quinze personnes. Ces dernières étaient venues faire l’évaluation de la sécurité de l’ambassade. Ce problème est dû à mon gouvernement. C’est une question de papiers qui n’était bien comprise entre le Département d’Etat et celui de la Défense» a déclaré Trunzo.
Il va sans dire qu’il n’y a point eu d’absence de «compréhension» entre le Département d’État et la Défense, et que l’arrivée de ces quinze fonctionnaires armés n’avait rien d’innocent. Une nouvelle forme de provocation, de mise en condition, sans aucun doute. Pourquoi ces évaluateurs portaient-ils des armes? L’ambassade des Etats-Unis dans la capitale haïtienne ne dispose-t-elle pas déjà d’un petit contingent de Marines au cœur même de Port-au-Prince? Il y a peu encore, comme on le relatait la semaine dernière, la porte-parole de l’ambassade choisissait de démentir des «rumeurs» à la date du 28 juillet qui correspond à la date du début de l’occupation du pays en 1915, alors que le Département d’État l’avait fait depuis le 17 juillet (voir Haïti-Progrès, Vol. 21 No. 20, «Nouvelle intervention?» Ce ne sont là que des raisons de plus, dans la conjoncture, pour que le régime Lavalas prenne conscience de l’imminence du danger qui plane sur le pays et agisse en conséquence, en commençant par dénoncer ces manœuvres préparatoires au pire.