23 Juillet,  2003

July 23, 2003

23 Jiyé,   2003

Vol. 21 No. 19
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L'incendie de ce marché survient comme par hasard à peine quatre jours après l'échec de la visite du «Groupe des 184» à Cité Soleil, c'était la consternation, des marchands ont vu brûler sous leurs yeux leurs marchandises...

Un incendie s'est déclaré dans la nuit du 17 au 18 juillet au marché «Mc Donald», appelé aussi marché «Gare» et encore marché «Guérite», construit durant la période de l'Occupation américaine (1915 ˆ1934) et situé entre le marché du Port et le marché Hyppolite. Ce sinistre a frappé durement le secteur commercial informel de Port-au-Prince et de tout le pays, car une intense activité s'y déroule habituellement, sans compter leurs stocks que les marchands y entreposent. En outre la plupart de ces petits commerçants se retrouvent privés de leurs sources de revenu et ce, à environ un mois de la rentrée des classes.

C'est peu de temps après minuit que le marché a été la proie des flammes, et des marchands ont vu brûler sous leurs yeux leurs marchandises. Évidemment les pertes sont inestimables, c'était la consternation, car la plupart y entreposaient leurs stocks. Un des sinistrés, membre d'une corporation d'environ 15 marchands de charbon, Vilès Rosemé, a affirmé que son groupe venait d'enregistrer une perte de 150 mille gourdes: «Nous sommes plus de 15 marchands de charbon dans un seul entrepôt et nous avons fait une perte de plus de 150 mille gourdes.»

«Oh mes amis, disait une autre, qu'est-ce que je vais faire à quelques semaines de la rentrée des classes? Je ne crois pas que je vais pouvoir trouver une école nationale à l'heure actuelle, mes enfants vont rester à la maison; puisque j'ai tout perdu dans cet incendie.» De son côté, un commerçant a fait remarquer qu'en maintes fois des individus ont fait part aux marchands de leur intention d'incendier le bâtiment, et qu'à chaque fois, ces derniers ont toujours pris le soin d'aviser les autorités policières qui n'y ont jamais porté attention. Il profitait aussi pour dénoncer l'absence de mesures de sécurité dans cet endroit où des tonnes de marchandises sont continuellement entreposées. Il s'agit sans aucun doute d'un laisser-aller où aucune disposition préventive n'existe malgré les différents et successifs actes de sabotage effectués par les agents de la déstabilisation.

Des débris carbonisés brûlaient encore ce jeudi matin après le départ des pompiers au milieu de la journée. Le chef du gouvernement, Yvon Neptune qui s'était rendu sur les lieux en compagnie d'une importante délégation de la Police a déclaré en la circonstance que «l'ennemi a frappé à un moment où le chef de l'Etat s'évertue à créer un climat de paix dans le pays...» Il a annoncé l'ouverture d'une enquête. Pour sa part, Jonas Petit, coordonnateur de Fanmi Lavalas, le Parti au pouvoir, a abondé dans le même sens que le Premier ministre et a invité les responsables de la Police et de la Justice à faire diligence pour retrouver les coupables de cet incendie. Harry Clinton, ministre des Travaux publics a soutenu qu'il s'agissait d'un incendie criminel, disant: «Remarquons bien que l'incendie a duré plus de douze heures en dépit de la présence des pompiers et du CNE que j'ai mobilisé depuis 4 heures du matin suite à un appel du Premier ministre m'informant de cet incendie», précisait-il. De son côté, le maire de la capitale, Yves Médard a indiqué que sa municipalité n'avait pas les moyens de dédommager les victimes et a fait appel à la solidarité des citoyens pour venir en aide aux sinistrés. Il a aussitôt lancé un marathon. Le président Aristide, qui recevait les victimes au Palais national, dans l'après-midi du même jour, a pour sa part présenté l'incendie du marché «Mc Donald» comme une véritable catastrophe, et a annoncé des mesures concrètes, comme la création d'un fonds de 10 millions de gourdes à la Banque nationale de crédit (BNC) pour venir en aide aux sinistrés. Il a ajouté qu'un comité a déjà été mis sur pied à cet effet pour identifier les étalagistes qui ont perdu leurs marchandises dans les flammes. «Les victimes ne doivent pas l'être doublement», signalait-il.

Cependant, on osait ne pas y croire, mais l'«opposition», particulièrement des leaders de la Convergence Démocratique, n'ont pas hésité à vouloir s'en prendre au gouvernement face à ce drame. L'un d'eux, le dénommé Evans Paul alias K-Plim n'a rien trouvé d'autre à dire en ces circonstances qu'il voyait d'un mauvais oeil le geste du président Aristide envers les sinistrés, car il ne voulait ainsi que se faire du capital politique! À son avis, le Président aurait dû fermer les yeux et laisser à eux-mêmes ces malheureux ? ou peut-être lui confier cet argent pour «l'administrer»? Il est évident que K-Plim ne refuserait pas une telle aubaine!

L'incendie de ce marché survient comme par hasard à peine quatre jours après l'échec de la visite du «Groupe des 184» à Cité Soleil, et sans chercher exactement à voir un rapport de cause à effet, on ne peut s'empêcher de remarquer que cet acte criminel s'inscrit à la suite de plusieurs autres, pour faire régner la terreur, affamer la population pour qu'elle retire son appui au régime constitutionnel. Rappelons que les méthodes des secteurs anti-changement n'ont point changé, car c'est le troisième marché public qui passe au feu dans l'aire métropolitaine: il y avait eu déjà les incendies du marché «Salomon» en 1987 et de celui de «Hyppolite» en 1991. Au nouvel appel au dialogue lancé par le président Aristide deux jours plus tôt, le 15 juillet, le jour anniversaire de ses cinquante ans, la branche armée de l'«opposition» répond encore une fois par une action terroriste contre la population.