Alors que le président Jean-Bertrand Aristide ne cesse de multiplier les invitations au dialogue à l'adresse de l'«opposition» pour résoudre la «crise» qui gangrène actuellement le pays, - et la dernière en date a été lancée le 15 juillet au cours d'une cérémonie organisée au Palais national à l'occasion de son 50ème anniversaire, - cette «opposition» de son coté semble inexorablement déterminée à déstabiliser le pays et le pouvoir en place.
Dans ce cadre, et depuis l'ultimatum lancé au début de juin dernier par le secrétaire d'Etat des Etats-Unis Colin Powell intimant l'ordre au gouvernement d'établir avant septembre un climat favorable à l'organisation des élections législatives et locales dans le pays, sinon il y aurait une réévaluation par Washington du rôle de l'OEA, l'«opposition» a redoublé d'efforts pour mener toutes sortes d'actions subversives pour semer davantage d'insécurité dans le pays. L'objectif visé est clair. Il s'agit de déstabiliser par tous les moyens, même ceux les plus ignobles, le pouvoir actuel.
Pour preuve, elle a utilisé toutes sortes de stratagèmes dont particulièrement la prolifération d'actes terroristes perpétrées, selon certaines autorités du gouvernement par son bras armé à travers tous le pays. Regroupant d'anciens militaires des anciennes Forces armées d'Haïti dont la base arrière est en République dominicaine elle a intensifiée ces attaques contre la population. Les municipalités du Plateau Central voisine de la frontière, notamment Belladère et Lascahobas, constituent bien entendu des cibles privilégiées pour faire les frais du plan macabre des «opposants» au gouvernement. Au cours de la plus récente attaque contre le sous-commissariat de Lascahobas dans la nuit du 21 juin, on a déploré six blessés dont 2 grièvement.
D'autre part les éléments bourgeois de l'«opposition» représentés notamment par le groupe des «184 organisations», dans le cadre de leur démarche de provocation vis-à-vis du gouvernement consistant à traverser le pays pour présenter un soi-disant «nouveau contrat social», ont occasionné le 12 juillet des échauffourées entre eux et la population de Cité Soleil où ils avaient sciemment choisi de terminer leur périple, occasionnant du coup, selon le ministère de l'Intérieur, la mort de trois personnes par balles. Connaissant l'attachement des riverains de cette municipalité pour Aristide, ceux-là mêmes que les membres des «184» ne ratent pas une occasion de traiter de «chimères», ceux-là mêmes qui ont encore en mémoire les liens étroits que les membres des «184» partagaient avec les militaires qui n'hésitaient pas à les massacrer durant la période du coup d'Etat, ils savaient pertinemment qu'ils réagiraient. Les blessures sont encore très vives, car ce sont plus de cinq mille personnes qui avaient été massacrés durant ces trois années (1991-1994). Mais cela fait justement partie de leur plan visant à faire état de l'intolérance des organisations populaires (OP) proches du pouvoir afin de mieux crier à l'insécurité. Cependant personne n'est dupe pour comprendre qu'il s'agissait d'un traquenard tendu à ces OP en vue de les acculer devant la «communauté internationale» qui d'ailleurs, ne cesse d'exhorter le président Aristide à s'en débarrasser.
De plus, et dans le cadre de ces assassinats perpétrés le 12 juillet à la Cité Soleil, une invitation a été émises par le commissaire du gouvernement Josué Pierre Louis, contre le dirigeant de la «caravane de l'espoir», André Apaid Junior, à partir d'un dossier élaboré par un juge de paix de cette municipalité faisant état des plaintes des victimes.
André Apaid devait comparaître au parquet de Port-au-Prince le 18 juillet, mais il ne s'y est pas rendu, se faisant représenter par ses avocats. Et le même jour il a ouvertement déclaré au cours d'une conférence de presse, que le Groupe des «184 organisations» était déterminé à retourner à Cité Soleil, autrement dit à renouveler la provocation au moment opportun!
Simultanément les différents secteurs complices ne restent pas non plus inactifs. Dernièrement, le 29 juin, c'était le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray qui lançait son «Grand Front Centre Droit» (GFCD) (voir Haïti-Progrès Vol 21, #17 du 9 au 15 juillet 2003). Quelle alternative peut-on attendre de Hubert De Ronceray sinon que la re-instauration dans le pays du régime sanguinaire des macoutes ? Ce dernier n'avait-il pas écrit lors de la mort de Duvalier père en 1971 : «François Duvalier n'était pas un personnage à la mesure commune de l'humanité. Il avait rencontré Dieu» ? (tiré de Le Nouveau Monde du 28 avril 1971 et rapporté par le Petit Samedi Soir en juin 1985 #587.) Et son acolyte dans la Convergence Démocratique, Gérard Pierre-Charles annonçait de son côté la création d'un Parti «socialiste» pour l'année prochaine en compagnie des opportunistes à son image, Serge Gilles et Victor Benoît. Justement, ce dernier célébrant le 20 juillet la réouverture des locaux de son propre parti, le Conacom, affichait sa détermination à poursuivre la lutte contre le gouvernement constitutionnel et préconisait la tenue d'élections générales en 2004, faisant ainsi fi des prescriptions contenues dans la résolution 822 de l'OEA selon lesquelles il ne devrait avoir que des élections législatives et locales au cours de cette année. Cette idée de scrutin général a été notamment soutenu par le responsable du KID/Convergence Evans Paul qui a estimé que ces élections devraient se faire sans Lavalas qui constitue d'après lui un obstacle à leur réalisation. Finalement après avoir bénéficié de l'appui de l'OEA dans toutes leurs tractations contre le gouvernement, ils se rangent sur la consigne de Colin Powell, crachant désormais sur la Résolution 822 de l'OEA.
Somme toute, un vaste complot international se trame contre le pouvoir et le Parti populaire national (PPN) l'a bien compris. En effet, par la voix de son secrétaire général, Benjamin Dupuy, lors d'une conférence de presse le 14 juillet, il a dénoncé les manoeuvres de cette élite qui voudrait d'après lui revenir au statu quo. Dupuy a exhorté le gouvernement à se montrer plus vigilant: «Le gouvernement est là pour défendre la sécurité et la paix sociale dans le pays. En conséquence, il doit prendre des dispositions visant à contrecarrer les terroristes qui proviennent de l'autre côté de la frontière. Ces derniers oeuvrent dans le cadre d'une politique classique de déstabilisation par la terreur comme celle qui avait été appliquée au Nicaragua contre le gouvernement sandiniste», a-t-il fait remarquer.
De plus, dans une autre entrevue réalisée le 21 juillet sur les ondes de la TNH, il a fait ressortir les implications internationales, notamment des Etats-Unis et de la République dominicaine, dans ce complot international. D'une part, déjà le 9 juillet écoulé, au cours d'un séminaire tenu en République dominicaine portant sur la sécurité frontalière, et auquel a participé Gérard Pierre-Charles de l'OPL, le lieutenant-général Miguel Soto Jimenez a déclaré qu'Haïti représente une menace pour la république voisine. On comprend mal, selon Ben Dupuy l'origine de cette menace vue qu'Haïti n'a pas d'armée et que les dominicains sont les grands bénéficiaires dans l'exploitation de la main d'oeuvre haïtienne.
D'autre part, l'idée d'envoyer une force internationale dans le pays pour réaliser des élections législatives et locales fait déjà son chemin au sénat des Etats-Unis. Pour preuve, monsieur Dupuy a mentionné la déclaration d'un certain docteur Rodolphe Moïse haïtien prétendument d'origine, mais certainement beaucoup plus acquis à la cause de l'oncle Sam plutôt qu'à celle d'Haïti, qui en a fait la suggestion en présence du sous-secrétaire d'Etat nord-américain pour les Affaires politiques du Département d'Etat.
Par ailleurs, Ben Dupuy a également mis à jour les aspects inavoués du fameux «Haiti Democracy Project». L'objectif de cette démarche vise à mettre en place un gouvernement «technocrate» dont le rôle essentiel sera de préparer les élections générales qui ne seront en réalité qu'une sélection. Le président Aristide garderait ses fonctions de président mais il n'aurait en réalité aucun pouvoir. En un mot, il s'agit de l'éliminer politiquement en lui octroyant un rôle de potiche et en le coupant définitivement de sa base populaire.
Face à ce complot, il s'agit pour les autorités en place de se ressaisir et de prendre les dispositions nécessaires pour faire respecter le choix délibéré du peuple haïtien en 1991. En tout cas, la base populaire à bien compris les manoeuvres et les tractations de la «communauté internationale» dans ce complot et se prépare déjà à mobiliser ses forces pour contrecarrer les menées subversives des «184» ou «caravane du désespoir».