Dans le cadre de son périple à travers le pays pour présenter son mystérieux «nouveau contrat social» à la population, le «Groupe des 184» avec sa «Caravane de l'espoir» s'est rendu le samedi 12 juillet à Cité Soleil, municipalité populaire de la zone métropolitaine réputée pour son attachement au président de la République. Cette visite avait comme prétexte de servir à compléter le «pèlerinage» à travers le pays. La veille, les organisateurs avaient déjà remis une copie de leur «contrat social» aux représentants des Églises catholique et protestante, Mgr Lafontant Joseph et Mgr Pierre Dumas André. «Le succès de cette caravane est inhérent à la prière» a lancé cyniquement le responsable du «Groupe des 184» le putschiste André Apaid en cette circonstance.
Comme prévu, la «Caravane» a effectivement pénétré à Cité Soleil tôt dans la matinée du 12 juillet, pour se rendre dans le quartier Soleil 4, au Centre Sainte-Thérèse d'Avila des religieux Salésiens, où devait se tenir son rassemblement. Cependant à peine arrivés à l'entrée du bidonville, les «184» et les diplomates étrangers qui les accompagnaient avec leurs cerbères fortement armés, étaient accueillis par des barricades de pneus enflammées et des manifestants qui scandaient des slogans favorables au respect du mandat constitutionnel du président Jean-Bertrand Aristide. Peu de temps après, une grande manifestation rassemblant plus de trois mille personne se dirigeait devant le Centre Sainte-Thérèse d'Avila, où avaient abouti finalement les membres de la «Société Civile» de l'«opposition».
Les choses allaient bien vite dégénérer quand des jets de pierre, partant de toutes les directions, ont commencé à pleuvoir sur la foule et sur l'enceinte du bâtiment qui où se trouvaient les membres de la Caravane. Des coups de feu ont même été entendus du côté des visiteurs qui, comme on le mentionnait plus haut, disposaient d'une garde armée, qui était répartie tout autour du Centre en question. Ces échauffourées ont d'ailleurs fait plusieurs blessés, parmi lesquels cinq journalistes dont notre collaborateur Carlasse Alex. Pour le moment l'état de santé de ce dernier, qui avait été conduit à l'hôpital, est assez stable, contrairement aux informations diffusées triomphalement par certains médias acquis à la cause des «184» de la capitale qui se réjouissaient sans doute de voir une victime au sein de l'équipe d'Haïti-Progrès.
Aussitôt après, les organisateurs de la Caravane, satisfaits d'avoir réalisé cette provocation, ont mis prématurément un terme au rassemblement. Ils ont quand même pris le temps de remettre une copie de leur texte au Père Arthur Volel qui, pour sa part, a profité pour plaider en faveur d'un «pays nouveau» en recevant son exemplaire du «nouveau contrat» que venait de lui remettre le vieux gang de putschistes. Les véhicules du cortège du «Groupe des 184», y compris ceux des ambassades présentes, ont alors essuyé des jets de pierre de la part de quelques manifestants. Les agents de la Police nationale (PNH) dépêchés sur place ont pu limiter les dégâts par leur prompte intervention et éviter que les provocateurs ne puissent sacrifier un «martyr» pour leur propagande.
Malgré tout, le coordonnateur du «Groupe des 184» le putschiste André Apaid a immédiatement rendu le président Aristide responsable de cet affrontement. Selon Apaid, de fortes sommes d'argent avaient été distribuées par le pouvoir pour faire avorter la visite de son groupe à Cité Soleil. «Un montant de 178 mille dollars a été remis à Sò Ann et d'autres membres d'organisations populaires pour orchestrer les violences du samedi 12 juillet. Les autorités n'ont pas pris les dispositions pour sécuriser les membres du Groupe des 184. Ce mouvement a été piloté; le pouvoir ne veut pas d'élections crédibles, ne veut pas de démocratie dans le pays. Aristide n'a pas la volonté de désarmer les gangs, qui sont à son service et sèment la terreur dans ce pays» a-t-il affirmé. Apaid fait du figurisme, mais pour le coup d'État de septembre 1991 il avait versé beaucoup plus que ce misérable montant aux militaires putschistes. Il ne pouvait pas non plus avoir oublié que ce coup d'État avait fait plus de cinq mille victimes, dont la majorité à Cité Soleil. S'attendait-il malgré tout cela à être accueilli en héros, avec des lauriers à Cité Soleil? La responsable du Mouvement des femmes haïtiennes pour l'éducation (MOUFHED), membre du «Groupe des 184», Mme Jessie E. Benoit, et également épouse du leader du KONAKOM/Convergence Victor Benoit, a quand même prétendu: «Cette situation est intenable. Les autorités auraient pu empêcher que ces actes se produisent ... » Pourtant c'est à Apaid qu'elle aurait dû adresser ce reproche, comme nous venons de l'expliquer.
De son côté, la Mission spéciale de l'OEA, dont un représentant a pris part ce jour-là à la Caravane de la «Société Civile» à Cité Soleil, a à son tour versé ses larmes, en disant: «La Mission déplore les actes d'intimidation et de violence, des jets de pierres et de blocage, faits par des personnes et groupes organisés face à un groupe qui voulait visiter Cité Soleil, et qui avait pris toutes les dispositions appropriées pour le faire. Il convient de rappeler que le gouvernement d'Haïti s'est engagé le 28 mars 2003 sur tous ces points dans quatre communiqués de presse» dit sa note publiée le 14 juillet. C'est à croire que ce communiqué avait été préparé bien avant ces événements, et comme d'habitude le gouvernement Lavalas est toujours le coupable, quelles que soient les circonstances!
Pour sa part, le ministre de l'Intérieur et des Collectivités territoriales Jocelerme Privert a annoncé ce 14 juillet en conférence de presse, que trois personnes avaient trouvé la mort. Il n'a pas toutefois donné l'identité des victimes, mais plutôt indiqué qu'une commission d'enquête allait être mise sur pied pour faire la lumière. Le Premier ministre Yvon Neptune, de son côté, n'a pas mâché ses mots et s'est montré assez irrité de voir que cette «opposition» qui se plaît à se plaindre de l'insécurité pour refuser des élections soit celle-là même qui organise des excursions pour provoquer des violences. «Si depuis les élections de 1997, en passant par celles de 2000 pour arriver aux attaques du 28 juillet et du 17 décembre 2001, les tractations continuent pour tromper la vigilance du peuple, entre-temps de soi-disant facilitateurs convertis en opposants s'activent à faire de la provocation. Parallèlement les armes des terroristes de l'opposition sèment le deuil dans le Plateau Central» a déclaré Neptune.
Cette provocation était tellement évidente qu'au cours d'une audition au Sénat nord-américain sur Haïti sur le thème: «Succès et Défis de la politique des Etats-Unis en Haïti » le mardi 15 juillet - que nous traiterons plus en détail dans une prochaine édition -, le sénateur Christopher Dodd, démocrate du Connecticut, intervenant sur ce qui s'est passé à Cité Soleil le 12 juillet, a indiqué justement: «Qu'est-ce qu'ils (les «184») faisaient là ?» «N'était-ce pas comme les protestants qui marchaient durant le mois de juillet dans les quartiers catholiques de Belfast (Irlande du Nord)?...» Dodd n'a point été dupe de cette entreprise de provocation systématique et il l'a affiché ouvertement.
«Le Groupe des 184 cherche à faire de la provocation, à défaut de pouvoir mobiliser leurs partisans. S'ils ont les masses avec eux, ils doivent pouvoir les mobiliser et non se servir d'un petit groupe d'individus pour créer le désordre. Ils parcourent toutes les régions du pays avec leur poignée de gens pour offrir ce qu'ils appellent le «nouveau contrat social», a fait valoir le secrétaire général du Parti populaire national (PPN). Ce n'est donc qu'un prétexte utilisé par ces gens pour justifier le fait qu'ils ne veulent pas que des consultations populaires se fassent. Car, ils savent qu'on ne va pas voter pour eux parce qu'ils constituent l'élite qui a exploité le pays pendant deux cents ans» a poursuivi Ben Dupuy en conférence de presse le lundi 14 juillet.
Cette provocation, en fait, est une autre étape du vaste complot, au niveau international, qui se trame contre Haïti à quelques mois du bicentenaire de l'Indépendance nationale (voir «Actualité», p. 6).