16 Juillet,  2003

July 16, 2003

16 Jiyé,   2003

Vol. 21 No. 18
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L'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran a poussé jusqu'à l'inadmissible son arrogante ingérence en recommandant explicitement de renouveler la classe politique haïtienne par des cadres formés préalablement dans les universités nord-américaines et européennes.
Le 8 juillet dernier, la ministre de la Culture et de la Communication publiait une note où elle rappelait aux diplomates accrédités dans le pays leur rôle et leur limite vis-à-vis de la politique haïtienne, et ce en vertu, soulignait la note, de la Convention de Vienne qui interdit toute immixtion dans les affaires intérieures de l'Etat accréditaire.

Comme pour narguer le gouvernement, au lendemain de cette publication, soit le 9 juillet, dans le cadre d'une rencontre organisée à l'initiative de la Chambre de commerce haïtiano-américaine (HAMCHAM) à l'hôtel Caribe à Port-au-Prince, l'ambassadeur des Etats-Unis Brian Dean Curran a poussé jusqu'à l'inadmissible son arrogante ingérence en recommandant explicitement de renouveler la classe politique haïtienne par des cadres formés préalablement dans les universités nord-américaines et européennes. Dean Curran déployait sa verve comme s'il revenait au département d'Etat des Etats-Unis de décider de ces choses dans le pays. Et malgré cette ingérence flagrante, et des propos très peu flatteurs à leur endroit, les membres du secteur privé en bons laquais de l'impérialisme ont bu les paroles de son représentant, y allant même de bruyants applaudissements. Sans doute suffisait-il que «leur» ambassadeur s'en prenne avec virulence au gouvernement Lavalas pour soulever leurs battements de mains car Curran disait aussi: «A notre avis, le gouvernement n'a pas encore satisfait à d'importants éléments des demandes formulées par la délégation de haut niveau, notamment l'arrestation d'Amiot Metayer qui, en toute vraisemblance, continue de jouir de l'impunité officielle; la professionnalisation des leaderships de la PNH, en consultation avec la Mission spéciale de l'OEA. Nous ne croyons pas que la récente nomination d'un nouveau chef de la police satisfasse à cette demande; et le lancement d'une campagne crédible de désarmement des escortes illégales et des bandes armées... »

En outre, il accusait le gouvernement de vouloir perpétuer le régime Lavalas au pouvoir, et interprétant pour les besoins de sa cause le projet d'amendement de la Constitution émise par la 47e législature, il le qualifiait de «ballon d'essai». «Aussi, nous sommes profondément préoccupés aujourd'hui quand nous voyons des ballons d'essai qui prévoient l'amendement de la Constitution de 1987 de manière à pérenniser le régime... », prétendait-il. Il faut dire qu'il avait tout le loisir de s'épancher devant cette assistance d'à-plat-ventristes, sans dignité aucune, aliénés, ébahis devant le «Blanc» qui pouvait même leur cracher au visage qu'ils n'auraient pas osé s'essuyer avec leur mouchoir...

A chaque invective lancée contre le pouvoir, les hommes et les femmes d'affaires encourageaient Brian Dean Curran en applaudissant des deux mains en guise de consolation sans doute pour être prêts à absorber les injures qu'allait proférer à leur endroit le même orateur. En effet, parlant prétendument de l'effritement des valeurs morales en Haïti, notamment concernant le trafic de drogue, Brian Dean Curran s'en est pris ouvertement à l'élite économique haïtienne qui, d'après lui, collabore avec les narcotrafiquants: «Je ne comprends pas ce qu'il est advenu des valeurs morales de la société lorsque le trafic de drogue est toléré ... Mais quelle a été la réaction de la communauté des affaires, de la Société Civile à ce fléau? Franchement je ne sais pas. Mais je sais que des trafiquants sont bien connus... Ils s'approvisionnent dans vos magasins, vous leur vendez des maisons ou leur en construisez de nouvelles, vous prenez leurs dépôts, vous éduquez leurs enfants, vous les élisez à des postes dans les chambres de commerce...» disait Curran. C'est le cas de dire: «Chen souke ke li sou moun li konnen» («Entre ménétriers on se doit une danse»), et c'est ainsi que l'ambassadeur Curran face à cette piteuse assistance s'est cru habilité à donner des leçons de morale!

Le président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Haïti (CCIH), Maurice Lafortune a tenté de s'abstraire des groupes visés par son proconsul en minaudant: «L'ambassadeur américain parle peut-être en connaissance de cause, mais je ne sais pas exactement de quelle chambre de commerce il parle» déclarait-il. Il aurait pu demander des précisions, Curran ne lui aurait quand même pas donné le fouet en public?

Pour sa part, Victor Benoît, dirigeant du Konakom/Convergence, exultait sans vergogne: «Je pense que ce sont des propos valables qui présentent un tableau très sombre de notre réalité» philosophait ce lourdaud endurci sous sa carapace. Cette attitude d'un vendu de l'«opposition» n'est pas étonnante, mais que faut-il penser du commentaire de Radio Kiskeya relatif à l'allocution de Brian Dean Curran, et où la speakerine ne pouvait retenir l'admiration qu'avait soulevée chez elle l'ambassadeur avec son discours: «Nous pouvons dire qu'il s'agit d'une radiographie englobant plusieurs aspects des pratiques dans certains domaines en Haïti. C'est un discours magistral que l'ambassadeur américain a prononcé devant l'élite haïtienne à l'hôtel Caribe.» Personne ne demande à cette station de radio de preuve d'éthique dans de telles circonstances puisque tout le monde sait qu'elle est acquise à la cause impérialiste. Mais elle aurait pu au moins contenir sa jubilation et se montrer moins indécente.