16 Juillet,  2003

July 16, 2003

16 Jiyé,   2003

Vol. 21 No. 18
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Trois éléments pour un complot: Ingérence, provocation et un «séminaire»!
«La situation sociale en Haïti peut constituer une menace pour la République dominicaine voisine», c'est en ces termes pour le moins arrogants que le secrétaire des Forces armées dominicaines, le lieutenant-général José Miguel Soto Jimenez, est intervenu le mercredi 9 juillet dernier dans le cadre d'un séminaire organisé par son institution sous le thème: «La frontière: une priorité dans l'agenda national du XXIe siècle». Plus loin, le plus haut responsable de l'establishment militaire dominicain ajoutait: «Haïti ne pourrait organiser une action belliqueuse réussie (Ý) contre notre pays, mais la situation dans ce pays peut être une menace pour l'Etat dominicain. Il ne s'agit pas d'anti-haïtianisme, ni de préjugés historiques, c'est une question de droit et de responsabilité d'Etat envers les citoyens.»

Réagissant aux déclarations de Jimenez, l'ambassadeur haïtien en République dominicaine Guy Alexandre a eu une réponse diplomatique, tout en indiquant le caractère fallacieux de la déclaration du fonctionnaire dominicain: «Haïti n'est pas une charge pour la République dominicaine, indépendamment du fait que de notre côté aussi nous attendons légitimement l'aide des Dominicains, et que nous comptons déjà sur cette aide.» Toutefois, on aurait tort de la prendre à la légère, car elle intervient dans un contexte assez délicat où la République dominicaine représente la principale base arrière pour d'anciens militaires haïtiens et des terroristes qui ne cessent de lancer des attaques meurtrières contre la population haïtienne, notamment celle du Plateau Central, à partir de la frontière dans le but de déstabiliser le pays. En ce sens, que peut donc cacher les propos du lieutenant général Soto Jiménez qui stigmatisent la République d'Haïti qui profite pourtant beaucoup à son pays sur le plan commercial? Le quotidien dominicain Listin Diario, dans sa livraison du 11 juillet, disait dans un article: «Le marché du pays voisin (Haïti) a besoin d'oeufs, de poules, de ciment et de la farine... La balance commerciale montre un saut positif, approximativement, de 80,9 millions de dollars pour la République dominicaine dans le cadre des transactions de l'année dernière. Les exportations étaient de 106,9 millions de dollars tandis que les Haïtiens ont vendu (à la République dominicaine) pour 25,7 millions. Cela veut dire 314.9% en faveur de la République dominicaine...Un accord de libre échange avec Haïti est une priorité. Ce qui nous permettra d'augmenter nos bénéfices par rapport à ce que l'on obtient présentement...» Donc, de ce point de vue, Haïti ne représente aucun danger pour la République dominicaine. Au contraire, si les responsables haïtiens continuent, dans un sens à appliquer l'air de rien la politique néolibérale, Haïti dépendra totalement des puissances impérialistes, via la République dominicaine. Alors pourquoi les propos du lieutenant général José Miguel Soto Jimenez?

Et justement, un autre quotidien dominicain, El Nacional rapportait le 14 juillet les commentaires du dirigeant politique dominicain Narciso Isa Conde au sujet des déclarations de Soto Jiménez. En effet, le dirigeant de la gauche dominicaine Isa Conde faisait observer: «Outre le fait qu'il faut mettre en question le problème migratoire et la problématique dominicano-haïtienne en tant que menace, ceux qui se sont exprimés ainsi ont évacué le fait que la souveraineté dominicaine est en grande mesure inexistante, et non pas à cause des visées de la nation haïtienne, mais bien à cause de la rage néocolonisatrice, recolonisatrice et annexionniste de l'impérialisme des États-Unis.

Ceci n'est pas seulement une menace mais un fait irréfutable. Nous sommes une néocolonie en voie d'annexion aux États-Unis.

Les politiques néolibérales, la privatisation, les interventions du FMI, les ajustements de la Banque mondiale, le TCL, l'Alca, les zones franches, le programme d'intervention militaire 'Nuevo Horizonte', l'accord d'impunité pour les troupes des États-Unis, la tutelle du Commandement Sud, la présence du FBI pour les enquêtes locales, l'appui de Hipolito Mejia à la politique de guerre, l'envoi de troupes en Irak, le contrôle du DNI (Département national d'investigation) par la CIA, la dollarisation, la remise de secteurs stratégiques comme la souveraineté aéroportuaire et du système énergétique; l'ingérence de l'ambassadeur Hertell et son association avec Hipolito... sont des réalités et des projets qui se avalent le peu de souveraineté qui nous restait.

Qu'est-ce qui peut s'avérer plus nocif à l'existence de notre pays? Des migrants qui, loin de nous haïtianiser se dominicanisent, ou bien Codetel, Falconbridge, AES, Smith-Enron, General Electric, Union Fenosa, l'intervention du FMI, l'Alca, le TLC avec les États-Unis, la dollarisation, le néolibéralisme?

... La nations haïtienne et dominicaine se trouvent à l'intérieur de la frontière impériale. Mais en outre de quelle autorité morale disposent les chefs politiques pour parler de souveraineté et de défense de frontières quand ce sont eux-mêmes qui mettent en danger la vie de jeunes soldats en les envoyant en Irak, en violation de la Constitution, et négocient en secret le transfert vers notre territoire de la base militaire de Vieques?» (El Nacional, 14-07-03).

De son côté, le secrétaire général du Parti populaire national Benjamin Dupuy a fait observer que cette sortie du responsable des Forces armées dominicaines participe d'un vaste complot tramé sur le plan international visant à déstabiliser le pays. Dans une conférence de presse le 14 juillet, le dirigeant du PPN a indiqué que ce séminaire organisé à l'initiative de l'armée dominicaine a pour mission de créer des brèches pour un éventuel débarquement des troupes des Etats-Unis dans le pays. «L'armée dominicaine est l'appendice de celle des Etats-Unis. Ce séminaire est organisé dans le but de préparer l'opinion pour une éventuelle intervention. On sait que la République dominicaine va envoyer trois cents hommes de troupes en Irak; mais qu'est-ce qu'ils ont à voir avec ce pays? Cette décision n'obéit en fait qu'à leur soumission à leur patron qui sont les Etats-Unis» a déclaré Dupuy. Il a également profité pour critiquer les secteurs locaux qui tentent de créer une atmosphère de chaos à l'intérieur pour faciliter l'application de ce plan macabre. «Le groupe des 184, avec leur caravane de ...désespoir' qui traverse tous les départements du pays, manoeuvre pour créer le trouble pour favoriser l'exécution du plan. Pour eux, c'est Lavalas qui est responsable de la situation catastrophique du pays. Mais, leur stratégie consiste, en collaboration avec l'armée dominicaine, à faire de la provocation. Ils parlent de 'nouveau contrat social', alors que nous savons que la Constitution est le principal contrat social d'un pays. En effet, ils agissent ainsi parce qu'ils savent qu'ils ne peuvent avoir gain de cause à travers les consultations populaires», a fait remarquer Dupuy en se référant au passage de la «Caravane de l'espoir» à Cité Soleil le samedi 12 juillet où des échauffourées entre les membres du «Groupe des 184» et la population de ce bidonville ont été enregistrées. Un de nos collaborateurs en est sorti victime après avoir reçu une pierre au ventre.

Le dirigeant du PPN ne croyait pas si bien dire en faisant état de la participation des politicards locaux dans ce complot visant à provoquer une nouvelle occupation du pays à l'approche de la célébration de notre bicentenaire d'indépendance, puisqu'on apprend que le dirigeant de l'Organisation du peuple en lutte (OPL) et de la Convergence, Gérard Pierre-Charles s'était rendu, à l'invitation des autorités dominicaines, de l'autre côté de la frontière pour prendre part à ce séminaire réalisé par les Forces armées dominicaines où celles-ci ont pratiquement diabolisé Haïti. Le leader du KONAKOM Victor Benoît s'est pour sa part retranché honteusement derrière les propos du lieutenant-général Soto Jimenez, en soutenant «Il ne faut pas se retrancher derrière un quelconque nationalisme aveugle, de tels propos devraient raviver l'orgueil des citoyens haïtiens. La situation est critique, on ne peut pas nier la réalité», a ronronné Benoît, sans vergogne.

Face à cette situation, le secrétaire général du PPN invite donc les autorités constitutionnelles à se rendre compte de l'imminence du danger et à adopter en conséquence des attitudes responsables. «Le gouvernement doit prendre note de cette menace et agir en conséquence. Les autorités doivent cesser leurs appels au dialogue à l'endroit de ces vendus et faire en sorte pour contrer l'incursion des terroristes opérant sur la frontière haïtiano-dominicaine.