Suite à ces élections d'avril 2000 auxquelles au départ la «communauté internationale » n'avait rien trouvé à redire, mais étant donné que les résultats n'entraient pas dans le cadre des desseins de Washington, qui souhaitait trouver une majorité du secteur macouto/bourgeois dans la 47e législature, Orlando Marville qui à l'époque faisait office de chef de la mission d'observation de l'OEA devait se dédire et contester le scrutin sous prétexte de non conformité du mode de comptage au premier tour qui consacrait la victoire des candidats au Sénat du Parti Fanmi Lavalas. La «communauté internationale», en toute impudence, jugeait alors à son goût de contester quasiment l'élection de toute la législature et des collectivités territoriales. Mais c'est déjà de l'histoire ancienne, car depuis lors le gouvernement Lavalas a été sommé d'y aller de concessions en concessions...
Et en ce qui nous concerne dans cette page particulièrement, depuis lors, le pays est sous le poids de sanctions économiques responsables du pourrissement des conditions de vie du peuple. En dépit des efforts fournis par le gouvernement allant de la démission de sept sénateurs et la réduction de deux ans du mandat de certains autres parlementaires élus constitutionnellement et autres concessions, 500 millions de dollars de prêts conclus sur la base d'accord avec les Institutions financières internationales sont bloqués sous prétexte de cette «crise» politique.
La Banque interaméricaine de développement (BID), l'un des bailleurs de fonds internationaux, dans le cadre des discussions entreprises avec les autorités financières haïtiennes autour du déblocage de l'aide, la conditionne à présent et soudainement au paiement des arriérés qui lui sont dus par l'État haïtien.. Ainsi pour trouver les fonds nécessaires et répondre aux exigences de la BID, le ministre des Finances , Faubert Gustave, en marge d'une rencontre au Sénat le 10 juin dernier, annonçait à la presse que le gouvernement était en passe de conclure un accord de prêt d'un montant de 30 millions de dollars US avec le secteur bancaire privé haïtien.
Le lendemain de ce jour-là, soit le 12 juin, l'Association professionnelle des banques (APB) publiait une note dans laquelle elle confirmait que les autorités monétaires haïtiennes avaient sollicité de ses membres au début du mois de mai un prêt de courte durée en vue d'éponger les arriérés dus à la BID. Et, la note poursuit ainsi: «A la suite de cette requête, plusieurs banques commerciales ont manifesté leur intérêt à participer à ce financement, moyennant certaines conditions et garanties préalables. L'une des conditions requises est l'autorisation formelle et irrévocable du gouvernement haïtien à la BID de rembourser directement aux banques commerciales concernées le montant du prêt à partir de la première tranche de décaissement du prêt d'investissement sectoriel.» Ainsi l'Etat haïtien, dans l'espoir de voir débloquer les fonds par la BID, s'apprêterait à s'engager alors que rien ne garantit qu'effectivement la BID procédera au déblocage des fonds. Une éventualité d'autant plus douteuse que d'après la «communauté internationale» le retrait de l'embargo économique ne peut prendre effet qu'après constat de l'application de la résolution 822 de l'OEA par le gouvernement haïtien. Donc il n'est pas certain que la BID pourra décaisser les fonds alloués au pays, car c'est justement cette «communauté internationale» qui est juge et partie pour décider si le gouvernement haïtien a appliqué ladite résolution. Résultat tout à fait prévisible: d'une part le gouvernement contracte un emprunt de 30 millions auprès des banques commerciales, montant correspondant à ses arriérés qu'il verse à la BID qui, à son tour ne débloque point les fonds. Voilà donc le gouvernement pris cette fois en outre avec des prêts commerciaux garantis, qu'il ne peut payer aux banques créancières, mais qui en sont quittes cependant pour en tirer de juteux intérêts au taux courant.
Pour terminer, disons que cette transaction, si elle devait se faire, entraînera le Trésor public dans un gouffre encore plus profond, situation que recherche certainement la «communauté internationale» pour acculer le régime Lavalas de tous côtés et le renverser par la force des choses.
Les autorités gouvernementales sont-elles si naïves au point de ne pas saisir le fait que les Etats-Unis, instigateurs de la «crise », tiennent sous leur coupe les Institutions financières internationales et que celles-ci ne peuvent agir autrement que sous leurs ordres? Croient-elles vraiment que le décaissement de ces fonds de la BID ne seraient qu'une question technique relative aux arriérés en question?
Cependant, pourrait-on dire, pourquoi ne pas prendre le risque? C'est inutile. La BID aura peut-être beau jeu de dire d'un côté que c'est à défaut de payer les intérêts que l'État haïtien se voit refuser le déblocage des fonds; et de l'autre côté les tuteurs de la BID pourront toujours lui dicter de ne pas les décaisser en vertu toujours de la fameuse résolution 822, advenant même le paiement des arriérés en question! D'une façon ou d'une autre, c'est un couteau à deux tranchants; et le jeu (le risque) n'en vaut pas la chandelle.
Le gouvernement haïtien n'a le choix que de compter sur ses propres forces pour ne pas se laisser acculer sur un autre plan, ce qui ne ferait que réduire davantage les maigres ressources dont il dispose pour résister. Pourquoi pas un moratoire sur la dette pour permettre au pays que l'on qualifie sans cesse de «pays le plus pauvre de l'hémisphère» de pouvoir perdre cette peu enviable singularité?