18 Juin,  2003

June 18, 2003

18 Jen,   2003

Vol. 21 No. 14
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Contrecarrer les menaces de Colin Powell !
De gauche à droite le secrétaire d'Etat nord-américain Colin Powell et Luigi Einaudi secrétaire adjoint de L'OEA à la 33e Assemblée générale de cette organisation...
En dépit des déclarations enflammées et menaçantes faites par le secrétaire d'Etat nord-américain Colin Powell, à l'occasion de la 33e Assemblée générale de l'Organisation des Etats américains (OEA) du 8 au 10 juin dernier à Santiago du Chili, les pays membres de l'organisation ont quand même adopté, au cours de cette réunion, une résolution à travers laquelle il est fait obligation à tous les secteurs de faire leur part afin de dénouer la «crise» haïtienne.

Présenté par le gouvernement haïtien et soutenu par 22 Etats, dont les Etats-Unis eux-mêmes, ce document est axé sur les dispositions des résolutions 806 et 822 ainsi que les conclusions émises le 30 avril dernier lors de la session extraordinaire du Conseil permanent de l'OEA. «L'Assemblée générale décide: d'appuyer la résolution CP/REs 822 (133|/02) 'Appui au renforcement de la démocratie en Haïti ' adoptée par le Conseil permanent et d'appeler toutes les parties citées dans la dite résolution à s'acquitter d'urgence ou à continuer à s'acquitter, selon le cas, de leurs obligations ...; d'exhorter le gouvernement d'Haïti à remplir ses obligations établies aux termes de la résolution 822 et à mettre à exécution tous les points tirés de cette résolution qui lui ont été présentés par la délégation de haut niveau OEA / Caricom le 20 mars 2003, notamment les mesures visant à professionnaliser la Police nationale d'Haïti...; d'exhorter la société civile et la Convergence Démocratique à réagir de façon constructive aux démarches entreprises récemment par le Gouvernement d'Haïti pour respecter ces points, tirés des résolutions 806 et 822 et que lui a présenté la délégation », peut-on lire dans ce document, dans lequel d'ailleurs l'OEA continue son petit jeu consistant à élever la barre un peu plus haut après chaque pas effectué par le gouvernement Lavalas.

A ce sujet, le ministre des Affaires étrangères, Joseph Philippe Antonio, admettait justement que cette récente résolution constitue une nouvelle concession de la part de son administration. «Je pense, a-t-il indiqué, que cette résolution qui a été votée aujourd'hui (10-06-03) peut nous aider à sortir de cette crise si tous les secteurs impliqués font ce qu'ils doivent faire. Comme vous pouvez le constater, beaucoup de concessions ont été faites.»

Plus loin, l'Assemblée générale de l'OEA, toujours dans son document, a également «exhorté toutes les parties à prendre part à la formation d'un Conseil électoral provisoire (CEP) crédible, neutre et indépendant, au moment où sera instauré un climat de sécurité propice à la tenue d'élections libres, justes et transparentes ... » A ce stade, il faudrait se demander si ces «garanties de sécurité» éternellement mises en avant par l'OEA ne sont pas que de vulgaires paravents pour mieux cautionner les options jusqu'auboutistes de la «société civile» et de la Convergence, compte tenu des différents actes déjà posés par les autorités Lavalas pour répondre aux exigences de l'OEA, dont le dernier en date est l'installation le 6 juin dernier de Jean-Robert Faveur à la tête de la PNH en remplacement Jean Claude Jean-Baptiste, qui avait été décrié par la «communauté internationale» et bien explicitement par nul autre que le chef de la Mission spéciale de l'OEA en Haïti, le Canadien David Lee. Et, David Lee et l'ambassadeur des États-Unis Brian Dean Curran ne se sont pas arrêtés à cela, car en outre ils ont carrément manifesté leur désir de voir d'autres changements au niveau du haut commandement de la PNH. C'est donc assez révélateur de la volonté de ces impérialistes qui veulent réduire à néant les moindres marges de manoeuvre du chef de l'Etat haïtien. Et fait sans précédent ces donneurs de leçons de démocratie s'approprient paradoxalement du droit constitutionnel du chef de l'État de nommer le chef de la Police nationale!

Tout cela, loin de vouloir régler une «crise» qu'elle a elle-même créée, la «communauté internationale» n'a nullement l'intention d'y trouver une solution. Ou plutôt elle l'a créée à ses propres fins. Elle montre désormais ouvertement que sa position de départ n'a point changé. On vient de le voir avec les dernières menaces du secrétaire d'État Colin Powell qui fixe au mois de septembre l'échéance de la pseudo-médiation de l'OEA qui lui a d'ailleurs préparé le terrain avec ses fameuses résolutions 806 et 822. Des résolutions dont le respect total ne dépend point du gouvernement haïtien. Il suffit donc que les mercenaires du Département d'État logés au sein de la Convergence refusent de faire leur part pour que rien ne puisse être fait en ce sens. C'est à n'en pas douter le mot d'ordre qu'auront reçu les Gérard Pierre-Charles (OPL), Evans Paul (KID), Victor Benoît (Conacom), Rosny Desroches («société civile»), etc. pour ne pas citer les néo-duvaliéristes Hubert De Ronceray et co. Colin Powell pouvait bien dire le 10 juin dernier à l'Assemblée générale de l'OEA que «si d'ici le mois de septembre, le gouvernement haïtien n'est pas encore arrivé à créer le climat sécuritaire essentiel à la formation d'un Conseil électoral provisoire crédible, neutre et indépendant, nous procéderons à une réévaluation du rôle de l'OEA en Haïti». Il sait bien que rien ne sera «réglé» d'ici là, et c'est bien ce qu'il veut, mais il veut pouvoir vaincre, sinon contourner la résistance qu'opposent inhabituellement à son dessein les autres États de l'OEA, particulièrement ceux de la Caricom.

De son côté, l'ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince, Brian Dean Curran, n'a même pas su dissimuler son impatience de voir aboutir les plans de l'administration Bush et il renchérissait, dévoilant davantage ce qui était déjà assez clair: «On ne peut attendre éternellement; septembre cela fait une année, ça suffit... Nous avons des petits programmes d'assistance à la Police nationale. Nous avons toujours des programmes d'assistance directe à la PNH.» Ces déclarations prouvent en outre la volonté clairement affichée par Washington de faire main basse sur l'unique force de sécurité du pays afin de placer, quand bon lui semble, ses hommes de main.

Face à de telles menaces aussi directes et ouvertes, les autorités Lavalas devront prendre le taureau par les cornes et résoudre elles-mêmes cette «crise» qu'on leur a imposée. Elles doivent se rendre à l'évidence et voir la nécessité d'organiser, avec ou sans les vendus de l'«opposition» macouto-bourgeoise, des élections dans le pays à l'approche de la fin du mandat de nombre de membres du Parlement, pour éviter l'absence de pouvoir législatif. De plus, le président Aristide devrait aussi comprendre que la multiplication de ses concessions ne saurait nullement contribuer à adoucir les positions extrémistes des secteurs, tant nationaux qu'internationaux, qui ne souhaitent en réalité que son départ du pouvoir. En ce sens, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN) Benjamin Dupuy, intervenant le 10 juin sur les ondes de Radio Solidarité, a justement indiqué: «Il faut que le gouvernement se ressaisisse, cela fait longtemps que nous attirons son attention là-dessus. Qu'un CEP soit formé, que l'on fasse des élections, et si ces messieurs ne veulent pas aller à ces élections, c'est une affaire qui les concerne. Parce que cette politique d'essayer de leur faire plaisir ne nous conduira nulle part. Tout ce qu'ils désirent, c'est de renverser le gouvernement. En d'autres termes, ce qu'ils veulent quand ils parlent de sécurité c'est d'arriver à faire en sorte que les organisations populaires se retournent contre le gouvernement. En outre, d'une façon ou d'une autre ils veulent parvenir à l''option zéro' à laquelle aspire la petite clique de l'élite réactionnaire avec l'appui de l'actuelle administration des Etats-Unis.»