En dépit de nombreuses concessions faites par le gouvernement Aristide / Neptune, entre autres le dédommagement complet des partis politiques de l'«opposition» conséquemment aux événements du 17 décembre 2001, la campagne de désarmement et le remaniement de la haute direction de la Police nationale, conformément à sa volonté de mise en application de la résolution 822 de l'OEA que la «Communauté internationale» dit être la seule issue de sortie de la crise du pays, le chef de la Mission spéciale de l'OEA en Haïti, David Lee, jouant de toute évidence un double jeu s'est arrogé le droit de se prononcer sur la nomination du nouveau chef de la Police.
En effet, au cours d'une émission sur les ondes de Radio Métropole le 25 mai, David Lee indiquait le plus sérieusement du monde qu'il n'avait pas été consulté concernant le choix du directeur de la Police, comme l'avait demandé au président Aristide la délégation OEA/Caricom qui avait séjourné au pays à la mi-mars. Le diplomate reprenait en fait, ainsi, un rapport du secrétaire général César Gaviria qui disait: «Le gouvernement a nommé de nouveaux hauts dirigeants, dont le directeur général, le 26 mars 2003, mais il a choisi d'informer la Mission, plutôt que de la consulter, au sujet de son choix» écrivait ce dernier dans son rapport du 20 mai 2003 au Conseil permanent de l'OEA.
Ce rapport vise-t-il à acculer le pouvoir alors que le Conseil permanent s'apprêterait à prendre une décision lors de sa prochaine Assemblée générale au Chili du 8 au 10 juin? En tout cas, il ne fait pas de doute que la brusque montée de l'insécurité au cours du mois de mai ait un lien avec cette réunion, une façon pour les inspirateurs de ces violences de prouver que les élections ne peuvent se réaliser dans ce climat et fournir à l'OEA un prétexte pour prendre une décision dans le sens de l'application de ladite Charte démocratique.
A ce propos, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), Benjamin Dupuy, présentait une conférence de presse le 29 mai, où il dénonçait l'ingérence de David Lee dans les affaires internes du pays. Rappelant que la nomination des hauts gradés de la police est une prérogative constitutionnelle du président de la République, Dupuy estimait: «Le responsable de la Mission spéciale de l'OEA, David Lee, se prendrait-il pour un proconsul, un gouverneur? ... Il a déclaré n'avoir pas été consulté à propos du choix du dirigeant de la Police. D'après lui, cette décision lui revenait? Cependant, il sait que dans aucun pays du monde, un étranger ne peut décider qui devra occuper la fonction de diriger la police ou l'armée. Aux Etats-Unis par exemple, la nomination du chef d'état-major interarmes est un privilège du président qui peut également décider de sa révocation. » Le secrétaire général du PPN en profitait pour condamner les manoeuvres des Etats-Unis visant à mettre l'OEA sous sa coupe, la faisant agir selon leurs diktats. Il disait à ce propos que certaines personnalités dont David Lee, César Gaviria, Orlando Marville sont délégués par le Département d'Etat au sein de l'organisation afin qu'y soit appliquée la politique des Etats-Unis.
Concernant la délégation dite de «haut niveau» qui avait recommandé que certaines décisions devaient être prises en consultation avec la Mission de l'OEA en Haïti, Ben Dupuy rappelait que la délégation en question était dirigée par Otto Reich, un homme au passé douteux, qui avait été choisi comme sous-secrétaire d'Etat aux Affaires latino-américaines, nomination cependant refusée par le Congrès des Etats-Unis. Pour Dupuy le fait de placer cet homme à la tête de la délégation OEA/ Caricom comme l'idée des injonctions de la «Communauté internationale» à l'endroit du gouvernement suite à cette visite ont été faites à l'instigation du Département d'Etat.
D'autre part, le dirigeant du PPN, expliquait que «Les Etats-Unis, en faisant pression sur certains petits pays membres de l'OEA afin de les forcer à voter l'application hors contexte de la Charte démocratique contre Haïti, ont pour objectif de prouver aux autres pays d'Afrique et de la Caraïbe que cette ancienne colonie a failli. Cependant, malheureusement pour les Etats-Unis la grande majorité des pays de l'OEA dont ceux de la Caricom se refusent à accepter la directive consistant à vouloir continuer à faire de l'OEA le «ministère des Affaires néo-coloniales des Etats-Unis d'Amérique».
D'autant plus, et Dupuy l'expliquait clairement que ladite Charte ne pouvait concerner le pays, vu que cette disposition a été mise en place dans le cade des coups d'Etat militaire en Amérique Latine et, précisait-il, justement que le dirigeant du régime Lavalas en Haïti a été choisi démocratiquement par le peuple. Il soulignait à l'adresse de David Lee certains points de la Charte de l'OEA, contenus à l'article 3 du chapitre deux, lesquels précisent que l'ordre international consiste dans «le respect de la souveraineté et de l'indépendance des Etats». Le paragraphe E du même chapitre stipule pour sa part qu'un Etat a «le droit de choisir sans interférence externe le système politique, économique et social et s'organiser de la façon qu'il juge être meilleure pour le bien de son pays; et que ce même Etat a le devoir de s'abstenir d'intervenir dans les affaires internes d'un autre Etat».
En fin de compte, les autorités gouvernementales devraient donc cesser de se leurrer quant à la volonté de la «Communauté internationale» dirigée par le Département d'Etat de résoudre la «crise». Au contraire elle appliquera tous les moyens susceptibles de les acculer pour en arriver à un gouvernement antipopulaire conforme à sa vision.