Le 12 mai denier, on apprenait le décès du père Antoine Adrien, combattant de longue date en faveur de la démocratie. Le père Adrien avait été expulsé du pays en 1969 par le dictateur François Duvalier à cause de son engagement dans la lutte du peuple haïtien. Revenu d'exil en 1986 après la chute de Jean-Claude Duvalier, ce militant religieux avait au premier plan participé au mouvement démocratique qui devait conduire aux élections de 1990. Au cours de l'année 1996, il tombait gravement malade, et il était ainsi retenu chez lui jusqu'à sa mort à l'âge de 80 ans.
Pour rendre hommage à sa mémoire, le président Aristide avait organisé au Palais national, quelques jours après, une cérémonie où, en présence de plusieurs délégations d'écoliers, il vantait les qualités du père Adrien et son héritage d'humaniste et d'infatigable combattant pour la démocratie. Le chef de l'Etat exhortait justement ces jeunes à suivre l'exemple du défunt, à la veille de la célébration du bicentenaire du drapeau.
Le vendredi 23 mai, c'était le jour des obsèques dans la cour du Petit Séminaire Collège Saint-Martial, établissement que le père Antoine Adrien, membre de la congrégation des Spiritains, avait dirigé pendant plusieurs années et formé plusieurs générations d'étudiants dont il était bien connnu. A cette occasion, en dépit du fait que le révérend William Smarth avait au préalable prévenu contre toute récupération politique de cet événement, le père Max Dominique, faisant office de célébrant principal, a trouvé pour sa part l'occasion tout indiquée pour tirer à boulets rouges contre les autorités constitutionnelles du pays, avec le président de la République présent à la cérémonie. En effet, Max Dominique dans son homélie aura pratiquement oublié la nature de cette cérémonie, qu'il aura prise comme tribune pour faire le procès du régime Lavalas qu'il n'a pas hésité à comparer aux régimes dictatoriaux des Duvalier et des militaires. «Il (Antoine Adrien) a toujours combattu toute forme de dictatureÝ Il savait rassembler les gens car il ne négligeait ni les riches ni les pauvres. Antoine s'est toujours tenu du côté des victimes de la répression, que ce soient ces répressions qui proviennent des appareils répressifs de l'Etat comme l'armée, les chefs de section, les forces spécialisées de la Police, Swat team et Cimo, les macoutes, les attachés de la dictature militaire, les Œchimè' de Dòmi nan Bwa ou de l'Armée cannibale.» Dominique n'y allait donc pas par quatre chemins pour lancer des accusations à sa guise, associant de façon qu'il croyait «subtile» le chef de l'État à toutes les frustrations que pouvait lui causer la situation du pays.
Une hargne déplacée et démesurée que le secrétaire général du Parti populaire national (PPN), qui s'exprimait au cours d'une conférence de presse le 29 mai suivant, a sévèrement critiquée, jugeant le comportement de Max Dominique inacceptable. Selon Benjamin Dupuy, Max Dominique en tant que membre de l'Organisation du peuple en lutte (OPL) ne fait que le travail de l'«opposition» en tenant un langage aussi féroce contre le régime Lavalas: «Nous rendons un grand hommage au Père Adrien à l'occasion de sa mort. Nous savons qu'il est un démocrate qui a beaucoup combattu contre le régime dictatorial des Duvalier. Aujourd'hui, beaucoup de réactionnaires cherchent à récupérer les travaux effectués par le père Adrien en utilisant sa mort. Nous avons vu le père Max Dominique comme une sorte de porte-parole de l'OPL qui, dans son homélie, qualifie le peuple haïtien de 'chimè'. Il fait, de son côté, partie des élites qui depuis deux cents ans, maintiennent la grande majorité de la population dans la noirceur. Ces élites réactionnaires se battent aujourd'hui parce qu'elles ont perdu le pouvoir. Nous rappelons à Max Dominique que pendant la période des Duvalier le père Adrien a été obligé de prendre le chemin de l'exil pour aller travailler aux Etats-Unis à défendre les réfugiés. Est-ce qu'il aurait pu avoir l'audace de vociférer ces élucubrations en présence de François Duvalier? et s'il oserait le faire, c'est six pieds sous terre qu'il se serait retrouver aussitôt et non en exil. Nous pensons que ce groupe de prêtres et de monseigneurs se cachent sous leurs soutanes pour faire la politique réactionnaire.»
Comme de fait, si le régime Lavalas avait été comme les régimes dictatoriaux, Max Dominique se serait bien gardé d'agir de la sorte. Et de plus, il a même bénéficié de la plus grande tolérance qu'on ne trouve pas même dans les pays démocratiques qui sont ses références, comme les Etats-Unis ou la France, car son comportement aurait été considéré comme une «insulte à un chef d'État».