Alors que plusieurs secteurs liés à l'«opposition» ne se remettent pas encore de leur déconvenue après la réalisation de la séance spéciale du 30 avril à l'OEA où les conclusions émises par le Conseil permanent avaient pratiquement mis, inégalement il est vrai, sur le banc des accusés tous les protagonistes de la crise, le président de la République appelle pour sa part à observer une trêve à l'occasion de la célébration du bicentenaire de la création du bicolore haïtien, le 18 mai prochain.
À l'occasion du 1e Mai, lors de l'inauguration de plusieurs logements sociaux, dans le quartier de La Saline dans la capitale, le chef de l'Etat en a profité pour lancer un nouvel appel aux leaders de la Convergence qu'il invite à écouter le cri d'un peuple qui veut sortir de la misère. Le président Aristide les a invités, et également les membres de la «Société civile», à s'engager sur la voie de la paix, indiquant expressément que des consultations avaient déjà été entamées en ce sens avec d'autres secteurs de l'«opposition». «Je viens leur demander de regarder la misère de La Saline, de Cité Soleil, de Raboteaux, de Solino... Au nom de nos frères et soeurs qui veulent combattre cette misère, je leur demande de faire une trêve pour que nous puissions nous entendre au nom du drapeau et pour que cette entente puisse faciliter le déblocage politique et économique. Je me suis déjà entretenu avec certains leaders politiques qui ont vu cette initiative d'un bon oeil... Vous, de la 'Société civile', minoritaire et majoritaire, je m'adresse respectueusement ; écoutez ce cri de La Saline, écoutez ce cri des pauvres d'Haïti, écoutez ce cri de vos soeurs et de vos frères pour qu'avant le 18 mai nous puissions nous retrouver comme frères et soeurs, partageant cet esprit de trêve, pour célébrer à l'Arcahaie la fête du bicolore, 200 ans après sa création», a lancé publiquement le président Aristide.
À ce nouvel appel lancé opportunément pour la célébration du bicentenaire de la création du drapeau haïtien le 18 mai, la Convergence aura rapidement manifesté son rejet. En effet, un de ses plus véhéments porte-parole, Paul Denis n'a eu pour toute réponse que ce qui suit: «Normalement, on ne devrait pas accorder d'importance à ce nouvel appel de Jean-Bertrand Aristide. C'est ainsi qu'il agit à chaque fois qu'il se sent piéger. Il ne fait que jeter de la poudre aux yeux pour continuer sa politique dilatoire.» Son acolyte Evans Paul, de la KID, Evans Paul, a renchéri, suivant son habitude, de façon tortueuse: «Je ne parle pas au nom de toute l'opposition, mais personnellement je n'ai pas été touché de cette question... Je n'ai pas consulté mes collègues de la Convergence... Pour qu'il y ait sérénité, pour que nous puissions célébrer le drapeau, c'est s'il y avait une discussion, que ni Lavalas ni l'opposition ne soient au pouvoir.»
On pouvait s'y attendre, à ces réactions négatives, mais jusqu'au bout le président Aristide aura tenté un compromis. Mais sachant qu'ils ont l'appui de l'extrême droite des Etats-Unis, ces renégats ne cesseront point de tenter coûte que coûte et par tous les moyens de déstabiliser le pays pour empêcher la célébration du bicentenaire de l'Indépendance. Ils n'en ont cure de la misère des déshérités de La Saline, de Cité Soleil etc., des masses paysannes qui, de leur côté, acquièrent une conscience politique de plus en plus forte qui leur permet de distinguer avec autant de perspicacité leurs ennemis de leurs véritables amis, comme l'extraordinaire et chaleureux accueil qu'ils ont réservé en ce 1e Mai au président Aristide à La Saline vient encore de le confirmer.