7 Mai,  2003

May 7, 2003

7 Me,   2003

Vol. 21 No. 08
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Le bien connu secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, se fasse entendre pour annoncer «considérer les menaces adressées à l'une des principales figures de la presse privée comme extrêmement sérieuses...
La journaliste Liliane Pierre-Paul, journaliste vedette de la salle de nouvelles de Radio Kiskeya, a déclaré avoir reçu le 30 avril dernier une enveloppe contenant une cartouche de calibre 12 mm et un texte manuscrit, que nous reproduisons tel que publié dans le quotidien Le Nouvelliste. Nous en traduisons certaines parties du texte écrit en créole pour nos lecteurs: «Liliane, vous avez cette lettre pour 4 jours: mercredi 30, jeudi 1e mai, vendredi 2 mai, lundi 5 mai; et si vous ne le lisez pas, nous vous réservons une surprise pour le mardi 6 mai. Ce que vous voyez dans l'enveloppe, c'est un échantillon de la surprise.» Dans l'enveloppe se serait trouvée la cartouche en question. Suivaient des signataires très peu identifiables avec beaucoup de noms d'organisations et d'individus sans doute fictifs et certainement inconnus, comme: «Baz Bèf; Baz sèkèy (Base cercueil), Base Pilat... », etc.

À ce sujet, au cours d'une conférence de presse où il opinait sur ces «menaces», Lovinsky Pierre-Antoine, dirigeant de la Fondation 30 Septembre, faisait remarquer l'étrange «coïncidence entre la date d'envoi de la lettre, le 30 avril, et la réunion spéciale du Conseil permanent de l'OEA sur Haïti». En outre, et surtout Pierre-Antoine a mis en relief le fait que la main qui a écrit la lettre est la même que celle qui a paraphé les organisations fantômes signataires.

Cependant toutes ces anomalies n'ont pas été prises en compte, car aussitôt une campagne s'est déclenchée contre le gouvernement «responsable de l'insécurité» d'après les meneurs de cette campagne. Parmi lesquels: le NHCR, le Gralip, et d'autres membres du Groupe des «184 organisations de la société civile» qui mènent une lutte sans merci contre le gouvernement Aristide. Et particulièrement cela n'aura pas pris de temps pour que le bien connu secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, se fasse entendre pour annoncer «considérer les menaces adressées à l'une des principales figures de la presse privée comme extrêmement sérieuses... et qu'il existe en Haïti un climat d'impunité généralisé et que les menaces semblent émaner d'organisations proches de Fanmi Lavalas (!)» (AHP, 5-05-03). Il n'y a pas à dire: Robert Ménard va vite en besogne et saute tout aussi rapidement aux conclusions!

Personnage de plus en plus douteux, le secrétaire général de RSF est connu de plus en plus pour ne pas s'embarrasser de scrupules quand il veut s'en prendre à quelqu'un en particulier. On l'a déjà vu à l'oeuvre en Haïti même, avec les esclandres répétés qu'il a animés quand, sous prétexte de réclamer justice pour le journaliste assassiné Jean Dominique, il ne faisait que s'en prendre au président Aristide. Au grand jamais il n'a essayé d'orienter ses soupçons ailleurs...

Il n'y a pas une quinzaine de jours, pour conforter la campagne de Washington, il aura tenté une action contre l'ambassade cubaine à Paris, comme le rapportait notre collaborateur Fleurimond W. Kerns (Haïti-Progrès, Vol. 21 No 7, p. 8). Déjà dans son édition du mois d'août 2002, dans un article intitulé «Coups d'État sans frontières», Le Monde diplomatique mettait en question les véritables visées de Reporters sans frontières (RSF), «prétendant 'défendre le droit d'informer et d'être informé', l'organisation corporatiste RSF... n'a eu aucun scrupule à faire du gouvernement de Chávez (Venezuela) ˆ qui n'a jamais porté atteinte aux libertés ˆ l'une de ses cibles privilégiées... L'attitude de RSF pose cependant question lorsque l'organisation demande au président de 'mettre fin à ses attaques virulentes contre la presse...' sans aucunement s'interroger sur l'attitude mensongère et l'absence de déontologie des médias en question» (Le Monde diplomatique, août 2002). Ce n'est là qu'un exemple de plus car Reporters sans frontières est connue pour ses choix sélectifs quand il s'agit de défendre «la presse»!

Pour en revenir aux menaces contre la journaliste Liliane Pierre-Paul, même s'il s'agirait d'une plaisanterie ou d'une provocation, ce serait plutôt de mauvais goût et dangereux, car les bras de la désinformation, comme au Venezuela, n'hésitent pas parfois à sacrifier l'un des leurs pour accuser et rendre responsables les gouvernements peu sympathiques aux faucons de Washington.