7 Mai,  2003

May 7, 2003

7 Me,   2003

Vol. 21 No. 08
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OEA: Statu quo jusqu'au 8 juin?
La dernière rencontre organisée le 30 avril au Conseil permanent de l'OEA sur la «crise» politique haïtienne n'aura pas satisfait apparemment aux voeux de l'«opposition», dont la plupart des chefs souhaitaient l'application de la «Charte démocratique interaméricaine» contre Haïti.

En effet, faisant office de président du Conseil permanent, le Guyanais Odeen Ishamael tout en déplorant le manque d'effort dont a fait preuve le gouvernement haïtien dans l'application des résolutions 806 et 822, a fait observer les réticences montrées par la «société civile» et la Convergence à participer à la formation du Conseil électoral provisoire (CEP) qui doit, conformément à la 822, organiser des élections législatives et locales anticipées au cours de cette année. «Le conseil estime que les mesures soumises le 20 mars au gouvernement haïtien et tirées des dispositions des résolutions 806 et 822, demeurent entièrement valides et requièrent d'urgence une action de la part du gouvernement. Au nombre des mesures d'importance critique, citons le renouvellement et la professionnalisation de la direction de la Police en pleine consultation avec la Mission spéciale de l'OEA; un terme à l'impunité notoire d'Amiot Métayer, au moyen de son arrestation, et la mise en oeuvre de mesures préalablement convenues de désarmement. Des réponses adéquates de la part du gouvernement haïtien dans ces domaines substantiels posent les principaux obstacles à la confiance publique et l'établissement du progrès de la démocratie... En même temps, le Conseil permanent se soucie que la société civile et la Convergence démocratique n'aient pas fourni les assurances recherchées au sujet de leur participation au Conseil électoral provisoire (CEP), au cas où le Président Aristide adoptait les mesures concrètes qui lui ont été soumises... Par conséquent, le Conseil permanent est d'avis qu'il est très important qu'une série de mesures soient prises par le gouvernement haïtien, la société civile et la Convergence démocratique pour faciliter la constitution d'un CEP indépendant, neutre et crédible...» a déclaré en substance Ishamael dont la position exprimée semble, à quelques égards, être à mi-chemin entre celle des pays regroupés au sein de la Caricom et les Etats-Unis, représentés à cette séance par l'ambassadeur Peter DeShazo. Ce dernier, à cette occasion, toujours dans son élan jusqu'au-boutiste, s'est basé sur les conclusions émises par les membres de la délégation de haut niveau OEA/Caricom, qui s'étaient réunis à Miami le 12 avril dernier, pour continuer à acculer le régime Lavalas. «Dans sa rencontre du 12 avril à Miami, la délégation avait évalué les réactions de toutes les parties suite à sa visite en mars. La délégation était unie dans ses conclusions. Elle avait trouvé que le gouvernement haïtien n'avait pas entrepris certains pas et en avait fait d'autres qui ne pouvaient pas contribuer à créer un climat de sécurité. Les points soulevés par la délégation au gouvernement en mars dernier demeurent valides et nous appelons le gouvernement à les appliquer en urgence» a déclaré DeShazo toujours aussi agressif envers le gouvernement haïtien.

Intervenant, pour sa part, à cette session, l'ambassadeur d'Haïti Raymond Valcin a défendu la volonté du gouvernement Lavalas d'oeuvrer au déblocage de la «crise», en mettant fort justement en relief le comportement négatif des membres de la Convergence et de la «société civile» qui agissent, selon lui, comme des spectateurs et non comme des acteurs impliqués au même titre que le gouvernement dans l'application des résolutions de l'OEA. «Dans sa démarche d'ouverture, le gouvernement considère qu'aucune option n'est fermée, dans la mesure où elle demeure respectueuse des impératifs attachés à la souveraineté nationale et aux prescrits constitutionnels, ou tout au moins s'avèrent compatibles avec eux... Il est donc souhaitable que des gestes de bonne volonté viennent également des autres secteurs impliqués dans la crise, car il devient indispensable de juguler la tendance consistant à considérer ces secteurs comme de simples spectateurs pouvant prétendre à l'enjeu sans participer au jeu. Le refus systématique de l'opposition et de la société civile à participer au processus électoral équivaut à l'utilisation d'un veto de fait par rapport à la démarche de normalisation» a indiqué Valcin. En outre, celui-ci, pour qu'il n'y ait nulle équivoque quant à l'irrecevabilité des souhaits de l' «opposition» et des complices et protecteurs de cette dernière, a clairement exprimé ce qui suit: «Certaines voix ont cru approprié de plaider en faveur de l'application à Haïti de la Charte démocratique interaméricaine; je voudrais réaffirmer tout net que le gouvernement d'Haïti ne favorise pas cette option. Normalement, la Charte consacre une implication de l'OEA dans ces cas d'altération inconstitutionnelle de l'ordre démocratique, dans une perspective de redressement et de correction. Cet instrument doit servir à prévenir plutôt qu'à menacer, à reconstruire plutôt qu'à épouvanter... Ma délégation rejette catégoriquement les procédés insidieux utilisés par certains supporteurs internationaux de l'opposition haïtienne qui tendent de justifier le négativisme de celle-ci par de prétendus manquements du gouvernement.» Voilà qui est clair et net.

Les dirigeants de la Convergence ont forcément étalé leur désappointement, criant aussitôt à l'échec de l'OEA dans le dossier haïtien. L'un des leaders de ce ramassis regroupé au sein de la Convergence, Hubert De Ronceray est monté sur ses grands chevaux: «Naturellement, tout le monde avait cru qu'il y aurait quelque chose qui sortirait de cette rencontre du 30 avril. A notre grande déception, l'OEA reconnaît que le gouvernement n'a pas appliqué adroitement les exigences qui lui ont été faites, mais du même coup elle accuse la Convergence et la société civile de ne pas fournir l'assurance qu'elles participeront au processus électoral. En gros, l'OEA s'érige comme un défenseur intraitable de ce narco-Etat fasciste qu'est Lavalas. Pour nous du MDN/MPSN, le désengagement de l'OEA dans le dossier serait la meilleure voie puisqu'elle n'a plus rien à y faire» a-t-il dit tout en en profitant pour chercher sa solution ailleurs, plaidant sans coup férir pour un transfert du dossier soit au Conseil de sécurité des Nations unies, à un groupe d'Etats «amis» d'Haïti ou à une coopération bilatérale avec les Etats-Unis.

Ainsi, cette dernière possibilité pourrait faciliter la tâche à ce néo-duvaliériste qui rêve de se voir propulser au pouvoir à la faveur d'un débarquement de troupes nord-américaines dans le pays.

Cependant en conclusion de cette session spéciale, l'OEA n'aura-t-elle voulu que gagner du temps, le temps pour Washington de tenter de coopter les petits pays de la Caraïbe qui n'ont pas décidé de se plier à toutes ses exigences? Ou bien l'OEA attendrait-elle la 33e session de son Assemblée générale, qui doit se tenir le 8 juin prochain à Santiago du Chili, pour déballer ouvertement ses desseins au sujet de la «crise». Cependant l'Organisation hémisphérique ne pourra pas sans se discréditer davantage aller dans le sens voulu par De Ronceray et son gang, suite à l'intervention du représentant haïtien, Raymond Valcin qui a nettement exprimé qu'on ne pouvait continuellement acculer le gouvernement haïtien, tandis que les messieurs de la Convergence s'installent en spectateurs sinon en juges.