30 Avril,  2003

April 30, 2003

30 Avril,   2003

Vol. 21 No. 07
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Un entretien entre le Premier ministre et la directrice de l'Immigration Mme Jeanne Bernard Pierre a ainsi eu lieu en présence de la presse...
Le Premier ministre Yvon Neptune, accompagné du ministre de l'Intérieur et des Collectivités territoriales Jocelerme Privert, et de son directeur général Bell Angelot effectuait le mercredi 23 avril une visite à la Direction de l'immigration. Visite au cours de laquelle il comptait s'enquérir personnellement du fonctionnement de ce service gouvernemental qui délivre les passeports et dont le fonctionnement fait l'objet depuis longtemps des plaintes des requérants. Situation d'autant plus préoccupante que cette administration est une précieuse source de revenus pour le Trésor qui en a bien besoin par les temps qui courent.

L'entretien entre le Premier ministre et la directrice de l'Immigration Mme Jeanne Bernard Pierre a ainsi eu lieu en présence de la presse. Il s'est d'abord agi d'une séance de questions/réponses où Jeanne Bernard a reconnu la baisse accentuée de la délivrance des passeports, qui est passée de sept cents à moins de quatre cents passeports par jour. Elle a toutefois expliqué que cela était dû en grande partie à un manque de motivation des employés qui réclament d'être mieux payés, indiquant par exemple que «Deux mille cent cinquante-quatre passeports ont été délivrés le week-end dernier, parce qu'on avait prévu des frais spéciaux». À part cela elle a fait valoir que la pénurie d'énergie électrique était loin de faciliter la tâche, car «on met, disait-elle, généralement deux heures pour mettre en marche la génératrice». Elle en a profité pour signaler aussi que certains parlementaires abuseraient de leur statut pour se faire délivrer des documents de voyage pour eux et leurs amis en priorité par rapport aux autres contribuables en attente.

Quant à l'administration proprement dite, au sujet des mécanismes mis en place par la Direction de l'immigration pour informer la population sur les documents à déposer pour l'obtention du passeport, Jeanne Bernard Pierre a indiqué qu'un dépliant avait été élaboré en ce sens. Yvon Neptune a fait alors remarquer que ces dépliants n'étaient guère à la porté des analphabètes. Ce à quoi la directrice a répondu que des spots publicitaires pour les médias parlés avaient également été préparés à l'adresse de ces derniers. Il a été ensuite question du service d'urgence où moyennant le versement de deux cent cinquante gourdes de plus, le requérant pouvait bénéficier d'un service beaucoup plus rapide, soit cinq jours au lieu des 22 jours réglementaires. A ce propos, le Premier ministre a jugé que cette disposition était discriminatoire à l'égard de ceux qui n'ont pas les possibilités de verser ce supplément. Mais ce n'était point là le fond de la question.

Pour sa part, le ministre de l'Intérieur a prononcé un petit discours d'ordre général, disant: «La direction du service de l'Immigration est au coeur des services que le gouvernement doit fournir à la population haïtienne. Un service qui doit être fourni dans un accueil agréable et avec de la rapidité dans la livraison. Les contribuables doivent être servis avec respect dans une entreprise dans laquelle ils ont investi à travers leurs taxes. Comme la directrice vient de le souligner, nous devons admettre que la situation n'est guère agréable au sein de l'institution. Nous avons déjà entrepris des actions pour améliorer la situation et notre présence ici aujourd'hui répond à ce souci.» Et c'est tant mieux, mais le service des passeports n'est pas le seul à connaître cette situation chaotique, et l'on est à même de penser, à moins que dans ce cas la directrice soit personnellement visée, que le gouvernement veut ramener un peu d'ordre dans l'administration publique en commençant par un secteur névralgique. On n'a qu'à se rappeler en l'occurrence toutes les difficultés qu'éprouve le contribuable pour se procurer une carte d'identité, un document par ailleurs exigible pour toute transaction ou formalité, pour ainsi dire obligatoire.

Un autre entretien, à huis clos cette fois, s'est déroulé entre les visiteurs et la directrice et ses cadres. Cette fois on n'aura pas su ce qui s'est dit. Certainement il doit y avoir été question des «contraintes» tolérées, comme la multitude d'intermédiaires informels qui gravitent autour des administrations, et qui font doubler, si ce n'est plus, le coût des services. Ainsi cette volonté exprimée par le Premier ministre d'oeuvrer à la bonne marche de l'Immigration pourrait s'avérer tout aussi bénéfique dans d'autres établissements publics, qui perçoivent de l'argent pour le compte de l'Etat, mais où l'on doit pourtant confronter les pires problèmes, en temps et en argent, pour s'acquitter de ses devoirs citoyens.