A l'approche du 30 avril retenue par les membres du Conseil permanent de l'OEA pour statuer sur le dossier de la «crise» politique - qu'incidemment l'OEA elle-même a contribuée à fabriquer -, plusieurs secteurs de la communauté international continuent inlassablement à vilipender le régime Lavalas qu'ils accusent péremptoirement de faillir à l'application des Résolutions 806 et 822 .
En effet, après la prise de position du représentant des Etats-Unis, Peter DeShazo, à la dernière réunion du Conseil permanent le 3 avril dernier où celui-ci avait de prime abord manifesté une fin de non-recevoir à tous les efforts du gouvernement haïtien, c'est au tour du ministre des Affaires étrangères des Bahamas, Fred Mitchell, d'annoncer d'avance les couleurs pour la prochaine rencontre prévue pour le 30 avril. Dans ses déclarations rapportées par le journal Nassau Guardian du 15 avril dernier, Mitchell a fait comprendre que le «non-respect» des points contenus dans la Résolution 822 par le régime Lavalas avait placé des membres de la délégation internationale, qui avait séjourné dans le pays à la mi-mars, dans une situation inconfortable. Se basant sur les points de vue qui ont été échangés à l'occasion de la réunion du 12 avril à Miami (voir notre précédente édition) entre les membres de la délégation où ces derniers avaient constaté l'échec des autorités Lavalas dans l'application de la Résolution 822, il a même envisagé l'application de la Charte démocratique contre Haïti à l'occasion de la réunion du 30 avril. «Certaines dispositions de la Charte préconisent, en cas de menace à l'ordre constitutionnel dans un pays, des mesures qui pourraient être prises» a déclaré le fonctionnaire bahaméen qui a ajouté qu'une nouvelle date limite pourrait être accordée au pouvoir Lavalas.
En ce sens, le Premier ministre canadien Jean Chrétien n'aurait pas été en reste. En effet, empruntant à peu de chose près la même voie que son secrétaire d'Etat pour la Francophonie, l'Afrique et l'Amérique latine, Denis Paradis, à l'occasion d'une visite en République dominicaine le 15 avril, Chrétien a jugé bon d'y mettre sa touche en invitant à son tour les autorités haïtiennes à appliquer la Résolution 822. «S'il n'y a pas plus d'efforts faits afin de mettre en oeuvre les résolution de l'OEA, ce pays (Haïti) va s'enfoncer encore plus profondément dans le désespoir» a ânonné Jean Chrétien, qui se serait trouvé un dernier rôle avant de partir à la retraite. Le Premier ministre canadien croit-il véritablement que l'application de la Résolution 822 constitue une priorité pour le peuple haïtien plutôt que le gel des prêts déjà alloués à Haïti? Évidemment le président dominicain Hipolito Mejia a abondé dans le sens de son hôte comme un perroquet.
Ce genre de déclarations est en fait destiné à renforcer la position extrémiste des Etats-Unis qui souhaitent arriver à acculer complètement le régime Lavalas. En effet, Washington aura voulu imposer décisivement au sein de l'OEA, où principalement quelques Etats de la Caricom apportent leur soutien au président Aristide pour une résolution négociée de la «crise». En ce sens, la prochaine rencontre du Conseil permanent du 30 avril sera vraisemblablement l'occasion pour les Etats-Unis d'abattre toutes leurs cartes, de dicter leur décision. En arriveront-ils tout de suite à vouloir appliquer ladite Charte démocratique de l'OEA créée pour favoriser leurs desseins dans l'hémisphère? Une situation qui ne manquera pas de créer le climat nécessaire, pour favoriser le débarquement de leurs troupes dans le pays, exauçant du même coup les voeux de l'«opposition» à leur solde.
Car justement, on a peine à constater que des Haïtiens se réclamant d'une certaine opposition politique continuent à servir de relais pour l'application des plans de l'impérialisme. A ce sujet, il n'est que de noter les propos tenus par Gérard Pierre-Charles qui a soutenu que: « Nous, au niveau de l'OPL et de la Convergence, ne sommes pas surpris du fait que plusieurs porte-parole de la communauté internationale manifestent leur désappointement et leurs frustrations en raison du fait que Lavalas n'a pas profité des opportunités qui lui sont offertes. Ainsi, la communauté internationale ne saurait rester les bras croisés puisqu'elle possède un instrument juridique qui est la Charte démocratique. » Au cas où cette «communauté internationale» n'y aurait pas encore pensé, à cette Charte, pour le moment, le professeur Gérard Pierre-Charles la leur rappelle!
Face à cette menace qui se précise de jour en jour, il faut une mobilisation nationale pour empêcher au pays de vivre une nouvelle fois une intervention militaire, surtout à l'approche du bicentenaire de notre Indépendance. En ce sens, le secrétaire général du Parti populaire national (PPN) Benjamin Dupuy a déclaré dans une interview accordée à Radio Nationale le 13 avril: «Qu'il ne faudra pas nous faire d'illusion. L'administration Bush fera l'impossible pour déstabiliser le pays. Donc, il faut que le gouvernement, ainsi que ceux qui veulent défendre notre indépendance, se mettent ensemble pour faire face à ce complot.»